mercredi 22 septembre 2021

L’écriture est une responsabilité

 






« Ni semaines, ni mois – mais les années

Se sont détachées. Et voici enfin

Le froid de l’actuelle liberté,

Et sur les tempes un diadème gris.

Plus de mensonges ni de trahisons

Et jusqu’à l’aube tu n’entends pas

Comme elle abonde, cette eau des preuves

De mon incomparable bon droit. »

Anna Akhmatova


« Je me réveille.

Paris.

Suis-je vivant

ou suis-je mort?

Suis-je vraiment mort à jamais?

Mais non...

C'est la police.

- Mais oui, monsieur.

- Mais non...

( C'est la France de Daladier,

la France de monsieur Bonnet,

l'hôtesse de Lequerica,

la France de la liberté.) »

Rafaël Alberti


Y aurait-il encore un intellectuel dans l’avion ?

Où sont passés les vigies, les lanceurs d’alerte, les « empêcheurs de penser en rond » ?

Ainsi donc va s’ouvrir aujourd’hui, à Manosque, la nouvelle édition du festival des Correspondances.

J’avais pris l’habitude de sillonner les rues et d’écrire mes « lettres sans correspondances ». 

J’ai du mal : l’auteur érigé en symbole, perché sur une scène, répondant au feu roulant des questions quand le chemin de l’écriture est si profond, si intime, si secret !

L’auteur, érigé en « conscience », ayant réponse à tous les questionnements, donneur de leçon en diable, ça ne me correspond pas vraiment.


Non sans ironie, cette année, le festival s’affiche ainsi : « Port du livre obligatoire ». 

C’était presque sympathique, en période où public va muselé, même quand on lui explique qu’en plein air, ce n’est pas vraiment nécessaire.

Mais la peur, ha ! La peur !

Dix neufs mois que les bourreaux au pouvoir nous manipulent avec elle.

Alors, nous sortons muselés, et depuis deux mois, il faut ajouter à ces visages rendus anonymes par leurs masques (même si certains jouent de l’élégance des couleurs, des tissus, déployant un savoir faire incroyable pour s’ajuster aux injonctions contradictoires, mais toujours avec la peur du flic de passage si prompt à vous rappeler à l’ordre !), il faut donc ajouter l’ignoble « pass-sanitaire », dernière trouvaille de notre pervers élyséen, histoire de bien stigmatiser les récalcitrants aux essais thérapeutiques en cours, sous couvert d’obligation vaccinale pour les uns, de coercition menaçante et privative de liberté pour les autres.

On trie, on sépare, on scinde familles et amitiés entre pro et anti, pro et anti quoi, parfois on ne sait plus, mais on sépare, c’est ça l’important : on sépare !

Un apartheid d’un nouveau genre nous est imposé dont le seul objectif est strictement politique : diviser. Car, pour les raisons « scientifiques », depuis que  certains ont découvert à leurs dépends que le vaccin ne les protégeait que des formes graves d’une maladie qui apparaît de plus en plus comme un moyen fabuleux de s’enrichir pour un petit nombre, et de s’assurer d’un pouvoir sans limite pour leurs représentants mal « élus », elles sont de plus en plus difficiles à soutenir.

On meurt parfois, certes, de ce charmant virus, mais on en meurt d’autant plus qu’on interdit à la médecine de « soigner », car l’important c’est le bénéfice des Pfizer, Moderna et autres qui planquent leur profits dans les paradis fiscaux.

Qu’allaient faire la mairie aux ordres du pouvoir et les correspondances qui zonent dans ses couloirs pour obtenir les subventions nécessaires à maintenir cette usine à gaz ?


La réponse est là, sur la page de la mairie :  « En raison du protocole sanitaire : Passe sanitaire nécessaire pour les rencontres en extérieur et les spectacles en salle. Un bracelet vous est proposé pour n'être contrôlé qu'une seule fois par jour. » !

