mardi 7 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 26

 




Toute vie ne fait que passer, tout le problème est de faire bon usage de cette traversée.

De mai en mai, il faut bien trouver en la source intarissable des écrits, la force de survivre à la dictature des plus obscurs qui ne jurent que par leur domination.

De mai en mai créer nos émonctoires de survie, en éruptions joyeuses.


Combien de larmes en une semaine écourtée ?

Combien  de souffrances entre deux mains pour avoir le droit de s’arrêter un peu et respirer ?


Perdu en ma forêt des livres, il me faudrait trente six mille vies pour en venir à bout, en digérer les infinis sentiers de pensée.


Le Concerto n°2 de Rachmaninov m’arrête dans mon élan.

C’est si magnifique envolée !

Comment concevoir qu’il puisse exister à la fois oeuvre majeure qui transporte nos âmes sur les chemins d’intense beauté, tandis que non loin, aveugles individus en kaki s’évertuent à tuer toute forme de vie humaine pour prendre possession d’un territoire.

Le beau et l’ignoble dans un même monde dominé par les non encore humains, qui parfois rêvent d’un post-humanisme à leur image : abjecte.

Le beau et l’ignoble parfois dans les mêmes qui tuent et semblent, une fois leurs crimes accomplis, de bons pères de famille soucieux de leurs enfants.

Tragédie d’une humanité qui ne sait rien du printemps, qui a perdu de vue le vivant qui sommeille en elle-même !

Me voilà vibrant dans un soleil qui a perdu de son ardente et brûlante présence.

Comme quoi parfois le doux peut encore trouver son chemin, juste avant que Terre ne fasse sombrer cette humaine condition qui ne sait que s’écorcher vive.


Xavier Lainé


26 mai 2022


lundi 6 juin 2022

Chemins de traverse

 





Je ne saurais suivre les voies toutes tracées

Il me faut poser mes pieds sur des terrains incertains

Avancer entre les futaies sans trop savoir vers où aller


Je suis ainsi

Ne m’en veuillez pas


Je suis ainsi

Qu’il me faut parfois me perdre

M’endormir au pied d’un arbre

Oublier le temps qui passe

Rêver les yeux ouverts 

Au monde par delà la canopée


Il me faut ne plus rien entendre

Pour aiguiser mon oreille au chant diffus

Des feuilles effleurées d’un doux zéphyr

Pour mieux revenir à vos tourments


Je suis ainsi

Ne m’en veuillez pas

Je ne cesse de m’égarer

Pour mieux vous retrouver


Xavier Lainé


6 juin 2022


… Rêve ce qu’il te plaît 25

 




J’voudrais bien pouvoir prendre du recul.

Pour ne pas céder à ces prises de tête et de bec qui alimentent les vaines polémiques.

Mais…


Mais comment faire comprendre que prise de recul ou de hauteur n’est pas rendre son tablier.

Au contraire : ça permet juste de ne pas se laisser totalement embarquer en disputes stériles.


C’est d’avancer dont nous avons besoin à l’heure de tous les périls.

C’est d’avancer en commun, sur le terrain du commun qui nous préoccupe quand tout du monde des « acquis » n’est plus désormais que vague souvenir.

C’est de se serrer les coudes qui devrait être à l’ordre du jour.

Se serrer les coudes sans glisser sous le tapis nos insuffisances, nos faiblesses, nos manques et nos bêtises.

Nous regarder en face, dans le miroir que nous tendent les incompréhensions.


Puis, quand le ton monte, que je vous vois dressés sur vos ergots, prêts à vous voler dans les plumes, je fais un grand détour.

Je reviens aux livres, ignorant tout de ces vidéogrammes qui font le « buzz ».

Je reviens aux livres et à mes pages blanches qui m’attendent sous l’oeil goguenard du jour.

Un peu de gris vient souligner mes amertumes devant le spectacle atterrant des déchirures du monde.

Les livres sont mon train d’atterrissage, mon havre secret, ma paix intérieure.

Les pages noircies ne sont que faible témoignage de mon passage parmi vous.


Xavier Lainé


24-25 mai 2022


dimanche 5 juin 2022

Toujours dé-rangé

 



Photographie glanée sur internet




Parfois je me dis

« Il faudrait que tu ranges »

Mais toujours ça se dé-range

Comme si l’ordre des pensées

Supportait mal celui de l’univers


Alors je rends les armes

Je m’avoue vaincu

Puis me glisse en ce cocon

Où chercher n’est pas répondre

Mais poser des questions


Xavier Lainé


5 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 24

 




Toujours ce qui vient de polémiques et dissensions.

