jeudi 9 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 28

 




« Les gens ont envie de vivre, tout simplement, sans idéal sublime. » Svetlana Alexievitch, La fin de l’homme rouge, éditions Actes Sud, 2013


C’est là que git mon divorce, moi qui ne cesse de lire et de m’illusionner sur le monde et les prétendus humains.

Je reviens d’un voyage dans le temps, quelque part du côté de la Baume bonne.

Un voyage parmi mes congénères d’autrefois, à quelques milliers d’années de ce temps où je survis, espérant toujours renouer avec les relations que l’imagine simples qui devaient être les leurs.

Un hominidé à peine jailli de la nature et qui en faisait encore partie.

Un hominidé pas encore encombré des tonnes de livres qui envahissent mon espace et mon esprit.

Tonnes de livres qui ne me donnent pas plus de compréhension de notre monde.

Qui me mènent à construire une sorte d’idéal impossible à atteindre et dont tout le monde se fout éperdument.

Car le problème est de vivre, de saisir chaque instant comme s’il devait être le dernier.

Ce que je ne sais plus faire à force de réfléchir.

Réfléchir, ça me conduit à cet isolement, ce sentiment de n’avoir rien à partager, en mai comme chaque autre mois de l’année, des années qui passent.

Plus je lis, moins je comprends, car au fond, il n’y a rien d’autre à comprendre que cette urgence de vivre, d’exploser par moment en rouges barricades pour aussitôt retourner dans ses pénates, tournant le dos à ce qu’hier nous prenions pour ultime vérité.

J’écris et je me perds.

J’écris et je me penche sur ce qui fut.

Ce qui ne m’ouvre aucune porte pour le présent, ni pour l’avenir…

Je ne suis que témoin de cet emballement du monde entre mauvaises mains.


Xavier Lainé


28 mai 2022


mercredi 8 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 27

 




Il n’y a jamais rien d’autre de sublime que de vivre.

Rien de plus sublime que d’être vivant parmi les vivants.

De se noyer dans ce foisonnement si fragile.


Il n’y a jamais rien de sublime dans les mots employés.

Mots qui ne savent rien de cet étrange phénomène qu’est la vie.

Qui ne savent rien de sa subtile apparition sur un bout de rocher, perdu dans l’espace et le temps.


Mai est à cette charnière.

Il laisse derrière lui les longues lamentations de l’hiver.

Ils ouvre la porte aux rêves fous de l’été.

C’est dans cet espace que jaillissent les plus folles espérances.

Tu te prends au jeu et tu joues.

Un pavé par ici, une banderole par là.

Tu ouvres toutes les fenêtres.

Tu pousses toutes les portes entrebâillées.

Tu imagines, derrière, toutes les vies possibles.

Elles n’ont rien à voir avec les survies proposées.


En mai, je m’en vais rêver.

En fait c’est faux : je ne cesse de rêver.

C’est d’ailleurs ma fonction, mon sésame, mon curriculum.

Rêver !

Je n’en peux plus d’un monde qui rit des rêveurs.

Je n’en peux plus d’un monde si raisonnable qu’il en devient d’un ennui profond.

Le rêve est ma ligne de vie.

Et bien souvent de malchance dans un monde qui ne lui laisse aucune place.

J’assume : rêver est mon signe distinctif, la poésie est son incarnation.


Xavier Lainé


27 mai 2022


mardi 7 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 26

 




Toute vie ne fait que passer, tout le problème est de faire bon usage de cette traversée.

De mai en mai, il faut bien trouver en la source intarissable des écrits, la force de survivre à la dictature des plus obscurs qui ne jurent que par leur domination.

De mai en mai créer nos émonctoires de survie, en éruptions joyeuses.


Combien de larmes en une semaine écourtée ?

Combien  de souffrances entre deux mains pour avoir le droit de s’arrêter un peu et respirer ?


Perdu en ma forêt des livres, il me faudrait trente six mille vies pour en venir à bout, en digérer les infinis sentiers de pensée.


Le Concerto n°2 de Rachmaninov m’arrête dans mon élan.

C’est si magnifique envolée !

Comment concevoir qu’il puisse exister à la fois oeuvre majeure qui transporte nos âmes sur les chemins d’intense beauté, tandis que non loin, aveugles individus en kaki s’évertuent à tuer toute forme de vie humaine pour prendre possession d’un territoire.

Le beau et l’ignoble dans un même monde dominé par les non encore humains, qui parfois rêvent d’un post-humanisme à leur image : abjecte.

Le beau et l’ignoble parfois dans les mêmes qui tuent et semblent, une fois leurs crimes accomplis, de bons pères de famille soucieux de leurs enfants.