Ainsi vous pouviez déjà vous rendre sans votre « ausweis » au supermarché, mais pas en médiathèque (les livres peuvent cacher tant de virus entre leurs pages !), ici, pour les correspondances, vous aurez mieux : le bracelet !

Pourquoi pas le bracelet électronique, tant qu’on y est ! Quitte à être moderne dans la « start-up nation », on pourrait envisager que les détenteurs de ce droit à vivre libre (si tant est que la liberté se limite aux zones autorisées : cafés, restaurant, cinémas, théâtres et autres lieux de prétendue culture limitée au divertissement) seraient soulagés de pouvoir se déplacer avec leur QR code agrafé au poignet : ce serait une belle libération pour ces gogos qui placent la liberté bien loin de l’intelligence.


Ainsi, donc, j’ai compté, 52 auteurs, 2 comédiens, 10 musiciens, 1 illustrateur, seront présents sur les diverses scènes de cet évènement sagement contrôlé.

52 auteurs, 2 comédiens, 10 musiciens, 1 illustrateur vont se trouver complices de cette forfaiture : un évènement qui se proclame ouvert à tous (ce dont nous n’avions jamais été dupes, car il s’agit plus d’un public captif, issu de la bonne bourgeoisie) mais va trier ceux qui auront droit à la parole divine et ceux qui n’y auront pas droit.

Beau symbole culturel dont je suis, en tant qu’auteur, ravi de n’y avoir jamais été convié. Et si tel avait été les cas, j’aurais décliné l’offre ou alors aurais refusé de monter sur scène pour rejoindre les parias laissés de l’autre côté des grilles.

J’ai honte !

J’ai honte pour les auteurs qui vont participer à cette parodie culturelle, honte pour les organisateurs qui acceptent ce joug imposé par l’Etat sans boussole et une mairie toute aussi déboussolée.

Et il y a de quoi l’être puisque le seul sujet digne d’intérêt c’est la montée de l’extrême droite, qu’on encourage à grands renforts médiatiques, puisque nous le savons : l’élection présidentielle n’a qu’un tour et c’est un tour de passe-passe où les oligarques choisissent leur président, les citoyens n’étant là que pour le decorum.

Ha ! On me dit dans l’oreillette que non, il y a deux tours aux élections présidentielles, mais bon, larguons l’oreillette et admettons une fois pour toutes qu’il n’y en a qu’un avec deux candidats désignés entre deux coffres forts. 


Gisèle Sapiro, sociologue très en vogue chez les organisateurs de l’évènement, qui était d’ailleurs venue enquêter sur son public (je ne sais où sont passées les conclusions de son enquête), avait écrit, en 2011, un ouvrage fort intéressant sur « La responsabilité de l’écrivain » (que j’avais découvert grâce aux Correspondances, d’ailleurs, et je les en remercie, ne soyons pas bégueule).

Dans ce volumineux ouvrage on trouve, page 683 ceci : « La liberté d’écrire implique (…) la liberté du citoyen. L’art de la prose ne peut s’accommoder de tous les régimes mais doit être solidaire du régime démocratique, le seul où il garde son sens. Si la responsabilité est l’aboutissement de la liberté créatrice, l’écrivain a en retour pour responsabilité de garantir la liberté. »


Que feront les 52 auteurs invités de leur responsabilité ?

Nous vivons une situation inacceptable, intolérable, imposée par un Etat dont le visage autoritaire et anti-démocratique est désormais dévoilé.

Si les 52 auteurs jouent le déni, le public, lui, devrait signifier à cette « élite » qu’il n’accepte pas de vivre avec cette discrimination.

Il me semble que le boycott total de cet évènement serait bienvenu et le signe que nous ne plions pas sous le joug.

A défaut, nous ne pourrons pas dire, lorsque les choses iront plus mal (car c’est vers ça, ce ça honni, que nous nous dirigeons, je l’entends et peut en attester) que nous ne savions pas.

Mais il est vrai que dans ce pays, les lanceurs d’alerte sont poursuivis.


