mardi 22 mars 2022

La guerre, sans fin 18

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés



« L’aristocratie se change en oligarchie, à cause du vice des gouvernants, dès lors que ceux-ci distribuent les faveurs de la Cité en dépit du mérite, c’est-à-dire se réservent à eux-mêmes tous les biens ou la très grande part et attribuent toujours les pouvoirs aux mêmes personnes avec le souci presque exclusif de s’enrichir. » Aristote, Ethique à Nicomaque


Tout change donc et rien ne bouge.

Mais toujours ce moyen de l’aristocratie de se métamorphoser en s’appuyant sur l’exclusion et la soumission.


Elle fait le tri : ceux qui sont utiles à son profit d’un côté, les autres, les « inutiles », les « nuisibles », les « riens », de l’autre.

Toujours ce souverain mépris qui est l’image de marque de cette guerre des classes qui défie le temps.

Une guerre sans fin, me disais-je aux premiers coups de canon dans l’Est européen.

Une guerre sans fin qui est celle des esprits dominateurs étriqués contre tout ce qui bouge, vit, s’émeut, aime.


Ne croyez pas que le tri ne se fasse qu’entre exilés.

Car pendant que les regards sont tournés à l’Est, ici les discriminations vont bon train.

Certes, après ton entretien d’embauche, on n’a pas ajouté, pour te refuser le poste, ton origine, on a juste fait remarquer, tare horrible, que tu n’étais pas vaccinée. 

Ils auraient pu aussi t’opposer ton faciès, ta religion, dans cet hôpital défiguré.

Ils auraient pu.

Car, au pays des droits de l’homme, n’ont de droits que ceux qui se soumettent à la conformité décrétée en oligarchie stupide.


Xavier Lainé


16 mars 2022


lundi 21 mars 2022

La guerre, sans fin 17

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés



« N’est pas un roi celui qui ne se suffit pas à lui-même et n’est pas supérieur sur tous les plans du bien ; or un homme de cette qualité n’a besoin de rien en plus ; donc, les intérêts qu’il a en vue ne sont pas les siens à lui, mais ceux des sujets qu’il gouverne. » Aristote, Ethique à Nicomaque


Dans nos rêves nous aurions le pouvoir.

Et ce pouvoir ne ferait pas la guerre.

Ce pouvoir aurait la compassion et la compréhension pour adage.

Juste dans nos rêves.


Car pour de vrai

Aucun pouvoir n’oeuvre pour le bien de tous.

Aucun.


Lorsqu’ils décident la guerre, c’est juste pour satisfaire à la folie d’une minorité voir même d’un seul agissant comme un tyran sur son propre peuple.

Mais par ignorance parfois, ces peuples là se lancent avec vaillance dans la mésaventure.

Amis ou ennemis, tous en ressortent meurtris.


Car où le crime se répand les plaies sont à jamais ouvertes.

Si rémission est possible, jamais pardon ne s’impose.

Comment pardonner la souffrance et la mort ?


C’est là que la grande confusion se saisit des esprits égarés.

On assimile les peuples aux bourreaux qui les mènent à l’abattoir.

On oublie que sans tyrans, les fusils n’auraient jamais parlé.

Or ils causent en ce monde.

Et nos tyrans « démocratiques » font le tri entre bonnes et mauvaises victimes.


Xavier Lainé


15 mars 2022


vendredi 18 mars 2022

La guerre, sans fin 16

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Notre société permet tout ce qui ne la dérange pas. Si ce n’est plus tout à fait vrai aujourd’hui et s’il y a crise, c’est que l’intérêt immédiat des hommes du pouvoir est en contradiction avec les valeurs qui fondent leur pouvoir. Il leur faut, par exemple, favoriser la consommation, qui les enrichit, au détriment de la morale, qui les légitime. Pour la première fois, le pouvoir s’établit sur la confusion et non plus sur l’ordre. Il s’ensuit un mensonge généralisé, dont la langue est malade. » Bernard Noël, La pornographie, Editions Gallimard, 1990


La différence est de taille, mais ce qui sépare l’un de l’autre en terme de résultat, est bien mince.


