samedi 9 avril 2022

La guerre, sans fin 36

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Si étrange coïncidence, c’est un 31 mars que tu tiras ta révérence.

Pas un an après que les délirants furent élus.

Tu avais cru à leur jeunesse comme un signe d’espoir.

Parfois, on s’aveugle, on avance quand même malgré la douleur.


Le fils, lui, en réponse à l’aveuglement, adopte les dogmes opposés.

Réponse du berger à la bergère, mais pareil aveuglement !

Le fond de commerce des guerres se prélasse dans ce lit.

Tandis que les uns militent, persuadés de leurs convictions, qu’on s’écharpe et qu’on s’étripe pour un pouvoir qui toujours nous fuit, d’autres tirent les ficelles, les grosses ficelles.


Qu’aurais-tu dis et pensé, mon père, devant le désastre et le champ de ruines ?

Il n’aura pas fallu longtemps pour que les destructions de toute humanité s’accélèrent, sous l’emprise de ces déjà-hors-humains qui se sont approprié tout pouvoir sur nos vies.

Peut-être as-tu eu raison de tirer ta révérence avant que nous tombions dans ce précipice, ce gouffre vertigineux de la guerre de tous contre tous, sans fin.


Ce fut peu de temps après ton départ que je tombais sur le petit livre d’Edouard Louis dont le titre attira mon attention : « Qui a tué mon père ? »

Je me posais la même question.

C’était quoi ce cancer, sinon celui de la bêtise montante qui ne cessait de te ronger de l’intérieur, de cette sourde révolte qui ne trouvait plus d’émonctoire ?

Il fallait bien que ça sorte, puisque, en quelques mois tu es passé de discours défendant encore tes dogmes à un mutisme qui en disait long sur tes ruminations intérieures.


Xavier Lainé


31 mars 2022 (1)


vendredi 8 avril 2022

La guerre, sans fin 35

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Ce qui se joue, c’est cette partie d’échec entre possédants et dépossédés conscients de leur dépossession.

De révoltes en révolutions, de guerres fratricides et querelles de frontières, c’est toujours ce jeu mortifère où les perdants sont toujours les mêmes.

Qu’importent les hauts faits que l’histoire nous rapporte à l’envie : le bilan de chaque guerre se chiffre en milliers de morts pour les uns, en milliards de profits pour les autres.

Mais on veut nous convaincre, s’il le faut en peignant l’histoire de couleurs chatoyantes, qu’il y aurait gloire à mourir sur ce champ d’horreur.


On vient ici et là nous chanter les louanges de la patrie !

Qui se pose la question de savoir quand et par qui fut inventé ce terme funeste ?

Quel rapport entre le culte de la domination, parfois cléricale, et l’instinct de défense d’une patrie qui serait sans cesse en danger ?

Quel danger ont à craindre des peuples curieux, instruits, capables d’aller voir comment leurs voisins vivent, de se nourrir de toutes les expériences pour mieux vivre au sein d’une culture apaisée ?

Sinon barrières linguistiques (qui ne sont barrière qu’à la condition d’avoir un esprit de supériorité d’une langue sur une autre), derrière quels barbelés pourraient se construire les peuples ?


Regardez, regardez donc, comment, usant d’un virus, au sein des mêmes peuples parlant les mêmes langues nos indignes esprits dominants auront réussi le tour de force de nous diviser, de nous dresser les uns contre les autres !

Le symbole de leur système de domination se dresse sous nos yeux : ce sont les ruines d’Alep, d’Idleb et désormais de Mariupol.

Voilà le symbole de leur philosophie du néant destructeur et de leur barbarie.


Xavier Lainé


30 mars 2022


jeudi 7 avril 2022

La guerre, sans fin 34

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Alors, je finirai par me taire faute d’avoir les codes d’accès.

Ils ont tenté le QR code, mais le monde, tel qu’il est, est construit autour de ces barrières infranchissables liées à la notoriété.

Il faut en ce monde briller ou mourrir seconde classe faute d’avoir accepté les grades.

On y est gradé ou dégradé selon nos origines ou nos classes.

Il faut y montrer patte blanche pour vendre ses livres.

Il faut y briller par une écriture qui caresse les egos dans le sens du poil.