Xavier Lainé


22 septembre 2021


mardi 21 septembre 2021

Mon cri est un cri de papier

 




« Je veux être ici-bas libre, ailleurs responsable,

Je suis plus qu’un brin d’herbe et plus qu’un grain de sable ;

Je me sens à jamais pensif, ailé, vivant. »

Victor Hugo, La légende des siècles, Les grandes lois V


« Défendre le vivant, c’est à un égard précis comme éduquer un enfant, il s’agit d’oeuvrer à sa propre inutilité comme éducateur ou aménageur : c’est travailler à son propre effacement. » Baptiste Morizot, Raviver les braises du vivant


J’ai l’impression, parfois, de naviguer dans une indicible nuée.

En cet endroit, j’entends les mots, mais sont-ils bien des mots ?

Je vois, derrière la révolte, ce sommet d’impuissance où nous jettent ceux qui acceptent la responsabilité du pouvoir sans en assumer les conséquences.

Il y a cette inconséquence qui fait mur, bien après que les murs soient tombés.

Je me vois prendre parole, sans trop savoir pourquoi, ni comment, juste pour ne plus me taire.

C’est peut-être un tort.

Ça pourrait aisément m’être reproché car, justement, l’inconséquence et le défaut de responsabilité font que toute parole contraire peut subir l’affront d’être cataloguée déviante.

Ce n’est pas nouveau.

Alors on ne va pas au bout de nos maux et de nos mots.

On s’arrête en chemin.

C’est ce que j’ai fait.

J’ai été « militant », la belle affaire, mais humain, je l’ai été quand ?

Quand je faisais des discours vibrants pour une cause ?

Quand j’ai fini par m’effondrer seul et que les « amis », militants comme moi, se sont détournés ?

Quand je me suis tu pendant toutes ces années, me réfugiant en vaine littérature de révolte qui ne peut trouver place dans l’univers littéraire, car on peut dire, parfois, mais écrire !

Quand je reprends la parole, d’abord un peu hésitant, parce que je me trouve à côté du micro et que les mots se mettent à sortir avec l’assurance d’une colère sourde, tapie dans l’ombre depuis longtemps ?

C’est quand que j’ai fait preuve d’humanité ?

Parce que comme tous, j’y ai cru, que ce qui faisait société était ce ciment démocratique et social, et je me suis tourné vers les autorités « élues » en me posant la question de leur indifférence.


Alors je lis. 

Je lis et je réponds :


« Certes, il est fort probable que les choses bougent tant au niveau de l’Europe qu’ailleurs.

Mais le problème est celui-ci : hier des milliers de soignants, de pompiers, de professionnels du monde médico-social n’ont pu se rendre à leur travail.

Chez les libéraux, il est bien difficile de se faire une idée : la répression est plus lente et plus complexe à mettre en place.


Mon mail à l’ordre a visiblement été interprété (mais je ne suis certainement pas le seul à avoir écrit) comme des menaces.

Ce qui m’amène à réfléchir au-delà de ce qui se présente à nos yeux, des ce qui souillé nos vies.

Il y a, depuis le début de cette histoire une sorte de rhétorique de l’irresponsabilité : ceux qui détiennent les pouvoir à tous les niveaux prennent des décisions, celles-ci ont des conséquences désastreuses dans nos vies, mais lorsque nous parlons de responsabilité, les voici qui inversent les rôles.

Ainsi les gilets jaunes furent les responsables des blessures qu’ils ont reçues, les manifestants contre les lois retraites ou chômage qui ont é&té réprimés et blessés n’auraient pas du aller au devant des LBD, les soignants qui refusent, non les vaccins mais les conditions de coercition vaccinale, sont responsables de la désorganisation de la santé publique…

Nous pourrions citer une multitude d’exemple où les responsables retournent leur veste en faisant porter le chapeau à ceux qui n’en ont aucune mais au contraire, par conscience pure, tentent de limiter les dégâts.


