jeudi 28 octobre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 4

 






Me voici comme feuilles d’automne

Je me plie et me replie

Je me dessèche à n’en plus finir

Qu’un vent survienne

Me voici emporté dans son souffle


Me voici comme feuilles d’automne

Une pluie de larmes ne cesse de couler

En dedans sous ma peau comme sève

Mes racines se serrent sur les roches

Cherchent désespérément assise

Pour ne point tomber


Me voici comme feuilles d’automne

Aussi blanches dedans que dehors

Les tempêtes se déchaînent et m’emportent

Je n’ai point l’or à offrir au soleil

Juste une cargaison de peines


Me voici comme feuilles d’automne

Mon regard embrasse les matins calmes

Mon front sue encore sous les assaut

D’un été qui refuse de céder le pas

Je m’épuise à tenir pour ne pas démériter


Me voici comme feuilles d’automne

Répandues sur les mousses qui me font lit

Où je rêve de m’endormir jusqu’au printemps

Pour oublier les frimas à venir 

Les souffrances en jachère

Fermer les yeux une bonne fois


Xavier Lainé


28 septembre 2021


mercredi 27 octobre 2021

Peindre dans l’air du temps (trilogie) Tome 1 - Théodore entre deux temps 27

 



Le baiser - Théodore Géricault




Tu vois, je perds pied, parfois je m’absente, je n’arrive plus à suivre.

Une vie si courte et tant d’oeuvres léguées à la postérité.

Un tel jaillissement en phase totale avec ton monde.

Tout juste trente années avant que la camarde ne t’emporte.

Le dix-neuvième siècle jaillit des ruines d’un passé agricole, aristocrate.

Tu en mesures mais moins qu’Eugène la folie.

Ça viendra.


Nous sommes nous à l’autre bout de cette démesure.

A l’autre bout d’une chaine qui d’un trop plein donne naissance à du vide.

Nous ne savons plus très bien de quoi remplir nos existences.

Alors on va par milliers contempler ton radeau de la Méduse.

Voyons-nous le symbole ironique posé là sur le mur d’un musée ?

Sommes-nous à ce point vidé de notre substance que nous ne savons plus lire sur la toile, la folie qui gagne ?

Qui s’intéresse encore vraiment à toi, Théodore, peintre de cet intermède entre un monde et un autre.

Les monstres sont là pourtant qui nous regardent.


Nous arrivons au terme de cette démesure.

Regarde, Théodore, nos vies qui s’étiolent sur une terre épuisée.

Regarde ces gens qui fuient sur combien de radeaux d’infortune et que nous n’avons même plus la dignité de voler à leur secours.

Combien de radeaux de la Méduse, combien de capitaines de pays qui ne seront eux jamais jugés à l’instar du capitaine de la frégate Méduse.

C’est ce qu’il nous faut apprendre à lire dans les regards affolés de ta toile devenue célèbre, mais qu’on ne fait plus que regarder en passant.

Nous ne savons plus lire, Théodore, dans les symboles pourtant brandis sous nos yeux.

Tu ne fus sans doute pas le premier à vouloir nous ouvrir les yeux.


Xavier Lainé


28 juillet 2021 (1)


mardi 26 octobre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 3

 




L’exercice est délicat

Prendre de la hauteur 

Lorsque sentiment d’injustice te submerge

Est vertigineux.


Bien sur dehors il fait soleil, 

Les oiseaux chantent

Ils envahissent le pin parasol

Ils ont tant à se dire

Sur ce que les hommes font

En ce monde qu’ils ignorent.


L’exercice est délicat

Il me mène sur des rives de vertige

Sans savoir vers où demain

Diriger mes pas.


Il y a

Le bruit de la vie

De tous ces gens

Qui vont et viennent

Sans qu’apparemment

Les restrictions de liberté

Ne les touche.


Je ne sais s’il faut admirer ou plaindre

Peut-être un jour

Lorsque l’hiver sera venu

Viendra l’heure des sourdes plaintes

Je ne serai peut-être plus là

Pour négocier la moindre défense.


Xavier Lainé


25 septembre 2021


lundi 25 octobre 2021

Peindre dans l’air du temps (trilogie) Tome 1 - Théodore entre deux temps 26

 



Le baiser - Théodore Géricault




Certains parleraient ici « d’illumination » suivant en ceci Arthur qui ne croisa jamais Théodore.

D’autres viendront le ranger au rang des romantiques, cherchant amour et joie de vivre introuvables lorsque l’histoire s’emmêle.

Je reviens à la Semaine sainte. Je reviens à la boue des chemins creux et à la cruelle désillusion.

On croit se battre pour un pays, pour des idées, gros-Jean comme devant, on s’en va solitaire, creuser le sillon de l’art, histoire de n’avoir pas vécu pour rien.

On tente de laisser une trace, qui sera libre d’être suivie ou d’être effacée.

