samedi 6 août 2022

Comme le lierre 22

 




En la tournure du monde

Qu’y puis-je si l’immense majorité s’en moque ?

Sinon me taire

Rester dans la confidence d’un retrait salutaire ?


Car au fond quelle utilité de s’acharner 

À vouloir être audible 

Lorsque s’étend cacophonie assourdissante


*


J’observe toutes les prétentions qui s’expriment

Qui disent avoir raison de façon péremptoire

Qui se montrent et pérorent sur les « réseaux »


J’observe ce monde bâti sur l’illusion de la célébrité

Sur l’apparence de la beauté et qui se moque

De la foule demeurée dans l’ombre des prétentieux


Je sens ne pas pouvoir y trouver ma place

Alors il me reste à me blottir à l’abri d’un drapeau de paix

Dernier esquif à ma fenêtre d’isolement


J’observe

Je vous regarde et ne comprends pas

Cette tornade qui vous emporte

Vers le mur si proche 

Dressé par grossiers appétits


Je n’ai rien à voir avec ces péroraisons

Je m’installe en retrait à ma table de discrétion


Xavier Lainé


22 juillet 2022


vendredi 5 août 2022

Comme le lierre 21

 




Ils ne savent pas

Ils ne savent rien

De ces matins où tu dois te lever la mort dans l’âme

Non seulement pour aller travailler

Mais aussi pour accomplir les tâches administratives absurdes

Imposées pour que tu puisses te mettre à l’oeuvre

Du travail en amont du travail

Des formulaires inutiles

Des cases à cocher 

Et ton énergie dépensée avant même de commencer la journée

Ils n’en savent rien

Ils font comme si tout ça n’existait pas


Ils ne savent pas

Ou alors ils ne savent que trop

Ils se réjouissent de te voir

Comme lierre

T’accrocher aux murs qu’ils s’évertuent à monter

Parsemant ton chemin d’obstacles toujours plus hauts

Ils ne savent rien de ta fatigue

À devoir t’accrocher ainsi

Pour maintenir ta tête au-dessus du mur

Mais lorsque tu avances prudemment une branche

Pour te hisser par delà leurs contraintes

Ils usent du sécateur pour te couper les doigts


Ils ne savent rien

Sinon préserver leur entre soi

Mettre des barrières pour que le feu qui couve

Ne ravage rien de leurs domaines

Qu’il se contente de brûler ce qui te reste d’espérance


Xavier Lainé


21 juillet 2022


jeudi 4 août 2022

Comme le lierre 20

 




Avec quels yeux celui qui jusque là était interdit de spectacle regarde-t-il ces lieux ?

Ceux qui se pensent « être » tandis que les « riens » restent dehors, comment regardent-ils celui qui entre dans ce temple de « culture » pour la première fois ?

En quels rejets, derrière quelles frontières vivons-nous ?

Frontières invisibles dont la ligne de démarcation est fonction d’un niveau de revenu.

Il faut naître du bon côté de la barrière.

De l’autre, tu dois avoir la patience du lierre qui lentement mais surement ronge la barrière dressée de mains d’hommes.


Lorsque tu pénètres avec sésame dans ce monde dont tu ne pouvais jusque là qu’imaginer l’existence, c’est avec les yeux du nouveau-né.

Quelque chose se passe : tu es là, mais pas vraiment.

Tu sens les regards se poser sur ton visage pas tout à fait bien ordonné, sur ta tenue pas tout à fait bien mise.

Ce n’est pas vrai, les regards ne te voient pas mais c’est tout comme.

Tu te sens intrus dans un monde qui fonctionne sans toi depuis si longtemps.

Il faut du temps au lierre pour gagner l’ensemble du mur.

Car il se trouve toujours mains diligentes pour en éviter l’invasion.

Tu es ce rejet oublié et tu entres dans le temple d’une « culture » dont tu connais les mots de passe, mais qui était jusque là toujours dans un ailleurs improbable.

Tu n’imaginais pas y entrer, même au pigeonnier.

Tu regardes les musiciens.

La chanteuse te lance un regard, alors tu tournes la tête : est-ce bien à toi qu’elle a souri ?

Tu es tellement anachronique ici que tu doutes de cette complicité éphémère.


