mercredi 8 décembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 9





 


C'est un jour où tu te réveilles, toujours dans la même marge, inconfortable de surcroît.


C'est un jour où tu persistes et signes, nouant petits fils d'humanité, au gré de rencontres qui ne sont pas toutes de résistance.

Une douleur est une douleur.

On se concentre dessus, et parfois on refuse d'en voir l'origine.

Comment aller bien quand tout s'acharne à réduire l'espace vital des libertés ?


C'est un jour où tu expliques ta soif d'humanité, qui se tisse, entre deux précarités, dans le sauvetage des enfants perdus de la République.

Dans tes mains qui cherchent non à comprendre (ton esprit ne cesse de saisir les excellentes raisons d'aller mal) mais à, ne serait-ce qu'un peu, en alléger le cours.


C'est un jour où tu échafaudes, sans rien attendre de personne, tes petits actes de résistance.

Un jour où tu travailles à briser le marché qu'est devenu la santé publique.

Un jour où tu vas, d'actes gratuits en échanges de bons procédés, inventer un monde dégagé de ces soifs maladives de fortunes étouffantes qui toutes échappent au commun en des "paradis" assassins.


C'est un jour, comme ça, où tu découvres tes mots qui font ricochets à la surface des ondes.

Où tu ne sais comment remercier ceux qui leur donnent tel écho.

Pauvres mots mâchonnés dans l'ombre, bien avant l'aube.


C'est un jour où l'aube semble vouloir faire la grasse matinée.

Il paraît que demain, sur un caprice gouvernemental ivre de ses promesses non tenues, on en changera l'heure.

Jusqu'où donc va l'esprit de domination qu'il vienne jusqu'à se saisir du temps pour contraindre nos vies ?



Xavier Lainé




mardi 7 décembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 19

 




Puis le froid s’en vient

Posant ses cristaux 

Sur les paupières du jour


Les ultimes feuillages

Tentent de résister encore

C’est parfois paradoxe

Que ces branches habillées

Sous le vent du Nord


Flocons descendent 

Hésitent encore sur le seuil

Petit jour bleu frangé d’ocre

Se dessine derrière branches nues


En habits de saison tu ouvres

Les portières d’un jour

Que tu rêverais libre enfin

Ne sont que rêves d’évasion

En monde enfermé


Les alarmes sans fondements

Résonnent entre tes deux oreilles

Tu cherches le chemin étroit

Qui te mènerait au loin


Si loin de tous ces barbelés

Posés en travers des sentiers

D’un monde qui n’aime la vie

Qu’emprisonnée et soumise

Derrière les barreaux et les murs


Xavier Lainé


29 novembre 2021


lundi 6 décembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 8

 






C'est un jour où le gris succède à la nuit.

Nuit de violentes migraines tant les idées se heurtent aux parois du crâne.

Nuit qui se termine titubant, sur le seuil, avec la vision terrible d'un écroulement latent.


C'est un jour d'ami qui cite Jean Genet, si peu lu Jean Genet, comme si peu lus Edouard Glissant ou Patrick Chamoiseau et la pensée en archipels, seule issue possible à l'ornière.


C'est un jour de plus où nous sommes "condamnés à l'état d'urgence à perpète, bâillonnés et contraints aux distances craintives, réduits à accepter le pire pour ne pas sombrer dans encore pire. 

Nous sommes le pitoyable résultat d'un pays qui ne sait plus rien de son histoire mouvementée et des révoltes noyées dans le sang qui l'ont pourtant construit."


C'est un jour où tu réfléchis à ta condition de soignant prétendu "libéral" qui se traduit depuis quarante années en "marche ou crève" pour tenter encore de garder dignité humaine sans négliger technique, mais avec la conscience croissante que l'humain parmi les vivants est bien plus qu'un "animal machine".


C'est un jour où tu regrettes tes pauvres compromissions pour sauver toit et pitance familiale.


C'est un jour où le gris du ciel t'invite à un ailleurs inexistant où il serait simple de vivre en humain, dégagé des stupides et contraignantes survies.


C'est un jour où tu avances avec la vision de tes propres noirceurs qui poseraient lumière sur la page du jour.


C'est un jour où tu sais qu'après l'hiver. vient toujours un printemps.

Alors tu voudrais pouvoir, à mots couverts, en sauver la flamme.