À défaut on meurt soldat inconnu au fond des tranchées de l’oubli.


Tu peux toujours le refuser, ce monde qui te demande toujours de valider tes accès.

Il paraît même que pour devenir écrivain, il faudrait montrer un master de « création littéraire », ça ne s’invente pas, ça devrait se refuser.

On fait croire que par la voie royale de l’université, nous verrons l’éclosion des talents.

Avez-vous remarqué le peu d’ouvriers dans l’histoire littéraire ?

Il faut être du beau monde et, parfois, avec une certaine condescendance, parler de ce monde tellement dépossédé qu’il ne peut même plus parler de lui-même.

Il reste sans voix et d’autres (Ha ! Les belles âmes !) devront donner leur voix aux sans voix cantonnés derrière la frontière tracée par dame Bonne Fortune.

Il faut être bien né pour apparaître entre les couvertures cartonnées des livres, dans ce monde au QR code bien poli.

Il ne faut pas jeter un pavé dans la mare de la filière livre soutenue par les mêmes financiers qui étranglent les sans voix.

Si tu ne vis pas du bon côté des barbelés médiatiques, tes rares livres seront voués au pilon, à défaut de briller au pinacle de la célébrité.

Tu finis alors par te taire, t’endormant sur une belle oeuvre posthume.


Xavier Lainé


29 mars 2022 (2)


mercredi 6 avril 2022

La guerre, sans fin 33

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


J’arrive au terme de mon voyage, de mon ouvrage

Mais hélas pas au terme de cette guerre

Comme beaucoup j’ai même cru impossible qu’elle ait lieu

Et pourtant


À trop laisser le pouvoir aux pires d’entre les hommes

À nourrir nos haines tenaces

Nos jalousies stupides

Nos boulimies de richesses 

Nos guerres intestines

Vient inévitablement la guerre 

La querelle pour un barbelé de frontière

Jetant de part et d’autres

Âmes ébranlées qui pourtant parlent même langue

Qui parfois se sont aimées


C’est ce déchirement

Commencé au coeur de nous-mêmes 

Cet aveuglement qui nous détourne de nos propres vies

De leur invention pacifique 

C’est dans l’acceptation de nos dépossessions

Que déjà vient le conflit d’intérêt

Pas seulement dans ces guerres de possession

Quoi sont au fondement des pouvoirs


Dépossédés de notre propre pouvoir sur nos vies

Ils peuvent alors en toute impunité

Nous envoyer au front de leurs profits

Où nous nous déchirons à pleines dents

Sans nous douter être les soldats de leurs vanités


Xavier Lainé


29 mars 2022 (1) 


mardi 5 avril 2022

La guerre, sans fin 32

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


J’arrive au terme d’un mois sur ce territoire d’une guerre sans fin !

Ai-je pu documenter en quoi la guerre en cours en Ukraine n’est qu’un épisode de plus de celle, infinie, existante depuis qu’une poignée d’humains, forts de se croire sapiens, ne savent qu’utiliser la force pour s’approprier la terre ?

Ai-je su dire ce qui ne se dit pas, ce qui rend un écrit illisible parce qu’il retourne le couteau dans la plaie du conformisme tellement plus confortable que le doute ?


À l’heure de mettre un terme à ce voyage d’un mois en territoire de permanents conflits, je doute moi-même de la véracité de ce que je ressens.

Écrire ne me donne aucun droit de vérité.

Écrire ne fait que me mettre à cette distance qui monte les gradins de la littérature pour seulement me hisser au sommet d’une montagne de mots.

En écrivant, en découvrant que des imbéciles bien français veulent interdire la littérature ou la musique russe, que d’autres abrutis demandent à débaptiser un lycée Soljénitsine, je pense à tous ces musiciens, danseurs, écrivains qui se sont élevés contre les pouvoirs totalitaires imposés à leur pays depuis toujours.

Les voix qui s’élèvent contre cette stupidité qui ne fait que nourrir les démons de ce siècle sont rares.

Je pense à André Markowicz s’appuyant sur les vers d’Anna Akhmatova.

Je pense à Svetlana Alexievitch dont si peu répandent la parole.

Je pense à Mandelstam mort dans les camps du stalinisme.