Vaines querelles qui montent comme sève au printemps.

Toujours on appuie sur les différences et les manques.

Ça fait mal, mais peut-être mieux de regarder en face qui nous sommes.

Pour ne pas avoir à accuser réception des échecs.


Toujours viennent les vieilles idéologies.

Le « j’ai raison donc tu as tort » en lieu et place de chercher ce qui nous réunit.

Puis, le nez dans le ruisseau sans que ce soit la faute à, pleurer à larmes amères la déconfiture contenue dans l’exacerbation des querelles.


Les bourgeons de mai sont rarement graines de commun.

Ça se produit parfois, mais c’est résultat d’étrange alchimie.

Les instants de grâce sont si peu fréquents en pays meurtri.

On jette du vinaigre sur les plaies ouvertes.

On se jette à la figure ce qui ne va pas.

On refuse d’entendre les paroles de colère.

L’exaspération est à son comble.

Il y a si loin entre « pays rêvé et pays réel » !


De colère parfois on jette l’éponge.

On se terre dans son trou en espérant que viendraient des temps plus cléments.

Ils arrivent parfois sans qu’on sache comment les saisir.

Un vent passe qui chasse les bienveillantes ondées.

On reste sur la terre desséchée.

On rumine ses colères, ses plaintes, ses misères.

Mai n’accouche pas toujours du sens commun.

Nous sommes si loin, de l’idée que solidaire serait mieux que chacun pour soi !


Xavier Lainé


24 mai 2022


samedi 4 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 23

 




Texte 63

Le langage n’est qu’une piste que seule suivra notre ombre.


Texte 70

Silence et mots sont nos bûchers.


Texte 72

Seules les horloges ont le temps d’avoir le temps.


Thierry Metz, L’homme qui penche, éditions Unes, 2018


Il te faut le silence pour cheminer parmi les rêves.

Puis langage pour leur donner consistance.

La langue n’étant que l’expression du contenu silencieux de la conscience.


Entre l’instant de parole et le vertige du silence me voici sur ce bûcher où s’enflamment les vertiges du temps.

Je brûle, je m’enflamme à l’approche de ces braises incandescentes où dérive le siècle.

Les paroles prononcées, quelle valeur sauraient-elles avoir, lorsque les mots sont décharnés, vidés de toute substance qui permettrait notre engagement sur le sentier de l’avenir ?

Or c’est là que nos rêves font naufrages.

Ils se heurtent aux récifs des autres, sinistres personnages assoiffés de pouvoir et de hiérarchie.

Ils s’assoient sur nos utopies, balayent d’un revers de main dédaigneux tous nos espoirs de vie meilleure.

Puis ferment derrière eux les portes de nos geôles intérieures.

Il nous reste les larmes.

Larmes de douleur à chaque tentative d’évasion retombée sur son séant.

Mai n’est alors que voeu pieu, confronté à nos vaines tentatives.


Xavier Lainé


23 mai 2022 (2)


vendredi 3 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 22

 






L’autorité politique ne tient pas à la connaissance de l’écriture, mais des conditions sociales et culturelles. La « perfidie » n’est ni dans l’écriture, ni dans la parole, mais dans les conditions politiques de leurs usages.

David  Le Breton, Eclats de voix, éditions Métailié, 2011


Un jour, d’épuisement, la page resta blanche.

Trop rincé par les années de descente aux enfers de la perfidie.

C’est dur d’y vivre, en cet Etat où les mots ne veulent plus rien dire.

Où les leçons sont données par gens si peu recommandables.

Qu’à peine sur leur siège doré, les voici rattrapés par leurs sulfureuses et méprisantes attitudes.


Tu t’y esquintes à vouloir dessiner au moins dans les mots, le monde de tes rêves.

Tu finis tes journées à l’agonie.

À l’unisson de la Terre qui elle-même te fait sentir sa lente montée de colère, comme lave venue du tréfond des âges.

L’explosion, tu la sens venir.

Tu ne sais pas trop comment la dire, ni expliquer comment, depuis si longtemps, elle te paraît évidente.


Tu cherches toujours la parole réparatrice, celle qui permettrait de rebondir.

Tu cherches mais tu ne trouves pas. C’est un combat à armes inégales.

Il se trouve toujours de pseudo-journalistes devenus propagandistes pour t’enfoncer un peu plus.

Tu écoutes, mais pour comprendre tu dois prendre distance et regarder plus loin.

Dans ton sémaphore de lettres et de pages, tu puises la substance de tes rêves de mai.


Xavier Lainé


23 mai 2022 (1)