Xavier Lainé


dimanche 5 décembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 18

 




Mes pieds dans les ruines

Mes yeux qui contemplent

Ce qui fut solidaire

Et se noie sur le rivage


Me voici échoué moi aussi

Mon corps chahuté par les vagues

Par les souvenirs d’un temps

Qui savait accueillir encore


Un temps qui trouvait simple

Le défilement des saisons

Sur des paysages sans limites

Sans frontières sans replis frileux


Je n’imaginais pas

En ces temps d’enfance 

Que mon frère différent

Serait objet de rejet


Un jour d’automne triste

J’ai vu son être tout entier

Disparaître sous cette vague

Hors de toute humanité 


Ce que je vis désormais

Saurait-il être nommé

Je ne sais

Je marche


Mes pieds dans les feuilles chues


Xavier Lainé


26 novembre 2021 (2)


samedi 4 décembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 7

 




Pas ton jour, toujours pas.


Sinon celui, ce jour, où froid en dedans, tu ne sais plus que dire, ou écrire.

C'est un jour où tu voudrais que tes mots se cachent dans un trou de souris, pour ne plus rien éclabousser de leur sens.

Lesquels opposer encore à la sensure, à l'impasse ?


Pas ton jour mais celui d'un fort sentiment de souillure, de courber l'échine pour ne sauver que du futile, de l'accessoire.


Alors tes yeux se mettent à sonder la formidable symbiose que tu es, et c'est comme si ton corps se fondait en l'humus d'un temps voué à l'hiver.

C'est là que tu t'en vas guetter des signes de printemps, quand le rouleau des vents mauvais se sera dispersé, que les esprits seront à nouveau en mesure de se penser autrement que soumis.

C'est un jour où le réveil ne veut pas.


C'est un jour mais pas le tien.

Tu vas faire un pas de côté, histoire d'oublier en quelles fanges se perdent tes semblables.


Pas ton jour, certainement pas.


Xavier Lainé



mercredi 1 décembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 17

 




Parfois ne demeurent

Qu’infinis pleurs

Pieds qui errent 

Feuilles chues


Ciel de larmes

Puisque ne savons

Qui sommes 

Ni que faire


Parfois ne demeurent

Que maigres souvenirs

De saisons enfuies

Vers d’étranges frontières


Un grand froid gagne

Au dedans des êtres

Au coeur des choses

Un triste tremblement


Comme toi

Ou toi encore

Je suis

Passant fantomatique


Rien ne me distingue

Sinon tout au fond

Cette tentative d’exister

Au delà des murs posés


Mes pieds dans les ruines


Xavier Lainé


26 novembre 2021 (1)


mardi 30 novembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 6

 




C'est un jour de colère désormais habituelle.

Colère lorsqu'on me dit qu'il faudrait avancer apaisé.

Apaisé lorsque le monde, à feu et à sang pour les dividendes d'une poignée d'inhumains, bascule toujours plus dans le chaos des systèmes totalitaires ?

Apaisé lorsque des femmes, des enfants, des hommes, fuient sous les bombes made in France ?

Apaisé lorsque ces pauvres hères affublés de l'étiquette "migrants" se noient, meurent sous les mauvais coup de ce pays qu'ils croyaient "terre d'accueil et des droits de l'homme" ?

Apaisé lorsqu'ici même la logique d'apartheid se banalise pour un café en terrasse ou le plaisir bien bourgeois d'une place au théâtre ?


C'est un jour de colère et de révolte.

Colère et révolte que plus rien ne vient apaiser lorsque je vous observe aller comme à votre ordinaire, masqués et soumis, présentant bien docilement votre "droit de passage" obtenu par injection à l'essai, bon petits cobayes d'un monde à l'envers qui ne sait plus rien du vivant, des vivants que nous sommes parmi tous les autres vivants.

Qui des uns ou des autres passera le premier la ligne d'arrivée ?

Pas besoin d'être devin : nous serons bien, pauvres pas encore humains, par nous vouer à notre perte pour quelques menues monnaies avant même que le reste du vivant, dans un soubresaut cataclysmique ne vienne nous inviter à raison.


C'est un jour de raisonnable colère.

Qu'un virus vienne, quoi de plus "naturel" ?

Mais que dans nos impayables prétentions nous allions, fiers de notre progrès sans limite, lui faire la guerre sans même lire le message qu'il nous porte, faut-il en rire ou en pleurer ?

Nous voici, bande d'incapables, soumis ou arrogants, courants de ci de là, après les vaines gloires et les paillettes d'un monde sans âme, prétentieux savants alignant nos mantras de connaissance prétendues définitives, buvant à la bouche des gourous persuadés détenir vérité, mais inaptes à conjoindre la moindre réflexion pour sortir de l'ornière.


Bien sûr, sont toujours décoctions d'automne pour tenter d'apaiser les colères, insipides discours de chefs visant à devenir grands vizirs à la place du grand vizir.

Mais toujours la soumission dans un quotidien malade avance, scandaleusement banalisée en l'absence de pensées critiques et contradictoires.


Et surtout ne m'applaudissez pas, ne m'approuvez pas, réfléchissez et vivez l'esprit et le coeur ouvert.


Xavier Lainé