Le dirigeant formé aux techniques du KGB :

Ne supporte aucune opposition ou contestation

Emprisonne toute personne se dressant sur son chemin

Ou pire commandite les crimes les plus odieux

Fomente les guerres les plus atroces au nom de la grandeur de son pays

Mais droit dans ses bottes assume ses origines


Le dirigeant formé aux techniques du néo-libéralisme

Ne supporte aucune contradiction ou contestation

Sans apparente violence use d’une sensure jouant sur les mots

Poussant toute personne ayant quelque chose à dire à l’autocensure

Lorsque l’opposition se répand sur le pavé

Il lui envoie sa maréchaussée

En éborgne, mutile ou met en détention provisoire

Au nom de « lois d’exception anti-terroristes »

Ce qui tout de suite invite les opposants à rester chez eux

Mais droit dans ses bottes vous affirme toujours agir pour « la défense de la démocratie ».

Et, bon enfant, vous le croyez sur parole.

Lui, use et abuse de votre crédulité.


Xavier Lainé


14 mars 2022


jeudi 17 mars 2022

La guerre, sans fin 15

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés



« La censure bâillonne. Elle réduit au silence. Mais elle ne violente pas la langue. Seul l’abus de langage la violente en la dénaturant. Le pouvoir bourgeois fonde son libéralisme sur l’absence de censure, mais il a constamment recours à l’abus de langage. Sa tolérance est le masque d’une violence autrement oppressive et efficace. L’abus de langage a un double effet ; il sauve l’apparence, et même en renforce le paraître, et il déplace si bien le lieu de la censure qu’on ne l’aperçoit plus. » Bernard Noël, L’outrage aux mots, Editions Gallimard, 1990


On dit mes propos moins poétiques que politiques.

Pour rappel :  Poésie, n.f. est emprunté (1370) au latin poesis « genre poétique », en particulier « oeuvre poétique, poème », lui-même  emprunté au grec poiêsis « création, fabrication », « action de composer des oeuvres poétiques », « genre poétique », « poème », dérivé de poiein : « faire », « fabriquer » mais également « causer », « agir » (Source :Dictionnaire historique de la langue française)


La question qui vient : est-ce que, limiter le sens du mot à la forme que prend l’expression poétique ne relèverait pas d’une forme de « sensure » (mot inventé par Bernard Noël pour exprimer les formes non avouées de censure sous le régime capitaliste libéral) ?

Nous y sommes tellement habitués, à cette déformation du langage qui fait qu’un mot prononcé perd toute signification, que tout discours selon l’agencement des mots peut signifier tout et son contraire.


Une façon très douce d’emberlificoter chacun dans l’incompréhension pour mieux détourner l’attention.

Là, bien sûr, vous vous dites : « mais qu’a-t-il dit vraiment ? »

Et tandis que le drapeau de l’incompréhension vous plonge dans l’expectative et le doute, les bonimenteurs peuvent agir à leur guise.

Saviez-vous que sous l’empire romain, les érudits se trouvaient parmi les esclaves ? Mais que, sous le régime esclavagiste capitaliste, apprendre à lire était interdit, tout noir qui était surpris à savoir lire pouvant être puni ?


Xavier Lainé


13 mars 2022


mercredi 16 mars 2022

La guerre, sans fin 14

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Mon correspondant de l’Assurance Maladie m’écrit :

« Les personnes résidant en Ukraine qui viennent se réfugier en France bénéficient d'un statut de « protection temporaire » et d'une  prise en charge immédiate de leurs frais de santé. A ce titre, elles ont vocation à se voir ouvrir rapidement à leur arrivée des droits à la protection maladie universelle ainsi qu'à la complémentaire santé solidaire. 

Les tests de dépistage du COVID RT-PCR ou par détection antigénique réalisés au bénéfice de ces ressortissants sont intégralement pris en charge par l'assurance maladie obligatoire, y compris lorsqu'ils sont réalisés sans prescription médicale par des personnes ne disposant pas d'un schéma vaccinal complet. Cette prise en charge s'effectue sur présentation du document de la préfecture justifiant du bénéfice de la protection temporaire. »


Quel bel élan de solidarité ! Quel beau geste ! Quelle hypocrisie aussi !

Ne savez-vous point, Monsieur mon Correspondant de l’Assurance Maladie que les bombes qui pleuvent aujourd’hui sur l’Ukraine sont les mêmes qui tombaient hier sur la Syrie, rasant les villes d’Idleb ou Alep, et jetant sur les routes de l’exil des familles entières contraintes de franchir les mers au risque de s’y noyer ?

Quelle différence faites-vous donc, Monsieur mon Correspondant de l’Assurance Maladie entre pauvres gens qui prennent les chemins de l’exil ?

