samedi 11 décembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 21

 






Voici le temps où le froid du dedans

Marche du même pas que celui du dehors

Où l’automne glisse en habits blancs

Sur les pas d’un hiver redouté


Pensez un peu

Juste un peu


Combien rejoindront la liste implacable

Combien dont nous ne saurons rien

Dont nous n’entendrons pas le cri glacé

Qui feront la une un jour ou deux

Puis tout reviendra au silence des habitudes


Voici le temps où le froid du dedans

Marche du même pas que celui du dehors

Où l’automne glisse en habits blancs

Sur les pas d’un hiver redouté


Pensez donc un peu

Juste un tout petit peu


Tandis que vous serez devant l’âtre

Bien au chaud sous vos couvertures

Combien là dehors non loin de votre confort

Claquerons des dents et ses tiendront le ventre

Pour ne pas glisser trop vite en forme anonyme


Pensez donc encore un peu

Si c’est encore possible

Mais pensez


Xavier Lainé


11 décembre 2021


vendredi 10 décembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 10

 




C’est un jour où tu fulmines.

Un jour de patients qui « oublient » leur rendez-vous.

Un jour où tu te dis qu’à n’être plus respecté par personne tu ferais mieux de déserter.


C’est un jour où tu réalises que, pour avoir leur passe partout, les mêmes n’oublient pas de se faire vacciner.

Un jour où terrasses de café, théâtres et cinémas ont bien plus d’importance que ton travail de soignant déconsidéré depuis des lustres.


C’est un jour d’écoeurement où tu dresses le bilan de vingt mois d’obscurité.

Un jour, puisque personne des institutions n’a pensé une seconde que, peut-être, tu aurais quelque chose à dire, tu voudrais que nous nous y mettions tous.

Que nous déposions sur la table des désinformations constantes, notre vécu de « crise » largement alimentée en haut lieu, à des fins bien éloignées de la santé publique.


C’est un jour où tu ne te fais plus aucune illusion sur la collusion de la plupart de tes collègues avec le système qui tue toute humanité, saborde toutes libertés.

Presque cinquante ans que tu t’insurges contre ce « pouvoir en blouse blanche » qui infantilise le patient en les déshabillant, en lui attribuant un numéro d’ordre, en lui niant toute existence une fois allongé sur la table de la « science médicale ».


C’est donc un jour où, attendant patiente qui a « oublié » son rendez-vous (prendre soin est accessoire), tu te retournes et réalises que personne de ton entourage proche ni parmi tes patients forts nombreux n’est mort de ce virus surgi tu ne sais d’où dans nos vies déjà mises à mal.

Un jour où tu fais le décompte : plus de dix patients par jour (sauf samedi et dimanche) pendant vingt mois, huit qui furent contaminés, une seule hospitalisée vingt quatre heures. Tous s’en sont remis.


C’est un jour où tu regardes avec effroi l’usage politique fait d’une « crise » qui n’est pas la tienne : tu savais depuis longtemps qu’à confondre savoir et pouvoir un jour le mur de la vie serait juge de nos turpitudes.

Un jour où tu aurais aimé depuis longtemps que la tournure des choses te donne tort.

Un jour qu’au déni de toute réalité, le passe partout semble devoir devenir banal.

Hannah, au secours, le petit Klaus, les Eichman en costume trois pièces sont sortis de leurs tombes !


C’est un jour où tu voudrais dire à ceux qui ne demandent pas le passe partout pour un café en terrasse s’ils se rendent compte qu’ils contribuent sans le vouloir à la banalisation du pire.

Un jour où tu te prends à rêver de revenir en arrière, que toutes les professions de santé, pour une fois unies, auraient pu descendre dans la rue contre l’ignominie.

Mais tu ne fais que rêver.

Trop de compromis, trop d’intérêts jetant aux gémonies entraide et solidarité finissent pas tuer dans l’oeuf les principes mêmes de toute humanité.


Xavier Lainé


jeudi 9 décembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 20

 




Ombres sur la terre

Brumes et ondées

Branches nues dressées

Entre deux nuées denses


D’une rive à l’autre

Le jour jamais ne s’éternise

L’ombre gagne 

Le pluie s’ébroue

Aux branches frileuses


Que sais-je encore du temps

Lorsque saison au dehors comme en dedans

Prend racines et résonne


J’ai laissé mes yeux errer

Parmi les ombres éparses

Fantômes d’êtres si vite évanouis

Un frémissement me gagne

Le saison s’étire 

Sous les vents glacés


Leur souffle s’en vient

Voyageant au-dessus des neiges

Qui dépose sur les trottoirs

Vagues souvenirs de feuillées


Les mots sortent engourdis

De l’épreuve des brumes

Ils hésitent puis s’envolent

Tourbillonnant dans la mémoire


Xavier Lainé


2 décembre 2021

mercredi 8 décembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 9





 


C'est un jour où tu te réveilles, toujours dans la même marge, inconfortable de surcroît.