Mon adolescence fut bercée par le chant d’Henri Troyat dans « La lumière des justes » : celui des Décembristes envoyés, déjà, en Sibérie, pour avoir osé se soulever contre la toute puissance du Tsar.

Comme chez nous aujourd’hui, il est si difficile de soulever le couvercle de l’injustice.


Xavier Lainé


28 mars 2022 (3)


lundi 4 avril 2022

La guerre, sans fin 31

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Regardez donc la carte du monde.

Ils l’ont découpée à la règle pour en faire leur monde.

Celui où leurs profits sont rois tandis que vous vous menez guerres pour un tracé qui n’a rien à voir avec votre pauvre vie humaine.

Partout ils sont là, mal élus de ce qu’ils osent nommer démocratie par détournement du mot lui-même.

Dêmokratia : le pouvoir du peuple…


Ce qu’ils nomment ainsi n’est que la confirmation de leur propre pouvoir.

Les frontières n’ont rien à voir avec les aspirations des peuples.

Elles ne sont que pré carré où les puissants, à l’abri derrière les barbelés, les murs et les barrières, peuvent maltraiter les peuples avec, au nom de la sainte urne, la caution bienveillante des élites lettrées qui ne disent rien du détournement de langage autorisant cette forme totalitaire.

Ils peuvent alors, violer les frontières, au nom de leurs propres craintes.

Leurs guerres ne sont que la preuve de leurs peurs.

Car à ne regarder l’autre qu’en ennemi potentiel, son moindre éternuement peut être interprété comme un agression !

Nous voici plongés dans cet absurde : chacun faisant la guerre à l’autre quotidiennement pour survivre, nous sommes tous les soldats d’une armée imbécile tandis que notre humanité même s’en trouve condamnée.

Ils ont la force : mesurent-ils que si d’un doigt rageur ils appuyaient sur le malheureux bouton rouge des forces nucléaires, ils se détruiraient eux-mêmes comme nous tous ?


En l’aveuglement de la toute puissance d’un « progrès » technologique, se tisse les raisons d’une guerre sans fin capable de détruire notre propre berceau.

Mais peut-être ont-ils, les aveuglés pathologiques de pouvoir et d’argent, quelques comptes à régler avec eux-mêmes ? 


Xavier Lainé


28 mars 2022 (2)


dimanche 3 avril 2022

La guerre, sans fin 30

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Notre siècle souffre d’une pléthore d’idéologies totalitaires qui, en mettant les hommes au service de l’histoire, leur interdisent de jouer un rôle quelconque au service de leur propre humanité. » Murray Bookchin, L’écologie sociale, éditions Wildproject, 2020


Mais parfois même pas besoin.

Même pas besoin d’idéologie pour arriver à cette vision totalitaire.

Il suffit de peu de chose, savez-vous, pour faire de l’homme une brute sans foi ni loi.

Il suffit de la menace, de la contrainte, de la pression et de l’illusion.

On te brandit sous le nez un rêve consumériste où ton bonheur serait lové au fond d’un porte-feuille.

D’un porte-feuille tout juste alimenté pour servir la satisfaction de tes besoins créés de toute pièce.

Tout juste, mais plus souvent calculé si juste qu’une fois payé ce qu’on te prétend indispensable, tu n’as plus de quoi assumer le vital.

Alors, bons diables, ils te proposent le crédit, ce truc diabolique qui fait de toi leur esclave.

Le crédit comme outil, comme épée de Damoclès, de ta consentante et consternante soumission.

Il n’est pire virus que cet esclavage, pire pandémie que cette menace permanente qui t’invite à regarder tout un chacun comme ennemi dans cette guerre de tous contre tous alimentée au biberon du capital.

La soumission à cette idéologie qui ne dit pas son nom, ne montre jamais son visage, trouve son accomplissement en ces temps où nulle pensée hors des clous de la bienséance nauséabonde néo-libérale ne peut s’exprimer au grand jour.

On commence par la « sensure », celle qui te prive du sens des choses et des mots, pour terminer en auto-censure qui te retient d’afficher ce que tu es, ce que tu penses.

Te voilà prisonnier derrière les fausses frontières.


Xavier Lainé


28 mars 2022 (1)