Je me posais la question de savoir ce que nous, soignants, nous avions fait de si grave qu’on puisse nous en vouloir à ce point.

Aurions nous du, comme certains l’ont fait, ne nous occuper que de nous-mêmes ? Aurions-nous du comme certains l’ont fait, abandonner les patients, rompre avec notre éthique du soin ?

Ne le prenez pas mal, si j’écris comme certains l’ont fait, il ne s’agit pas de juger mais de placer le débat où il doit, à mon sens, être placé.

De quoi sommes-nous responsables ?


J’ai déjà exprimé cette filiation libérale qui relie le 11 septembre 1973 à ce que nous vivons par le lien d’une « stratégie du choc ».

Je mee pose des questions quand à mon propre échec, depuis quarante ans, à faire avancer l’idée que nous aurions à grandir en humanité en mettant en commun ce qui doit l’être. Comment en sommes nous arrivés là ?

Il me semble important d’y réfléchir pour ,ne pas retomber dans le piège facile de nos passivités. Nous en sommes là parce que, vraisemblablement nous nous sommes laissé déborder par la stratégie des médiocres communicants nous mettant devant notre supposée impuissance, et surtout en oubliant que si l’humanité a survécu jusqu’ici, ce n’est pas ben organisant des guerres mais au contraire en y faisant face par la solidarité.


A l’heure où s’invite la Terre dans le débat, il est peut-être bon de réfléchir au monde dans lequel nous souhaitons vivre.

Et dans ce monde, les décisions ne pourront plus être seulement prises à l’assemblée européenne ou nationale, ou régionale, ou départementale, mais dans des aller-retours permanent entre nos besoins de vivre ici en créant du commun et en rétablissant la responsabilité qui incombe aux décisionnaires.

Être élu, ce n’est pas qu’un honneur, c’est aussi une responsabilité. Ce débat de conscience me semble urgent à ouvrir. »


Je lis et je réponds, mais peut-être est-ce un tort de lire et répondre, parce qu’on finit par lire en pensant à la réponse qu’on fera.

De quelle sincérité puis-je me targuer en apportant réponse ?

De quelle vérité serais-je dépositaire ?

Si, bien sûr, comme on nous l’a si bien appris, nous croyons encore en la vérité, cette chose multiforme qu’on ne peut saisir qu’un instant mais qui avance toujours masquée.

Alors ai-je une seule bonne raison d’avoir répondu ?

Quelles excuses pourrais-je formuler pour ces réponses prétentieuses et vaniteuses qui ne me ressemblent pas, qui ne sont qu’ébauche de maigre pensée, toujours prompte à se fracasser contre les rochers du temps ?

Est-ce poser là la pensée d’un instant, en attente de je ne sais quelle approbation de nature à me rassurer ?

Et elle vient, bien évidemment, mais est-ce l’approbation qui puisse être attendue, ou au contraire la contradiction qui permettrait à la pensée de grandir encore et encore ?

Elle vient…

Elle vient et je réponds encore, en parfait intellectuel prétentieux qui se met, devant le micro invisible de la page, à vomir sa belle raison :


« Ils nous veulent comme des papillons de nuit se heurtant à des lumières qu’ils prennent un malin plaisir à déplacer.

Ils font durer le plaisir qu’ils éprouvent à nous voir brûler peu à peu nos ailes, nous épuiser à courir en tous sens, les uns en quête de « justice », les autres de « démocratie », ou d’une responsabilité que seraient capables encore d’avoir élus et leurs subordonnés, formatés à l’indifférence.

Quand nous tombons, épuisés, ils passent à ce qu’ils considèrent comme la suite de leur programme : ils viennent à Corbières, ils parlent d’autre chose comme si l’incident était clos.


Ils nous veulent dépendants de leurs décisions, sont prêts à tout utiliser pour garder leur place au soleil : regardez donc Bolloré avaler Lagardère !

Leur monde continue à tourner et produire des richesses sans fondement réel.

