vendredi 20 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 8

 






Que reste-t-il de ces huit mai où nous clamions « plus jamais ça » ?

Qu’en reste-t-il à l’heure où la bête immonde ne cesse d’avancer son mufle hideux un peu partout en Europe ?

En Europe sensée exister justement pour éviter le pire déjà vécu.


Pauvres de nous qui ne cueillons plus l’églantine, lui préférant le muguet imposé sous sinistre dictature.

Pauvres de nous qui oublions le rouge des coquelicots pour nous ranger sous le bleu d’ancien régime.

Nous vivons dans ce temps de sinistre mémoire où son absence nous livre aux mains des pires.


Pitoyable temps d’ignorance érigée en mode de vie.

On ne sait pas mais on affirme.

On se montre au risque de la bêtise.

On se croit célèbre et beau dans les seuls attraits du vêtement ou de la coiffure.

On ne s’allonge plus dans le pré de nos amours.

On en décline les funestes attraits en des réseaux qui se prétendent sociaux sans en avoir la moindre qualité.

La preuve ?

Tentez donc de ne plus rien « poster » : loin des yeux loin du coeur, tu disparaît sans que nul ne s’en inquiète plus que ça.

Parfois tu découvres un vague avis de décès et la mémoire s’enfonce dans le puits de l’oubli.

De quoi pourrions-nous encore être les héritiers à l’heure où tout n’est que rond à la surface de l’eau plate du monde.

Tandis qu’en dessous, ça gronde, ça couve, ça menace d’exploser.

J’écrivais « fais ce qu’il te plaît », je me dois de corriger et inscrire « rêve ce qu’il te plaît », puisqu’agir est devenu un leurre.


Xavier Lainé


8 mai 2022


jeudi 19 mai 2022

Contemplation

 





Chaque jour j’attendais

Mes yeux guettaient

La frêle éclosion

L’instant sublime

De corolles écloses

Où blottir mes rêves

Loin du tumulte 


Xavier Lainé


19 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 7

 




« Si l’appel du paradis empêchait les peuples d’agir, l’impossible réalisation du paradis sur terre a fini par paralyser toutes les formes d’action « pour s’en sortir ». La seule chose que l’on a conservée, c’est la capacité à endormir les masses, en les poussant à fumer des doses toujours plus fortes d’opium. » Bruno Latour, Où suis-je ? Éditions Les empêcheurs de penser en rond, 2021


C’est ainsi, à vendre le paradis au mieux offrant, on finit par l’édulcorer.

Que reste-t-il des rêves une fois passés au tamis du monde mercantile.

Regardez donc comme ils vous en vendent, au poids, au mètre, et toujours vous en achetez.

On leur colle de belles étiquettes alléchantes, on ne vous dit rien du contenu.

Alors que si vous marchiez un peu, les yeux et les oreilles ouverts, vous verriez vos rêves s’arrimer à votre esprit au rythme de vos pas.


Mais voilà, l’idéal des pouvoirs est de nous endormir.

De nous subjuguer, de nous accaparer aux fins d’esclavage consenti.

C’est dans la discrétion qu’ils fomentent l’enterrement de mai.

Qu’ils étouffent nos printemps d’insouciance sous un fracas de guerres et de contraintes.

Ils nous savent si préoccupés à notre survie !

Comment encore construire la moindre utopie lorsque chaque jour n’est que longue déclinaison de soupirs et de peines ?


Chaque jour qui passe, je marche dans un monde qui dort, dans une ville assoupie, sur des trottoirs d’indifférences soumises.

Je vois des regards abattus, des échines brisées, des esprits obscurcis.

Mes mains certes tentent encore de réparer les dommages, mais.

Mais je finis chaque jour avec ce sentiment d’impuissance face au monstre qui vous broie.


Xavier Lainé


7 mai 2022


mercredi 18 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 6

 




Alors je reprends mon bâton de pèlerin.

Non pour annoncer quelque bonne nouvelle mais histoire de semer quelques graines ici où là d’un printemps du peuple qui pourrait germer un jour.

Si…

Si, entretemps, les fanatiques du pouvoir n’ont pas désertifié définitivement les terres.

N’ont pas assuré à notre descendance un hiver nucléaire d’où toute vie serait exclue.

S’il nous prenait l’envie de faire ce qui nous plaît : leur tourner le dos et voguer vers de nouvelles aventures, de nouveaux territoires débarrassés enfin de leur héritage pénible.

Si nous apprenions à ne plus nous soumettre à leur violence inouïe pour arroser les graines d’humanité qui ne demandent qu’à pousser.


Je reprends mon bâton et je marche.

Puisqu’il m’est donné de vieillir et de croire encore à la joie.

Au bonheur de construire un autre monde, sans rien attendre du sommet, toujours attentif à ce que la base que nous sommes vit.

On me dira que c’est beau de rêver.

On me dira l’impossible soulèvement qui tarirait à jamais la source des profits et pertes.

On me dira l’illusion d’une liberté d’aller et venir sans avoir à rendre des comptes, montrer carte d’identité ou passeport dûment estampillé par ceux qui veillent sur nous au nom de leur seul pouvoir usurpé.

On me dira…

Mais…

Comme je suis têtu, je gueulerai encore qu’il est temps d’arrêter de se soumettre.

Que, de mai en mai, il n’y aura plus de « mais » !


Xavier Lainé


6 mai 2022


mardi 17 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 5

 




Vivre n’attend pas.

