mardi 2 août 2022

Comme le lierre 18

 




Nous la portons cette blessure

Celle qui s’envenime à chaque soubresaut de l’histoire


À toujours nier l’évidence

Et confier nos vies

En mains tragiquement criminelles

Elle bégaie

Se consume dans les braises 

D’une terre unique

Dont il ne sera jamais dit

Que l’Homme en fut l’enfant

Mais aussi le meurtrier



Il ne sera pas dit 

Car si plus d’Homme

Plus d’histoire non plus

À raconter à qui survivrait


*


Nous portons cette blessure

Que nous lui posions pansement

Pour n’en rien voir des bords saignants

Ne la fera pas disparaître


Il nous faut apprendre à assumer

À la fois la gloire et la faiblesse

La beauté et la honte

La tragédie est là comme un dard

Planté en la peau de nos vies


Xavier Lainé


19 juillet 2022 (1)


lundi 1 août 2022

Comme le lierre 17

 




J’étais bien parti pour vous en lire, de la poésie.

Mais j’ai préféré me taire.

C’est ainsi : comment mesurer si le poème est bienvenu ?


*


« Green concept »

Pour servir de paillasson à l’esprit mercantile

Je vis en ville

Ville qui repeint en vert l’inacceptable

Ville qui fait semblant

Tandis que le niveau d’eau baisse

Aux pieds du « Green concept »


En fait il s’agit d’un faux gazon en plastique vendu pour être vert été comme hiver, posé sur terre morte.

Ma ville se porte mal d’être aussi mal dirigée depuis tant d’années.

On y entretien les copinages à grands frais.

La population désemparée se terre dans ses logements de « standing », non conçus pour les vagues de chaleur ou de froid.

Mais on y tapisse la terre morte, au bord du lac vendu aux appétits privés, d’un « green concept » qui dit bien ce qu’il est : juste l’allure du vert, mais en dessous l’effondrement.

Vous pourrez toujours maquiller le forfait.

Il restera un crime, celui de votre participation à l’extinction de l’humanité, prise au piège de sa prétendue « sapiens ».


« Ma ville est morte, ma ville va pas bien », chantait Maxime, mais c’était au siècle dernier, celui où on pouvait encore afficher une certaine insouciance.

Celle-ci n’est plus de mise désormais : le feu couve sous les futaies, et derrière les saboteurs aux commandes, il ne restera rien.


Xavier Lainé


16-17 juillet 2022


dimanche 31 juillet 2022

Comme le lierre 16

 




Vous avez des rêves plein la vie

Des idées comme s’il en pleuvait

Vous n’imaginez pas ce monde

Autrement qu’espace qui se crée sans cesse

En y semant graines fécondes

D’un autre avenir


Bien évidemment

Ils viennent

En costume trois pièces

Cravates et chaussures pointues

Souliers vernis comme leur vie 

Vie qui se morfond en banales tristesses


Le monde qui momentanément

Vient fermer les portes des rêves

N’est qu’un monde qui se meurt

Tandis qu’en infinies poésies

Vous imaginez 

Nos lendemains qui chantent

Quoi

Serions-nous voués à la tristesse

À subir sans imagination

Leurs tristes frontières

Leurs impossibles compromis

Aussi mortels que leurs dollars


Avec vos rêves

C’est d’avenir que nous pourrions causer

Sans attendre de qui que ce soit

Le réveil des consciences


Xavier Lainé


15 juillet 2022 (2)


samedi 30 juillet 2022

Comme le lierre 15

 




Tu t’accroches

Lierre foisonnant sur les murs de pierres sèches

Tu t’insinues dans chaque fissure

Tu t’ancres au sol infécond des terres les plus arides


Tu combles les lacunes

Tu fais disparaître les détails et les plaies du passé.

Qu’importe que le mur sous ton poids s’écroule

Tu te relèves de l’écroulement du monde

Tu y survis


*


Mes pensées errent

Elles ne trouvent point de port d’attache

Alors je les dépose en vrac

Au bord de ces précipices ouverts sous nos pieds


Je viens d’un monde béant

D’un monde écartelé

N’ouvrant même plus la bouche

Pour exprimer les souffrances endurées


« Même plus de larmes pour pleurer »

Disiez-vous

Même plus de larmes

Une fois les douleurs infligées enkystées


Je ne suis que voyageur indiscret

Mes mains explorent l’intimité de ce monde

Où il est si simple de se noyer moins de survivre


Xavier Lainé


15 juillet 2022 (1)


vendredi 29 juillet 2022

Comme le lierre 14

 




Il y aurait tant de Bastilles à prendre

Tant de remparts et de murs à défaire


Mais non

Vous restez chez vous

Je reste chez moi

Je maudis ces temps absurdes

D’humanité sans envergure

Qui ne sait plus rien construire


Un Eden s’est perdu

Qu’avons-nous fait de nos vies

Sinon cette stupide conformité

À des canons qui ne sont pas les nôtres

D’un coup de pied il faudrait

Savoir renverser les trônes 

Bousculer les assemblées

Renverser tous les pouvoirs


Il me prend l’envie de voler

De rejoindre moineaux et hirondelles

Qui squattent ma génoise

Aller comme eux

Dans cette liberté totale


Il me prend le rêve

D’un lieu solitaire loin de ce monde

Où lire 

Penser 

Rêver 

Seraient mon ultime secours


Xavier Lainé


14 juillet 2022


jeudi 28 juillet 2022

Comme le lierre 13

 




Ce qui fut semé de peur et d’angoisse

Au coeur même des vies déjà en lambeaux


Ce qui fut semé dont la récolte vient

Si longtemps après gâchant toutes relations


Ce qui fut semé

Dont le feu couve

Au plus profond des êtres perdus

Qui ne comprennent ni ne savent

De quoi il en retourne 

De l’infinie complexité de vivre


*


Aussi sec que le temps

La page est un vertige

D’où ne sortent plus aucun mots


Les idées se déclinent 

En lacs de fatigue

 

*


Je me suis tu devant le triste spectacle

D’un pays qui ignore tout des luttes

Qui ont contribuées à son visage


Je me suis tu

Car que dire encore devant le déclin

Que dire encore de cet effondrement programmé


Xavier Lainé


13-14 juillet 2022


mercredi 27 juillet 2022

Comme le lierre 12

 




Beauté radieuse éclatant de rire au crépuscule

Tu vas

Un plateau à la main

Parmi les tables indifférentes

Une bière ici

Un verre de vin plus loin

Mais toujours le regard en alerte


D’un signe de main 

On t’appelle

Et tu viens

Souriante et brillante

Dans la pénombre d’un soir


Il fait si chaud

Les âmes vont en tels déserts

Que tout sourire en est le rafraîchissement


*


Solitude

La pire est celle qui va

Parmi d’autres


Solitude

Qui te colle à la peau

Même dans la foule

Même parmi les autres


Solitude

Elle se lit sur les visages apeurés


Xavier Lainé


13 juillet 2022 (1)