Leur vie hors-sol se poursuit. Si nous, nous nous brûlons les ailes, eux sont aveuglés par les profits qu’ils génèrent sur nos souffrances, sur nos peurs, nos naïvetés.

Il n’y a rien à attendre de ces spectres d’un passé d’illusion « progressiste » sur une Terre limitée.

Vous les voyez, ces trois ou quatre richissimes, s’offrir ce qu’ils prennent pour un luxe et un message d’avenir an allant trois jours en orbite, « plus loin, plus haut que l’ISS, comme s’exclament admiratifs les médias dont ils sont les propriétaires » !


Pourrions-nous apprendre à voler sans nous laisser attirer par leurs pacotilles ?

Leurs ancêtres, arrivant sur le nouveau continent, offraient à ceux qu’ils prenaient pour des sauvages des pierres et des verreries sans qualité pour obtenir de l’or qui n’avaient de valeur qu’à leurs pauvres yeux de dominants néolithiques.

Les prétendus « sauvages » ne voyaient aucun prix dans ce qui brille. Ils cherchaient à préserver un accord avec la Terre.

Ils étaient et leurs descendants avec eux, des Terrestres. 

Les ancêtres du CAC 40, avec le sabre et le goupillon, usaient du génocide pour assurer une domination mercantile.

Ils en font autant aujourd’hui : il leur faut des peuples bien sages, bien dociles, avançant courbés et masqués sous le joug de la peur.


Nous n’avons rien à attendre d’eux, mais tout de nous-mêmes.

Rien que le fait de devoir demander la permission pour nos agoras du samedi, relève déjà d’une soumission qui, certes, lorsque nous sommes nombreux, peut permettre d’éviter que leur maréchaussée ne s’en mêle : mais quel symbole qu’une parole qui se veut libre surveillée par gens en armes (gendarmes) ?


Pour ma part, je ne met rien ni personne ni sur un piédestal comme sauveur « suprême », ni aucune organisation dont les schémas sont hérités d’un passé sanglant.

Je ne rêve que d’une chose : que nous apprenions à prendre en main nos existences, unique moyen de vivre mieux, de repousser les affres de la souffrance endurée comme une fatalité. Que nous apprennent nos maladies (et en particulier Covid) de nos façons de vivre ?

Quel travail et combien de choses encore à apprendre, n’est-ce pas ? »


Je réponds, je relis pour vérifier qu’il n’y ait pas trop de faute, et je passe à côté de l’erreur fondamentale que nous commettons tous, les prétentieux « penseurs » : parler à la place de.

Écouter mais déjà, parce que nos esprits sont ainsi formatés, nous fourbissons nos armes, nous pensons à la réponse.

D’autres viennent et je lis.


Je lis et je relis.

Je lis et je relis et je me retiens de répondre.

Je ne sais plus quoi de la forme ou du fond pourrait avoir encore la moindre importance.

Je me dis qu’il vaudrait mieux me taire, regarder le micro de loin, mais surtout me taire, car je ne détient aucune parole qui soit de vérité.

Je regarde le soleil qui affleure après les pluies de la nuit.

Dans un instant j’irai fouler de mes pieds l’humus encore humide.

J’ai besoin de sentir le sol sous mes pieds, d’évacuer de ma tête le moindre embryon de réponse, d’éjecter une fois de plus ma volonté inconsciente d’agir encore sur le monde, quand il me faut assumer de n’être qu’un parmi les autres.

Je ne veux pas être approuvé ni suivi, ni précédé, ni guidé.

Comprendrez-vous ?

J’ai besoin de me coltiner avec mes misérables lâchetés, mes vagues heures de plaisir à vous parler.

Je n’ai pas besoin d’être approuvé ni de devenir le guide de je ne sais quel mouvement qui se heurtera aux murs que les puissants ne cessent de construire.

Je contemple, les pieds dans l’humus, notre humanité s’agiter et secouer d’impressionnants épouvantails.

