lundi 4 juillet 2022

Sur un fil 19

 




Comme prévu ce qui suit te laisse coi.

L’élu file à très grande vitesse rejoindre son siège.

Sous l’oeil goguenard des bien pensants.

Nul ne parle plus de ce qui est ta vie.

On se tait.

On suppute les divisions à venir.

On soupèse les jeux de pouvoir.

On oublie que des vies sont là.

Vies qui ont espéré.

Puis s’en sont rentrées chez elles.

Avec le goût amer d’avoir été vaguement écoutées.

Puis oubliées.


Le quotidien banal s’étale sur les trottoirs de l’ennui.

L’espoir ne dure toujours qu’un temps.

Celui où on s’autorise à en creuser les fondations.

Puis vient le temps ou celles-ci se font tombes.

L’habitude n’étant pas prise d’inverser le sens des pouvoirs,

La déception pointe très vite son nez.


On ne pense pas

En ce pays

Monsieur

On mâche et remâche 

Les pensées toutes faites

Émises de bouches expertes

En naufrages prévisibles.


Le pire fait son entrée

Ceux qui croyaient s’y opposer

Seront les dindons de cette sinistre farce.


Xavier Lainé


21 juin 2022 (1)


dimanche 3 juillet 2022

Sur un fil 18

 




Il aurait fallu écrire avant.

Puis écrire pendant.

Me voilà déjà dans un après.


Car 

C’est humain

De se fixer des objectifs

De se dire que demain 

Peut-être


Et puis non

Demain reste sombre

Juste un peu moins

Ou juste un peu plus

Mais l’aurore est encore loin

Qui nous verrait conscients


Conscience


Mot tant galvaudé qu’il ne dit plus rien

Sinon en système du chacun pour soi

De se pencher sur soi

Sur son petit nombril

Sa petite vie


Conscience


Cette manière d’être humain

Qui nous fait nous donner la main

Par delà toutes frontières

Par nécessité de traverser le temps


Xavier Lainé


20 juin 2022 


samedi 2 juillet 2022

Sur un fil 17

 




Je ne suis que maigres mots à l’instant de faire basculer l’histoire.

Ce qui hier semblait improbable semble devenir possible. 

On voudrait déjà être à demain.

Pour savoir si, une fois de plus, nous pourrions être déçus.

Ou si nous pourrions nous laisser aller à la joie.


Tant qui, ici, sont en mode survie depuis si longtemps.

Que tout espoir leur semble hors de portée.

Qu’il n’est plus un poème qui puisse soulever leur enthousiasme.

Ils vivent.

Au jour le jour, ils vivent.

Ils s’étonnent chaque jour de vivre encore.

Ils suivent les traces de Marc Aurèle sans le savoir.

Car le savoir, ils sont convaincus que ce n’est pas pour eux.

Ils sont nés du mauvais côté de l’histoire.

N’imaginent même pas pouvoir franchir cette frontière invisible tracée de mains de maîtres.

Ou qui se prétendent tels.


On aime l’opacité, chez les mâles dominants.

Parfois certaines femelles prennent d’ailleurs les travers des premiers.

On aime l’enfumage, les paroles creuses, la confusion.

On pousse des cris d’orfraie si une femme de chambre, suprême outragée à leurs yeux, devait pénétrer dans le saint des saints de la République à leur seul service.

Les voilà qui font moult ronds de bras, plongent les mains aux bénitiers et font signes de croix pour repousser le démon.

Quoi ?

Le peuple saurait se représenter lui-même ?

Il y a pourtant une vraie poésie à envisager qu’enfin la peur change de camp.


Xavier Lainé


17 juin 2022


vendredi 1 juillet 2022

Sur un fil 16

 




C’est l’heure où tout va de travers.

Jusqu’au café qui se renverse sur ta table de travail, maculant tout.

C’est l’heure où tu te dis qu’il serait bon de pouvoir prendre le temps.

Mais ce temps là n’est pas fait pour toi.

Tu n’en as pas les moyens.


C’est l’heure où tu regardes les fils qui passent devant ta fenêtre.

Tu voudrais les suivre et partir faire belles rencontres.

Seuls les moineaux nichés dans la génoise peuvent s’y percher.

Ils te narguent, jettent un oeil dans ton enfer de livres et de papiers.

Te regardent te débattre à essuyer la mare de café répandue.

C’est une heure juste avant canicule.

Et tout le monde semble s’en foutre.


C’est l’heure où tu prends décision d’annuler tes temps de repos.

D’ouvrir ta porte à plus atteints que toi par la gangrène du système.

L’heure si proche qui rendrait possible de soulever le couvercle posé.

Tant d’années à ne plus rien espérer que tu n’oses croire.

Comme beaucoup.

