jeudi 24 juin 2021

Ne suis d'aucun pays

 




Alors tu vois je ne suis d’aucun pays.

Mes pas sont d’éternelles errances.

À défaut de voyager dans l’espace et le temps,

Je me déplace dans ma tête 

Et la terre se fait étroite.


Bien sur en l’été des torpeurs, 

Je suis là réfugié, derrière mes volets tirés.

Je tire des pages vierges la substance d’une pensée.

Je tire des pages noircies ma soif de connaissances.

J’ai vécu.


J’ai vécu sur des rives d’outre-mer.

J’ai vécu sans le savoir dans l’esprit des colonies.

Avec la naïveté de l’enfance, je ne vis rien de l’oppression.

Je garde les yeux ouverts sur le partage enfantin.

Mes billes étaient de verre, les vôtres, de terre.


J’ai vécu.

J’ai vécu un temps infiniment perdu,

Où les souvenirs d’enfance forgent un naïf idéal

D’hommes et de femmes et d’enfants qui se regardent

S’écoutent et se respectent.


J’ai vécu un temps perdu et jamais retrouvé.

J’ai cherché un peu partout les portes et les fenêtres ouvertes.

J’ai cherché dans l’amitié le ferment de nos grandeurs d’âme.

Je me suis tant de fois perdu.

Je me suis noyé sur des rives d’intolérance.

Mes yeux ne croient pas ce qu’ils voient.


Xavier Lainé


17 juin 2021


mercredi 23 juin 2021

De chagrin en chagrin

 




Je vais de chagrin en chagrin, suant de flaques en flaques,

Titubant dans la boue de l’histoire, ayant perdu ma boussole d’utopie.


Je vais clopin-clopant, bancal de la pensée, autodidacte hors sujet, 

Toujours à côté de la plaque qui cache si mal les égouts de la pensée.


Je m’en vais depuis toujours avec la tentation de vivre, non de survivre, 

Me cognant aux murs trop étroits d’un monde de calculs ignobles.


Je crie.

Je ne sais faire que ça, 

Je crie.


Sinon qu’avec le temps mon écrit parfois se perd.

Il s’égare dans les crissements tonitruants des pneus sur les avenues, 

Dans l’océan de bêtise que clament des médias que je n’écoute plus.

Incroyable le bruit que fait cette marée noire, 

lorsqu’elle trouve comme alliée un ignorance crasse.


J’écris.

Je ne sais faire que ça.

Ecrire.


Parfois en pure perte et sans savoir où déposer mon verbe, 

Ou ma verve qui jaillit aux fontaines de vie.

Une eau rouge sang coule au robinet des pages.

Une eau d’un rouge à peine atténué des gouttes de rosées

Que font les larmes lorsqu’elles surgissent à flots nourris.

Je m’en vais éperdu accoster aux rives de jours sans.

Plus grand chose à attendre, il ne me reste que l’ouvrage.


Xavier Lainé


16 juin 2021


mardi 22 juin 2021

Opinions/Convictions 3

 




On entre dans le vif du sujet.

Les convaincus cherchent à convaincre.

C’est même la base d’une conception politique des relations humaines : convaincre.

Qu’entendez-vous dans con-vaincre ?

Vaincre.


Vaincre à grands coups d’arguments et de discours.

Mais vaincre c’est écraser, non ?

C’est obtenir la défaite de l’autre, sa ruine et son effacement.

Quand on cherche à convaincre, c’est déjà une domination qu’on impose.

On est sur d’avoir les arguments juste, la vision juste.

On est certain de détenir les clefs que les autres sont sensés ne pas avoir.

Tous les coups sont permis pour convaincre, de la pédagogie douce aux coups bas et aux menaces.

Quand on cherche à convaincre, il ne faut pas s’étonner des coups portés en retour.

C’est juste retour des choses : une domination en appelle une autre.

Et l’humanité en sort exsangue et jamais grandie.


Dans ce monde aux caractéristiques masculines tonitruantes, faire de la politique c’est accepter d’entrer dans ce jeu de dupe.

Les dupés sont ceux qui prennent pour démocratique une forme de débattre à grands coups de convictions.

Ainsi devant un peuple infantilisé, les gouvernants, les élus en tous genres doivent faire preuve de « pédagogie » pour se faire comprendre.

Il ne s’agit plus de causer à des citoyens responsables.

Il s’agit, considérant le peuple comme incapable de réflexion critique, de vaincre ses réticences.

Et le peuple, savamment conditionné depuis l’enfance, se soumet.


Xavier Lainé


15 juin 2021


lundi 21 juin 2021

Opinions/convictions 2

 




C’est donc bien à pleurer.

Les convaincus de leur vérité font alliance, mais du bout des pensées.

Ils y vont mollement, et le plus souvent à reculons.

Car ils pensent détenir à eux seuls le pouvoir de changer le monde.

Il faut qu’ils parlent au nom de.

Au nom de ceux qui se taisent d’effroi et de fatigue.

Ils se taisent et nul n’entend les taiseux.

Nul n’a de regard pour ceux qui passent à l’ombre.

Tandis que les convaincus vont dans la lumière de leur propre gloire.

Ils ont prétention à rendre le monde humain, mais sans les humains et leurs contradictions.

Ils lorgnent le fond des urnes.

Là où quelques feuillets épars signent leur propre défaite.


Ils demeurent convaincus qu’une fois les cons partis, ne restent que les meilleurs.

Ils sont « l’avant-garde éclairée » d’un monde où les taiseux  ne font que se taire chaque jour un peu plus.

Leur grande bataille c’est la connerie qui les chagrine.

Même si tout le monde sait que parfois on est chagrin à se regarder dans le miroir tendu par l’autre.

C’est toujours l’autre qui a tort.