Je mesure depuis si longtemps les souffrances endurées que je voudrais simplement laisser parler mes mains : elles en savent bien plus long que moi sur notre humanité qui s’agite en tous sens sans prendre le temps de se poser au pied d’un chêne pour réfléchir.


J’ai envie de laisser les irresponsables nier les conséquences de leurs actes.

J’ai envie de vous laisser cheminer comme vous l’entendez, naviguer entre forme et fond, sans intervenir d’avantage.

J’ai traversé plein d’épreuves dont nul n’a jamais et n’aura sans doute jamais connaissance, parce qu’il me fallait d’abord et prétentieusement « soigner ».

J’ai appris que le seul soutien à trouver était ici, enfoui dans les racines d’un chêne, dans les chemins creux de l’existence.


À débattre de la forme comme du fond, à causer et puis causer, qu’est-ce que je change au monde qui va droit sur le mur de nos prétentions ?

C’est dans ma vie de chaque jour que je peux agir, en mesurant les contraintes et les concessions qui me sont imposées.

Je ne suis pas certain que nous puissions gagner devant ces gens hors-sol qui ne vivent déjà plus sur la même planète que nous.

Je ne suis pas certain d’avoir raison en écrivant ce que j’écris.

J’écris parce que je ne sais pas faire autrement.

J’écris comme on réfléchirait à voix haute, juste pour me prouver que j’existe encore et qu’ils n’ont pas encore eu ma peau.

J’écris pour mesurer le chemin parcouru et le peu qui reste devant, dont mes enfants et mes petits enfants seront les dépositaires.

C’est à eux qu’il incombe de façonner le monde. 

Où était, hier, la jeunesse ?

Et si elle était absente, muette, en quoi mes vibrants discours pourraient y changer quelque chose puisque tout contribue à ce que transmission soit rompue.

La vie seule dira de quoi nous aurons, ceux comme nous, été capables, à condition que vie humaine parmi les vivants soit encore possible.


Ne m’en veuillez pas : je serai là désormais, mais je rejoins les rives de silence. Mes mots rejoignent leur magma originel, là au plus profond de mes tripes. Mon cri est un cri de papier.


Xavier Lainé


Pas de date, le temps n’a pas d’importance puisqu’il n’existe pas.



lundi 20 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 13

 



Edward Munch - Le cri


Ils ne paraissent grand que parce que nous sommes à genoux.

Je cite de mémoire pour ne pas me perdre.

C’est faux : ils s’imaginent grands parce que

Nous les avons placés en haut d’une échelle

Où nous les tenons de toutes nos forces

En croyant encore naïvement « qu’ils feraient quelque chose »


Nous pourrions lâcher l’échelle

Scier les barreaux et les laisser perchés

Puis vaquer à nos affaires en les prenant au plus près.


Nous pourrions ne plus en référer à leurs désirs dominants

À leurs plaisirs totalitaires, à leur folle mégalomanie.

Nous pourrions.


Ce que je vois et entends de paroles soumises.

Ce que je vois et entends de propos péremptoire

Affirmés avec condescendance de médias en journaux

Ce que je vois d’amitiés brisées 

De familles écartelées

Ce que je vois et entends.


C’est ainsi qu’ils nous aiment.

Soumis et bataillant ferme entre nous

Tandis que leurs amis comptent leurs sous

En des paradis invisibles aux yeux du commun.


Nous y voici : dire les choses devient impossible.

Il n’est plus de parole raisonnable qui sache être entendue.

Chacun y va de sa science sans savoir de quoi il parle,

Éliminant le doute à la base de toute raison raisonnable.