Comme la plupart.

Nous avons tant été trompés, roulés dans la farine des beaux discours.

Nous avons tant vu misères et souffrances s’emparer de tous.


C’est l’heure où pourtant tu voudrais espérer encore.

Pas pour toi, ou pas que.

Mais pour celle qui est partie avec ses peines.

Pour tous ceux qui sont allés jusqu’au bout du désespoir.

C’est pour eux, à leur mémoire, qu’un peu d’humanité serait bienvenue.


Pour l’heure tu abordes le jour,

Le coeur serré d’avoir trop vécu.


Xavier Lainé


16 juin 2022


jeudi 30 juin 2022

Sur un fil 15

 




Parfois être humain vire à la tragédie.

On invoque les dieux.

On pleure dans l’ombre, pour ne rien montrer de nos souffrances.


Va.

Relève toi encore une fois, deux fois, trois…

Que les vagues montent à l’assaut de tes rochers escarpés.

Mais que tu sois là, debout à la proue d’un continent, toujours.

D’un continent qui s’abandonne aux tristes mains des pires.

Pour ne pas savoir comment faire usage du meilleur.

Meilleur qui n’a pas de visage bien défini.

Il est en toi, en moi, en nous.

Il a les traits de nos joies et de nos peines.


Parfois vivre en humain vire au tragique.

Simplement par ignorance d’un devoir qui nous en impose.

Qui nous impose de ne pas céder et de construire et reconstruire…

… les digues qui nous protègeront des tempêtes prévisibles.


Mon devoir est ici : écrire.

Ecrire pour que mots se fassent ponts.

Se fassent mains tendues dans le silence d’un matin caniculaire.

Désormais, ce qui pouvait être annoncé, prévisible, est là.

Ça rentre par ma fenêtre sans crier gare.

Ça vrombit et ça hurle en vains aller-retour.


Mes mots, je les voudrait parasols.

Je les voudrait clous dans les chaussures.

Je les voudrait réveils-matins sonnant au plus profond des consciences.


Je suis, comme vous, un peu perdu, hagard devant les cendres.


Xavier Lainé


15 juin 2022


mercredi 29 juin 2022

Sur un fil 14

 




C’est une question de sens à donner à la vie…

Combien de fois m’avez-vous ris au nez (et non pas riz au lait) parce que je plaçais mon revenu bien après mon éthique ?

C’est une question de sens de la vie.


Quitte à tout perdre, je n’ai jamais conçu ma vie comme devant être uniquement source de revenu.


Regardez donc ce qu’ils font du monde, ces gens qui salivent à l’appât du gain !

Nous voici dans ce marécage invivable.


La tragédie est de prendre tout mensonge pour vérité.

Du moment que le ton y est, affirmatif en diable.

Ainsi est mené le monde à sa sépulture.


Toi qui fut aimée, tu reposes désormais au pied d’un grand chêne.

Tu fus aimée, mais quelle réciprocité aux jeux de l’amour ?

Nul ne le saura jamais.


Tu avais ce ton pour affirmer ce que tu prenais pour vérité.

Il s’en trouvait toujours pour avaler ces couleuvres.


On est naïf à vingt ans.

On n’a rien lu du « mentir vrai ».

Alors on bâtit son existence sur des rêves.

On ne se méfie d’aucune chausse-trappe.

Ce n’est que des années plus tard qu’on réalise la complexité du vivant.

On réalise alors que déjà les espèces ont commencé leur déclin.


Alors la colère monte contre ceux qui ne voient rien.


Xavier Lainé


14 juin 2022


mardi 28 juin 2022

L'alchimie du verbe (Sara Samiei)

 





Bien évidemment, j'avais oublié.

Bien évidemment de dire qu'un choix de texte allait être publié en bilingue français-persan, à Téhéran.

Bien évidemment Sara, il y a peu, me demanda mon adresse pour m'envoyer le recueil.

Bien évidemment j'oubliais de prévenir la maison qu'un livre allait venir d'Iran.

Bien évidemment, la maison surprise a commencé par ne pas comprendre, à failli refuser le paquet.

Bien évidemment le facteur a vu mon nom sur l'enveloppe.

Bien évidemment, je l'ai ouverte.

Bien évidemment le livre était dedans.


C'est beau, des textes qui voyagent, arrivent si loin, sont traduits dans une langue à mes yeux illisible (hélas, comme j'aimerais savoir lire toute les langues !).

C'est beau et mon esprit voyage,  avec eux, avec les pages, avec l'ouvrage.

C'est beau et ne sais comment dire merci aux yeux de Sara qui se sont posé sur mes mots pour les magnifier ainsi.

Longue vie au livre qui s'affranchit ainsi des frontières !


Xavier Lainé

28 juin 2022