Qu’est-ce qui justifie à vos yeux que, victimes des mêmes bombes, les uns bénéficient d’une prise en charge immédiate par vos services tandis que les autres sont condamnés à l’errance perpétuelle sans un geste de votre part (car à ma connaissance je n’ai jamais reçu le moindre message m’informant que les « ressortissants de Syrie qui viennent se réfugier en France bénéficiaient d’un statut de protection temporaire » ?

J’ose espérer, Monsieur mon Correspondant de l’Assurance Maladie, qu’il n’est pas ici question de couleur de peau. Mais vous avouerez que je puisse me poser la question du substrat raciste qui anime votre louable intention.

Je souhaiterais donc, bien évidemment que les réfugiés soient traités avec la même sollicitude, quelle que soit leur origine.


Xavier Lainé


12 mars 2022


mardi 15 mars 2022

La guerre, sans fin 13

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« A cet instant, je comprends pourquoi il n’y a pas d’indignation possible à l’instant même où retentit le cri à la mort d’un humain que d’autres humains maltraitent : il n’y a que le saisissement froid de l’horreur, et cela ne parle ni ne se parle. Après vient la colère, la révolte, mais comment dirait-on ce cri ? » Bernard Noël, L’outrage aux mots, Editions Gallimard, 1990


Je voudrais crier, à en fracasser les oreilles de ces gens de pouvoir qui prétendent gouverner le monde en le livrant à sa perte.

Je voudrais crier, par delà le bruit des bombes, pousser un cri de détresse assez puissant pour que, de surprise, leur monde fasse enfin silence.

Que leurs médias cessent de colporter haine et mensonge.


Je voudrais crier assez fort pour que ceux qui ne veulent pas entendre se mettent à écouter.

Pour dire merci à ceux qui se mobilisent un peu partout pour dénoncer l’ignoble d’un temps qui ne tire aucune leçon du passé.

Ouvrir les yeux et les oreilles de celles et ceux qui ne veulent ni voir, ni entendre.


Car


Ce que nous voyons de nos yeux

Ce que nous entente dons de nos oreilles

C’est ce qui répond à une logique

Où chacun d’entre nous se retrouve seul

Face à lui-même sous le roulement incessant des propagandes.

Ce que nous avons sous les yeux

Ce sont gouvernants qui raisonnent

Sans apprendre des horreurs vécues

Aux siècles précédents


Xavier Lainé


11 mars 2022


lundi 14 mars 2022

La guerre, sans fin 12

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Les media ne dominent qu’en ignorant ce qui les conteste, et la poésie, du simple fait qu’elle existe, les conteste parce qu’elle représente la qualité quand ils n’ont souci que de quantité. Les media sont l’actualité, toute l’actualité, et la poésie se moque de ce temps-là.

De ce fait, la poésie est le foyer de résistance de la langue vivante contre la langue consommée, réduite, univoque. La poésie est cette vitalité de la langue sans avoir besoin de l’affirmer : elle l’est naturellement, en elle-même, par sa situation, car elle est sans cesse réactivée par ce qui l’anime, et qui est source, qui est originel. » Bernard Noël, L’espace du poème, éditions P.O.L, 1998


Les temps changent, la nature d’un système, sauf à y mettre un terme, ne change pas.

Plus la division nous gagne, plus ils triomphent.


Regardez donc l’art de nous monter les uns contre les autres.

Regardez avec quelle véhémence, chacun, croyant détenir « la » vérité, défend la sienne !


Les ferments des conflits sont ainsi semés.

Ils ne demandent qu’à croître en desséchant les coeurs.

En vidant les esprits de toute capacité critique.

Ne reste plus qu’aux médias à jouer leur rôle malsain : stimuler les pires penchants, lever les dernières inhibitions qui permettraient encore un peu de retenue.

Le pire lâché dans l’arène, ils s’amusent à ces jeux cruels.

L’humain réduit au rang de la pire espèce et tout autour du cirque, les « experts », dûment homologués, qui vocifèrent.

Tous les ingrédients réunis, il ne reste plus qu’à allumer la mèche.

La violence en appelant d’autres, les bombes peuvent pleuvoir sur les cibles innocentes dans l’indifférence générale.

Certains vont même jusqu’à prendre les armes.

Armes qu’ils n’auraient pas pris si les victimes n’avaient pas été blanches.


Xavier Lainé


10 mars 2022