C’est toujours celui qui par résistance implicite finit, dépité, par se détourner de cette soupe qui n’est qu’insipide brouet.

On ne pense pas, monsieur, on ne voit rien et on n’entend rien, avec ses convictions définitives, monsieur.

On a un objectif, monsieur : vaincre les cons… Mais pas la connerie, car elle est bien utile. Elle permet aux convaincus de l’être vraiment vaincus, mais avec la conviction d’avoir raison.

C’est une tragédie.


Xavier Lainé


14 juin 2021


samedi 19 juin 2021

Opinions/convictions 1

 




« Avoir des opinions est inévitable, est normal ; avoir des convictions, l’est moins. Toutes les fois que je rencontre quelqu’un qui en possède, je me demande quel vice de son esprit, quelle fêlure les lui a fait acquérir. » Emil Cioran, De l’inconvénient d’être né.


Au total, c’est à pleurer.

Il ne faudrait ici agir que selon des convictions et avec ceux qui auraient les mêmes.

Il ne s’agit plus d’opinions dont on sait qu’elles peuvent changer au fil des débats, évoluer selon le milieu dans lequel elles se développent.

Non, quand on a une conviction, on n’en change plus.

On met son costume idéologique et on le porte jusqu’à ce qu’il reste collé.


C’est donc à pleurer.

Car dans cette lutte incessante des convictions les unes contre les autres, seul l’ego triomphe.

Car pour les autres, ceux qui ont ou non une opinion, c’est porte fermée.

Au point d’ailleurs que, fatigués, nombre finissent par considérer que si la porte reste fermée, c’est qu’il vaut mieux ne pas en avoir.

Alors ils restent chez eux, y compris lorsqu’il faudrait en exprimer, des opinions, donc aller éventuellement voter, plus souvent manifester.


Mais voilà que les convaincus, dans les bureaux de vote, dans les manifestations se mettent entre eux et regardent de travers ceux qui n’en sont pas.

Rien de plus désagréable que de se sentir observé comme un intrus à partir du moment où on n’appartient pas au camp des convaincus.

Entre convaincus, on combat, on échafaude des plans sur la comète, on a même des solutions pour convaincre ceux qui ont ou pas des opinions.

On part en guerre ou en croisade pour « convaincre ».

Ceux qui ne marchent pas dans cette combine, sont des cons à vaincre.


Xavier Lainé


13 juin 2021


vendredi 18 juin 2021

Quand les habitudes font système

 




Comme d’habitude il me faudrait prendre ma voiture.

Comme d’habitude pour aller manifester dans le chef-lieu du département.

Comme d’habitude y retrouver les mêmes, heureux de voir qu’ils sont encore nombreux, ma foi, à manifester ensemble, malgré le contexte.

Comme d’habitude ils seront heureux de se retrouver en ces heures graves.

Comme d’habitude, ils rentreront chez eux, satisfaits de leur démonstration de « force » devant la préfecture.

Comme d’habitude ils n’auront pas une pensée pour toutes celles et tous ceux qui, ici et là, auraient aimé, eux aussi se dresser contre les idées rances.

Comme  d’habitude, il y aura des centaines de milliers d’oublié de la lutte nécessaire qui resteront chez eux et finiront par admettre le pire.

Comme d’habitude.


Quand on est bourgeois et qu’on ne pense qu’à soi, on peut même être militant.

Quand on est bourgeois dans sa tête, même si prolétaire dans les faits et qu’on milite, on pense d’abord à ses petites idées.

Quand on est bourgeois dans ses actes, on n’aime pas confronter ses pensées à des pensées divergentes.

On vit dans l’entre soi des « bons » militants.

On vit entre retraités de la fonction publique, de l’éducation nationale ou des grandes entreprises d’état.

On ne vit pas parmi les délaissés, les laissés pour compte, mais on milite en leur nom.

On reproduit le schéma du système sans même s’en douter.


On peut donc militer et renforcer ce qu’on combat.

Juste par habitude et aveu de faiblesse.

Aveu de faiblesse involontaire qui laisse en jachère des territoires entiers.

Territoires où les idées rances rampent dans un silence assourdissant.


Xavier Lainé


12 juin 2021


jeudi 17 juin 2021

On ne pense pas, Monsieur, on ne pense pas

 




Dans la société du spectacle, on ne pense pas, monsieur, on comble le vide d'une mousse d'amertume, et on plonge dans l'oubli avec l'ivresse des tout petit soirs...


Dans la société du spectacle, on bouffe de la culture quand on en a les moyens en maudissant les incultes.

Quand on est rangé dans les catégories incultes par ceux qui se vantant d’en avoir, on maudit les cultivés.

D’un côté on critique les ignorants, de l’autre les gens de savoir.


Dans cette piteuse société du spectacle, ne sont que clans, dressés les uns contre les autres.

Tandis qu’au sommet de la pyramide des médiocres, les princes du glauque et du sordide pavanent.

De cette odieuse guerre des uns contre les autres, ne sortent gagnants que les mafieux et les criminels de la fortune.

Les autres n’ont que larmes à ravaler quand ils ne fourbissent pas les armes des mufles hideux.


Dans cette société du spectacle, on t’envoie une gifle, on te la rend au centuple.

On s’insulte, se vilipende.

On se menace de mort ou de blessures.

On met du vinaigre sur les plaies, histoire de laisser l’histoire sanglante sur un chemin privé de toute humanité.

Le scandale n’est ni dans la gifle, ni dans l’outrage.

Le scandale est que cette gifle et cet outrage deviennent si fréquents que nul n’y prêtent plus la moindre attention.

Le seul scandale serait que le prince soit giflé.

Mais que le prince au quotidien ne cesse d’insulter, voilà qui est intégré comme normal.


Xavier Lainé


11 juin 2021