Que fait le temps sur l’oeuvre sinon la valider où la faire disparaître dans les oubliettes.


Je croise encore le chemin de Théodore.

Je m’avoue désappointé devant sa forme d’engagement.

Il brûle sa vie sur les toiles. 

Il brûle et sa combustion livre les derniers vestiges d’un temps de naufrages.

Nous les connaissons bien, ces moments où tout flanche.

Théodore veut croire encore à l’acharnement de la vie.

C’est sans doute là son mérite : il y croit encore.

Il se cramponne sur les rames d’un frêle esquif.

Il tente de survivre sur le radeau du siècle.

Le problème reste entier : à trop faire confiance aux démiurges, la vague nous terrasse.

Et nous allons, muets, chevauchant la houle, les cheveux aux quatre vents.

Nous allons, sans très bien savoir vers quoi, sinon la nécessité de vivre encore un peu, juste pour voir ce que sera le monde, après.

De générations en générations, il y a ce rêve fou : prédire un monde d’après qui soit moins pire que celui-là.


Xavier Lainé


27 juillet 2021


dimanche 24 octobre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 2

 







Je rêve et mes pieds avancent

Ils avancent malgré moi

Je ne sais ce qui les pousse

Puisque tout inviterait au recul.


Je rêve et mes pieds avancent

Sous les feuillages en parures d’été

Assis dos contre le tronc

Je sens la sève qui lentement descend.


Je rêve et mes pieds avancent

Je m’assois dans le creux des racines

Le monde est si loin dans les brumes

Je goute le silence et l’oubli.


Je rêve et mes pieds avancent

Avancent et je prend du recul

Pour ne pas sombrer sous le joug 

D’un pays meurtri qui s’enfonce.


Je rêve et mes pieds avancent

Je ne sais où aller qui soit rivage

D’infinie tendresse à partager

De repos où déposer nos tourments.


Je rêve et mes pieds avancent

Je sais derrière chaque feuille tombée

L’avenir d’hiver qui pointe son nez

J’ai déjà froid dans l’aube humide.


J’ai fait ce que j’ai pu en l’automne de vivre.


Xavier Lainé


23 septembre 2021


samedi 23 octobre 2021

Peindre dans l’air du temps (trilogie) Tome 1 - Théodore entre deux temps 25

 



Le baiser - Théodore Géricault




L’art se fait ici témoin d’un monde qui vacille sur ses bases et qui ne cessera plus de tanguer au gré des mouvements des forces sociales qui le composent.

Ça se contracte, ça se rétracte, ça éclate en mille directions.

Théodore n’a mis que trente ans à poser ce regard acerbe sur le monde qui était le sien.

Son regard continue à nous interroger par delà les siècles.

Par monde, il me faut entendre une réduction de celui-ci à la sphère anthropomorphique.

Cette réduction s’impose pour ne pas rendre le mouvement des pensées, des flux créateurs plus complexes à comprendre.

Je ne suis pas seulement cette individualité qui écrit, qui rencontre Théodore en passant par Gustave et Eugène, par je ne sais quelle gymnastique ou combinaison ou alchimie de la pensée.

Je suis ce que le tout monde me fait.

Je plonge dans un flux qui me traverse comme il traversé Théodore courant dans les chemins creux à la poursuite d’un roi en fuite.

Théodore traduisant la gloire puis la déchéance d’un empire.

Théodore abordant la souffrance de l’esclavage rétabli par l’empereur en fuite.

Théodore dont les tableaux d’abord incompris par une bourgeoisie en phase montante, furent ensuite adulés par ces mêmes qui y virent la montée de leur triomphe.


Je n’ai pas d’existence sinon aux yeux de ceux que je croise au hasard de ces flux qui dirigent mes mots vers des rivages inattendus.

Je n’aurais, par exemple, jamais autant écrit sur Théodore si, honteux de voir célébrer la Commune sans en retenir les fondements sociaux, je n’avais rencontré Gustave, puis Eugène et par une étrange alchimie La semaine sainte de Louis.


Xavier Lainé


26 juillet 2021


vendredi 22 octobre 2021

Filigranes 108

 




Le voyage en terre d'écriture et d'amitié se poursuit. 

Celui-ci, avec la revue Filigranes, a commencé en 1989 et se poursuit depuis, presque à chaque numéro. 

Voici donc un extrait du texte publié en Filigranes 108. 

Commandez la revue, abonnez-vous pour la soutenir, faites abonner les médiathèques, Filigranes est une belle aventure d'écriture et d'amitié : Filigranes la revue


Si petit sur l’échelle du temps (extrait)


...


J’écris. Je gravis la montagne des mots.

Plus haut l’univers me surplombe.

Je suis si petit, si frêle, en équilibre sur ce chemin de crête.

Dans un creux je me blottis.

Je voudrais oublier, moi aussi, oublier…


...


Xavier Lainé