Tragédie d’une humanité qui ne sait rien du printemps, qui a perdu de vue le vivant qui sommeille en elle-même !

Me voilà vibrant dans un soleil qui a perdu de son ardente et brûlante présence.

Comme quoi parfois le doux peut encore trouver son chemin, juste avant que Terre ne fasse sombrer cette humaine condition qui ne sait que s’écorcher vive.


Xavier Lainé


26 mai 2022


lundi 6 juin 2022

Chemins de traverse

 





Je ne saurais suivre les voies toutes tracées

Il me faut poser mes pieds sur des terrains incertains

Avancer entre les futaies sans trop savoir vers où aller


Je suis ainsi

Ne m’en veuillez pas


Je suis ainsi

Qu’il me faut parfois me perdre

M’endormir au pied d’un arbre

Oublier le temps qui passe

Rêver les yeux ouverts 

Au monde par delà la canopée


Il me faut ne plus rien entendre

Pour aiguiser mon oreille au chant diffus

Des feuilles effleurées d’un doux zéphyr

Pour mieux revenir à vos tourments


Je suis ainsi

Ne m’en veuillez pas

Je ne cesse de m’égarer

Pour mieux vous retrouver


Xavier Lainé


6 juin 2022


… Rêve ce qu’il te plaît 25

 




J’voudrais bien pouvoir prendre du recul.

Pour ne pas céder à ces prises de tête et de bec qui alimentent les vaines polémiques.

Mais…


Mais comment faire comprendre que prise de recul ou de hauteur n’est pas rendre son tablier.

Au contraire : ça permet juste de ne pas se laisser totalement embarquer en disputes stériles.


C’est d’avancer dont nous avons besoin à l’heure de tous les périls.

C’est d’avancer en commun, sur le terrain du commun qui nous préoccupe quand tout du monde des « acquis » n’est plus désormais que vague souvenir.

C’est de se serrer les coudes qui devrait être à l’ordre du jour.

Se serrer les coudes sans glisser sous le tapis nos insuffisances, nos faiblesses, nos manques et nos bêtises.

Nous regarder en face, dans le miroir que nous tendent les incompréhensions.


Puis, quand le ton monte, que je vous vois dressés sur vos ergots, prêts à vous voler dans les plumes, je fais un grand détour.

Je reviens aux livres, ignorant tout de ces vidéogrammes qui font le « buzz ».

Je reviens aux livres et à mes pages blanches qui m’attendent sous l’oeil goguenard du jour.

Un peu de gris vient souligner mes amertumes devant le spectacle atterrant des déchirures du monde.

Les livres sont mon train d’atterrissage, mon havre secret, ma paix intérieure.

Les pages noircies ne sont que faible témoignage de mon passage parmi vous.


Xavier Lainé


24-25 mai 2022


dimanche 5 juin 2022

Toujours dé-rangé

 



Photographie glanée sur internet




Parfois je me dis

« Il faudrait que tu ranges »

Mais toujours ça se dé-range

Comme si l’ordre des pensées

Supportait mal celui de l’univers


Alors je rends les armes

Je m’avoue vaincu

Puis me glisse en ce cocon

Où chercher n’est pas répondre

Mais poser des questions


Xavier Lainé


5 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 24

 




Toujours ce qui vient de polémiques et dissensions.

Vaines querelles qui montent comme sève au printemps.

Toujours on appuie sur les différences et les manques.

Ça fait mal, mais peut-être mieux de regarder en face qui nous sommes.

Pour ne pas avoir à accuser réception des échecs.


Toujours viennent les vieilles idéologies.

Le « j’ai raison donc tu as tort » en lieu et place de chercher ce qui nous réunit.

Puis, le nez dans le ruisseau sans que ce soit la faute à, pleurer à larmes amères la déconfiture contenue dans l’exacerbation des querelles.


Les bourgeons de mai sont rarement graines de commun.

Ça se produit parfois, mais c’est résultat d’étrange alchimie.

Les instants de grâce sont si peu fréquents en pays meurtri.

On jette du vinaigre sur les plaies ouvertes.

On se jette à la figure ce qui ne va pas.

On refuse d’entendre les paroles de colère.

L’exaspération est à son comble.

Il y a si loin entre « pays rêvé et pays réel » !


De colère parfois on jette l’éponge.

On se terre dans son trou en espérant que viendraient des temps plus cléments.

Ils arrivent parfois sans qu’on sache comment les saisir.

Un vent passe qui chasse les bienveillantes ondées.

On reste sur la terre desséchée.

On rumine ses colères, ses plaintes, ses misères.

Mai n’accouche pas toujours du sens commun.

Nous sommes si loin, de l’idée que solidaire serait mieux que chacun pour soi !


Xavier Lainé


24 mai 2022