Xavier Lainé


13 septembre 2021


dimanche 19 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 12

 



Edward Munch - Le cri



Une journée devant la page

Le vide


Pourtant tes larmes devant l’échec d’une vie

Mes bras pas assez grand pour consoler

Puis ta fuite pour ne pas montrer ta souffrance


Une journée devant la page

Le vide


Le décompte a commencé

Quatre

Trois

Deux

Un

Et puis après ne sais


Une journée devant la page

Le vide


Je tourne 

Je rend visite au grand chêne

Je cherche une sérénité introuvable

Quatre

Trois 

Deux 

Un

Quel couperet va tomber sur ma vie


Je tourne devant la page

Une journée devant le vide



Xavier Lainé


12 septembre 2021


samedi 18 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 11

 



Edward Munch - Le cri



Je le dis et le répète :


Je ne peux pas vivre dans un monde qui m’impose

De montrer patte blanche au restaurant

Au cinéma ou au théâtre.


Je ne peux pas vivre parmi des gens

Qui prennent pour vérité absolue

Ce que des médias leur assènent

Sans même chercher à comprendre

Plus loin que le bout de leur écran.


Je ne peux pas vivre en pays

Qui tient suppositions pour raison

Qui au nom de ces suppositions

Me condamnent aux geôles 

D’un silence bien-pensant.


Je ne peux pas vivre encore

Lorsque toute parole contraire

Tout propos de tolérance et de respect

Est cloué au pilori des jugements

Sans procédure ni moyen de défense.


Je ne peux pas vivre et soigner

Lorsque dans ce monde mon geste n’a d’importance

Qu’à la condition expresse de me soumettre aux critères

D’une science qui ne sait plus 

Ni qui elle est ni de quoi elle parle.


Je ne peux pas.



Xavier Lainé


11 septembre 2021


vendredi 17 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 10

 



Edward Munch - Le cri



Il fut un temps de commémorations.

Vous alliez derrière vos drapeaux 

Célébrer la mémoire de gens debout

Tombés sous les balles de l’obscurité.


Nous y voici, les résistants d’hier

Tournent et retournent en la tombe 

De leurs espoirs déçus font linceul

Enserrant les vivants sous la morsure des cieux.


A tant se retourner regardez, leur tombe est un labour.

L’heure est venue d’y semer nos graines,

Pour qu’un printemps survienne après les brumes précoces

D’un hiver trop tôt venu, glaçant vos petites vies


Que je mette dans la balance la tyrannie d’un état

Et les stupides insultes et menaces inscrites 

Sur les murs confortables de vos résidences surveillées

Me voici sous le flot des vengeances débridées.


Me voici…


Je me perds, je ne sais plus.

Je tente de structurer ma pensée, 

De saisir cet instant de grâce où toutes les obligations tombent, 

Pour remettre de l’ordre dans le chaos d’une vie au chevet des souffrances.


Je me perds. 

Aurai-je assez de temps pour m’y retrouver ?

M’y retrouver sans perdre le fil d’un nécessaire altruisme.

Je me perds, j’ignore tout, je cherche.


Xavier Lainé


9 septembre 2021 (2)


jeudi 16 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 9

 



Edward Munch - Le cri



Nous voici pris dans ce maelström.

D’un côté les hors sol qui ne savent rien 

Rien de nos vies, rien de l’existence

Et du combat pour exister.


L’esprit des dominations 

Met la terre à feu et à sang

La violence récolte la violence

Mais l’une est niée tandis que l’autre


L’autre bien évidemment est dite

Intolérable puisque répondant à la première

Par les mêmes armes.


Alors j’ai vu, derrière mes yeux voilés de larmes

Vos linceuls alignés sous les fenêtres obscures

Des impuissances notables, 

La liberté assise pleurant devant le crime.


Qu’une majorité se soumette, 

Les voici qui sourient derrière leurs masques 

Pouvoirs sans limite sur les vies 

Vies contraintes sous le joug de vos lois.


Y aura-t-il encore demain quelqu’un pour vous soigner ?

Puisqu’après vos hourras voici vos huées.

Vous allez soumis oublieux d’une histoire 

Dont vous n’avez jamais été instruits.

Une histoire qu’en votre ignorance

Vous ne cessez de recommencer, 

Jusqu’à la nausée.


Xavier Lainé


9 septembre 2021 (1)