C'est un jour où tu persistes et signes, nouant petits fils d'humanité, au gré de rencontres qui ne sont pas toutes de résistance.

Une douleur est une douleur.

On se concentre dessus, et parfois on refuse d'en voir l'origine.

Comment aller bien quand tout s'acharne à réduire l'espace vital des libertés ?


C'est un jour où tu expliques ta soif d'humanité, qui se tisse, entre deux précarités, dans le sauvetage des enfants perdus de la République.

Dans tes mains qui cherchent non à comprendre (ton esprit ne cesse de saisir les excellentes raisons d'aller mal) mais à, ne serait-ce qu'un peu, en alléger le cours.


C'est un jour où tu échafaudes, sans rien attendre de personne, tes petits actes de résistance.

Un jour où tu travailles à briser le marché qu'est devenu la santé publique.

Un jour où tu vas, d'actes gratuits en échanges de bons procédés, inventer un monde dégagé de ces soifs maladives de fortunes étouffantes qui toutes échappent au commun en des "paradis" assassins.


C'est un jour, comme ça, où tu découvres tes mots qui font ricochets à la surface des ondes.

Où tu ne sais comment remercier ceux qui leur donnent tel écho.

Pauvres mots mâchonnés dans l'ombre, bien avant l'aube.


C'est un jour où l'aube semble vouloir faire la grasse matinée.

Il paraît que demain, sur un caprice gouvernemental ivre de ses promesses non tenues, on en changera l'heure.

Jusqu'où donc va l'esprit de domination qu'il vienne jusqu'à se saisir du temps pour contraindre nos vies ?



Xavier Lainé




mardi 7 décembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 19

 




Puis le froid s’en vient

Posant ses cristaux 

Sur les paupières du jour


Les ultimes feuillages

Tentent de résister encore

C’est parfois paradoxe

Que ces branches habillées

Sous le vent du Nord


Flocons descendent 

Hésitent encore sur le seuil

Petit jour bleu frangé d’ocre

Se dessine derrière branches nues


En habits de saison tu ouvres

Les portières d’un jour

Que tu rêverais libre enfin

Ne sont que rêves d’évasion

En monde enfermé


Les alarmes sans fondements

Résonnent entre tes deux oreilles

Tu cherches le chemin étroit

Qui te mènerait au loin


Si loin de tous ces barbelés

Posés en travers des sentiers

D’un monde qui n’aime la vie

Qu’emprisonnée et soumise

Derrière les barreaux et les murs


Xavier Lainé


29 novembre 2021


lundi 6 décembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 8

 






C'est un jour où le gris succède à la nuit.

Nuit de violentes migraines tant les idées se heurtent aux parois du crâne.

Nuit qui se termine titubant, sur le seuil, avec la vision terrible d'un écroulement latent.


C'est un jour d'ami qui cite Jean Genet, si peu lu Jean Genet, comme si peu lus Edouard Glissant ou Patrick Chamoiseau et la pensée en archipels, seule issue possible à l'ornière.


C'est un jour de plus où nous sommes "condamnés à l'état d'urgence à perpète, bâillonnés et contraints aux distances craintives, réduits à accepter le pire pour ne pas sombrer dans encore pire. 

Nous sommes le pitoyable résultat d'un pays qui ne sait plus rien de son histoire mouvementée et des révoltes noyées dans le sang qui l'ont pourtant construit."


C'est un jour où tu réfléchis à ta condition de soignant prétendu "libéral" qui se traduit depuis quarante années en "marche ou crève" pour tenter encore de garder dignité humaine sans négliger technique, mais avec la conscience croissante que l'humain parmi les vivants est bien plus qu'un "animal machine".


C'est un jour où tu regrettes tes pauvres compromissions pour sauver toit et pitance familiale.


C'est un jour où le gris du ciel t'invite à un ailleurs inexistant où il serait simple de vivre en humain, dégagé des stupides et contraignantes survies.


C'est un jour où tu avances avec la vision de tes propres noirceurs qui poseraient lumière sur la page du jour.


C'est un jour où tu sais qu'après l'hiver. vient toujours un printemps.

Alors tu voudrais pouvoir, à mots couverts, en sauver la flamme.


Xavier Lainé


dimanche 5 décembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 18

 




Mes pieds dans les ruines

Mes yeux qui contemplent

Ce qui fut solidaire

Et se noie sur le rivage


Me voici échoué moi aussi

Mon corps chahuté par les vagues

Par les souvenirs d’un temps

Qui savait accueillir encore


Un temps qui trouvait simple

Le défilement des saisons

Sur des paysages sans limites

Sans frontières sans replis frileux


Je n’imaginais pas

En ces temps d’enfance 

Que mon frère différent

Serait objet de rejet


Un jour d’automne triste

J’ai vu son être tout entier

Disparaître sous cette vague

Hors de toute humanité 


Ce que je vis désormais

Saurait-il être nommé

Je ne sais

Je marche


Mes pieds dans les feuilles chues


Xavier Lainé


26 novembre 2021 (2)