Il faut bien avancer, même sous le couvercle des soumissions.

Sinon que parfois, en mai, ici ou là, on se met à plusieurs pour le soulever, le couvercle.

Ça laisse échapper un fumet de vapeur.

Mais comme ils y mettent du lest et nous pas assez du nôtre très vite, ça retombe.

Faudrait être plus nombreux, dans la marmite et cumuler nos forces.

Mais…

Mais il y a ceux qui pleurent.

Ceux qui s’assoient devant la télé avec un paquet de chips.

Ceux qui marmonnent puis reprennent la bouteille laissée sur la table et la vident.

Ceux qui voudraient bien mais qui n’y croient point.

Ceux qui ont un rendez-vous ailleurs, toujours urgent, puis que tu croises à la terrasse du café.

Ceux qui ont peur pour leur crédit, de perdre leur salaire.

C’est fou.

C’est fou le nombre de poids posés sur le couvercle histoire de bien faire sentir que la liberté n’est qu’un espace très limité.

Limité aux frontières que les possédants tracent sur la carte du monde.

Frontières qui entravent la fuite éventuelle.

Surveillance absolue sur tout le territoire.

Pour ne pas laisser la moindre parcelle de terre et d’humains libres de s’organiser comme ils, elle le voudraient.

Nous en sommes là.

On peut toujours psalmodier qu’en mai on pourrait faire ce qu’on veut.

Il y a toujours des limites imposées dont nul ne songe à contester la validité.

Dès lors, on vit comme on peut et on fait semblant d’être libre.


Xavier Lainé


5 mai 2022


lundi 16 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 4

 




Il faut se souvenir, des choses, des gens, des évènements et des désillusions.

Rien de ce qui nous tisse en humanité n’est jamais venu simplement depuis l’instant où des hiérarchies se sont imposées.

Avons-nous été un jour consentants à ce pouvoir de domination de quelques-uns  sur l’existence de tous ?

Ou peut-être nous sommes-nous pris les pieds dans un jeu qui lentement a dérivé, nous détournant de notre sens commun.

Fourmies, comme toutes les « révolutions » du passé, imposant le premier mai comme « fête des travailleurs et de la lutte sociale » ne serait que la suite d’une longue histoire, commencée dès la fin de l’époque glaciaire.

Lire et relire David Graeber & David Wengrow pour  constater avec eux que si des pouvoirs autoritaires se sont parfois imposé, notre première liberté était de nous en détourner pour inventer « autre chose ».

C’est de ce pouvoir d’invention dont nous avons été dépossédés, au fil de la pré-histoire puis de l’histoire elle-même.

Lorsque je dis, « fais ce qu’il te plaît », c’est en ce sens de me réapproprier le pouvoir de m’inventer une existence qui ne soit pas de sempiternelle soumission.

Une existence qui tienne compte du commun pour que chacun y trouve sa part « merveilleuse ».

Force est de constater que les guerres sont le résultat d’une domination masculine et donc d’une soumission des femmes à des rôles prétendus subalterne.

Or, il semble bien que ce soit d’elles que nous avons appris à distinguer dans la nature les plantes qui nous nourrissaient, nous guérissaient . 

 D’elles encore que nous avons appris à cultiver les cultures nécessaires à notre subsistance, non pour qu’un groupe corrompu s’en approprie l’usage à des fins de profit, mais pour ne laisser personne crever de faim sur le bord du chemin.


Xavier Lainé


4 mai 2022


dimanche 15 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 3

 





« Pour créer, pour penser, pour vivre, il est nécessaire de rêver le monde, de le recréer en le dépouillant de ses évidences. » Roland Gori, La fabrique des imposteurs, éditions Les Liens qui Libèrent, 2013


Ce qui jaillit en salves de révoltes, c’est ce besoin de créer.

Besoin de créer, toujours comprimé sous le couvercle étanche des conformités.

De la colère passagère à l’occupation des rues, des usines, des universités, il faut bien que ce besoin créatif, immanent chez l’humain, trouve sa voie d’accès à l’air libre.

À défaut, soumis à la pression constante des « obligations », le chemin qui se dessine est bien plus souvent chemin de souffrance et de désir refoulé.

Chemin ponctué de symptômes dont les victimes sont elles-mêmes rendues responsables, mais jamais ceux qui dirigent le monde.

Car c’est bien connu, le prolétaire d’autrefois choisissait de son plein gré de descendre au fond des mines, de risquer sa vie devant les cratères de fonderies.

Que le choix imposé soit toujours entre crever de faim ou opter pour un esclavage déguisé en salariat échappe sans cesse à l’attention.

Le prolétaire est sa propre victime tandis que tous les honneurs vont à son employeur dont l’opulence est sensée montrer quelque chose de la richesse de son monde.

Il y a les invisibles tapis au fond des mines et des ateliers, les « riens » selon la dénomination méprisante d’un président mal élu, et de l’autre ceux qui ont l’accès, qui se pavanent dans les couloirs du pouvoir.

Entre les deux, ceux qui lorgnent du côté des plus forts, convaincus de n’être pas assimilables aux plus faibles.

Erreur de casting, d’aiguillage : ceux-là sont le bras armé des puissants contre les faibles, alors qu’ils devraient se ranger aux côtés des seconds.

Or les plus nombreux sont de ce côté pauvre de la barrière.


Xavier Lainé


3 mai 2022