Xavier Lainé


20 juillet 2022


mercredi 3 août 2022

Comme le lierre 19

 




Nous y sommes

Indiscutablement le mur est là

Qui nous fait entrer en ébullition


Nous y sommes

Quels mots de quels poèmes

Seront passés sans que nul n’en entende le cri


Nous y sommes

Il ne va pas falloir s’y habituer

À l’indifférence et au déni

Il va falloir les combattre

Pour que tous survivent


Mais


C’est peut-être trop tard

Nous y sommes

Ce qui vient de guerres et de fratricides

Sous les fumées opaques des incendies

Au bord des fleuves desséchés

Devant les lacs tristes et vides


Ce qui vient de tempêtes et d’orages

Achevant nos destins

À grands coups de catastrophes

Pourtant prévisibles mais qui surprennent encor


Nous y sommes

Le nier relève du même crime

Qui mena hier l’humanité aux pires charniers


Xavier Lainé


19 juillet 2022 (2)


mardi 2 août 2022

Comme le lierre 18

 




Nous la portons cette blessure

Celle qui s’envenime à chaque soubresaut de l’histoire


À toujours nier l’évidence

Et confier nos vies

En mains tragiquement criminelles

Elle bégaie

Se consume dans les braises 

D’une terre unique

Dont il ne sera jamais dit

Que l’Homme en fut l’enfant

Mais aussi le meurtrier



Il ne sera pas dit 

Car si plus d’Homme

Plus d’histoire non plus

À raconter à qui survivrait


*


Nous portons cette blessure

Que nous lui posions pansement

Pour n’en rien voir des bords saignants

Ne la fera pas disparaître


Il nous faut apprendre à assumer

À la fois la gloire et la faiblesse

La beauté et la honte

La tragédie est là comme un dard

Planté en la peau de nos vies


Xavier Lainé


19 juillet 2022 (1)


lundi 1 août 2022

Comme le lierre 17

 




J’étais bien parti pour vous en lire, de la poésie.

Mais j’ai préféré me taire.

C’est ainsi : comment mesurer si le poème est bienvenu ?


*


« Green concept »

Pour servir de paillasson à l’esprit mercantile

Je vis en ville

Ville qui repeint en vert l’inacceptable

Ville qui fait semblant

Tandis que le niveau d’eau baisse

Aux pieds du « Green concept »


En fait il s’agit d’un faux gazon en plastique vendu pour être vert été comme hiver, posé sur terre morte.

Ma ville se porte mal d’être aussi mal dirigée depuis tant d’années.

On y entretien les copinages à grands frais.

La population désemparée se terre dans ses logements de « standing », non conçus pour les vagues de chaleur ou de froid.

Mais on y tapisse la terre morte, au bord du lac vendu aux appétits privés, d’un « green concept » qui dit bien ce qu’il est : juste l’allure du vert, mais en dessous l’effondrement.

Vous pourrez toujours maquiller le forfait.

Il restera un crime, celui de votre participation à l’extinction de l’humanité, prise au piège de sa prétendue « sapiens ».


« Ma ville est morte, ma ville va pas bien », chantait Maxime, mais c’était au siècle dernier, celui où on pouvait encore afficher une certaine insouciance.

Celle-ci n’est plus de mise désormais : le feu couve sous les futaies, et derrière les saboteurs aux commandes, il ne restera rien.


Xavier Lainé


16-17 juillet 2022


dimanche 31 juillet 2022

Comme le lierre 16

 




Vous avez des rêves plein la vie

Des idées comme s’il en pleuvait

Vous n’imaginez pas ce monde

Autrement qu’espace qui se crée sans cesse

En y semant graines fécondes

D’un autre avenir


Bien évidemment

Ils viennent

En costume trois pièces

Cravates et chaussures pointues

Souliers vernis comme leur vie 

Vie qui se morfond en banales tristesses


Le monde qui momentanément

Vient fermer les portes des rêves

N’est qu’un monde qui se meurt

Tandis qu’en infinies poésies

Vous imaginez 

Nos lendemains qui chantent

Quoi

Serions-nous voués à la tristesse

À subir sans imagination

Leurs tristes frontières

Leurs impossibles compromis

Aussi mortels que leurs dollars


Avec vos rêves

C’est d’avenir que nous pourrions causer

Sans attendre de qui que ce soit

Le réveil des consciences


Xavier Lainé


15 juillet 2022 (2)