samedi 8 mai 2021

Pas confondre

 



Alors comme ça demain tu vas fêter la victoire contre les allemands ?

Bé non, mais la victoire contre le nazisme, oui !

Ha ! Tu dois bien être le seul alors !


Te dirai, amie, que j'espère bien que non.

Que je ne suis pas le seul, à ne pas confondre.

Ils sont forts quand même ces "communicants" !

Nous feraient presque prendre vessies pour lanternes !


8 mai 1945 !

Ce n'est pas une victoire d'un peuple contre un autre !

C'est celle des peuples du monde contre une idéologie.

Un point, c'est tout !


Que les ignorants ou les nostalgiques passent leur chemin !

Le peuple allemand a souffert de cette idéologie : 

allez donc voir du côté du camp des Milles.

Marchez donc sur les pas de ces exilés 

condamnés là-bas, haïs ici.

Et sentez l'air nauséabond

que médias d'hier comme d'aujourd'hui

propagent histoire de semer la confusion.


Ceux qui aujourd'hui triomphent au CAC 40,

ce sont les mêmes qui soutenaient Hitler hier.

Ce sont les nostalgiques d'un ordre nationaliste et raciste.

Ce sont les fauteurs de guerre, les criminels de toujours.


Nos peuples n'ont rien à voir avec leurs idées rances.

Nous avons à travailler ensemble pour que Paix s'en vienne,

chassant les nuées d'orage que les possédants accumulent sur nos têtes.


8 mai 1945

C'est la victoire contre l'idéologie nazie

Faut pas confondre

et maintenir la mémoire vive.


Xavier Lainé


8 mai 2021


vendredi 7 mai 2021

Assis sur un muret

 




Assis sur le muret, j'étalais devant moi :

deux carnets d'écriture,

un carnet de croquis,

le numéro de janvier des "Lettres françaises",

un crayon et un stylo, noir de préférence.


Dans le pré devisaient deux jeunes anglaises.

Sur le même muret un couple parlait fort en espagnol

(mais peut-être est-ce naturel

que je doive tendre l'oreille pour entendre l'anglais

tandis que l'espagnol envahissait tout l'espace)

leur enfant dormait cependant dans sa poussette

devant eux.


Une s'en vient promenant son chien.

Son chien qui s'approche et s'arrête.

Je lis dans son regard :

"Vous êtes écrivain ?"

Le mien lui répond :

"Je ne sais pas !"


Est-ce qu'écrire nous fait écrivain ?

C'est une bien étrange question, 

à l'heure où tout est jugé

sur critère de revenus

donc de rentabilité pour les uns

de ruine pour les autres.


Est-ce qu'écrire me fait écrivain ?

Je ne sais pas.

Je ne saurai jamais.

Quelle importance ?


Xavier Lainé


7 mai 2021


jeudi 6 mai 2021

J'aurais pu

 



J'aurais pu, savez-vous ?

J'aurais pu jouer des coudes pour être au premier rang.

J'ai toujours préféré la place près de la fenêtre,

pour regarder les oiseaux voler au-dessus de la cour, 

le vent caresser les feuilles des platanes,

bousculer les feuilles mortes dans la cour.


J'aurais pu, savez-vous ?

Si j'avais eu l'esprit moins rêveur.

Si je n'avais pas eu cette manie

d'être toujours hors sujet.


Hors, 

je suis hors et en grand éparpillement.

Parfois j'ai bien du mal à me rassembler, 

peut-être aussi à me ressembler.

Alors je me tais, 

je m'en vais errer sur les chemins solitaires de l'aube, 

histoire d'être hors tranquille.


Je n'ai rien à voir ni à faire

avec toute cette agitation.

Si j'ai besoin de lumière, 

ce n'est pas pour briller :

c'est juste pour éclairer la page 

où je lis, surtout, écris, un peu.


J'aurais pu, savez-vous ?

Mais j'pouvais point.


Xavier Lainé


6 mai 2021

mardi 4 mai 2021

Je n'sais pas faire

 



Vous me voyez ?

Vous ne me voyez pas !

Je suis toujours dans l'ombre d'un livre,

coincé entre deux pages de rêves,

dilué dans une prose infinie

envolé sur des vers merveilleux.


Vous ne me voyez pas.

Je navigue entre deux eaux, 

dans des petits matins brumeux.

Je me fonds entre les racines d'un arbre, 

j'en étreins troncs et ramures, 

oubliant dans la tendresse

l'âpre survie et l'envie d'apparaître.


Je ne suis que mon ombre

qui ne sait pas se montrer

qui ne sait pas briller 

aux yeux d'un monde sans...

Sans quoi ? Ne saurais dire, 

sinon que je n'y trouve pas 

havre de paix où me déposer, me reposer 

tant vertige m'étreint d'en voir tant

qui posent leur nom et leur portrait

sur des mots infiniment plus brillants

que tous ceux qui me traversent

dards brûlants sous ma peau désoeuvrée.


Xavier Lainé


4 mai 2021


lundi 3 mai 2021

A quoi bon ?

 




Je voudrais savoir rallumer les lumières.

Je voudrais savoir éliminer les doutes qui me montent à la gorge.

Je voudrais savoir vivre encore et non survivre.

Je voudrais savoir renouer avec une joie de vivre perdue depuis longtemps.

Mais...

Alors je reste, dans le silence et la compagnie de mes livres.

J'écris sur des pages illisibles des histoires posthumes.

Dans l'attente d'un printemps qui refleurirait notre humanité


Xavier Lainé

3 mai 2021

samedi 1 mai 2021

Rouge misère 33 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Il a un nom qu’il ne faut pas dire, sinon sous le manteau.

Un imprononçable car le dire c’est déjà lui retirer son masque.

C’est sacrilège de retirer le masque de celui dont il ne faut pas dire le nom.

Dont il ne faut pas dénoncer les exactions.

Dont il faudrait attendre qu’il s’adapte à toutes les conséquences de ses propres crimes.

Alors tu attends comme tout le monde.

C’est un jour sombre où des gens meurent.

Pas si nombreux que ça, ceux qui meurent.

Mais ils meurent faute de soin.

Essentiellement faute de soin.

Hier on te mitraillait sur une barricade.

Désormais on te laisse crever, de faim ici, de noyade là, de froid ailleurs.

Plus besoin de mitraille, il suffit de supprimer des lits d’hôpitaux, de ne plus payer les soignants sinon avec lance-pierre.

Ha ! Si seulement ils pouvaient rétablir l’esclavage mais à moindre frais !

C’est à dire que tu sois salarié, corvéable à merci dans ton chez toi, devant ton écran, disponible à toutes heures, mais sans salaire.

Car c’est encore trop de payer des gens, et puis pour le bien-être de la planète, ce serait bien de l’alléger de quelques millions de personnes.

Les pauvres, on le sait se reproduisent plus que les riches, alors multiplions les pauvres : ils feront la chair à canon de leur productivité.

Concentrés comme poulets en batterie dans des logements de promiscuité, ils seront faciles à contaminer.

Il resteront devant leur écran plat, dans leur vie plate, pensées à l’unisson.

Que tu puisses espérer une amende honorable de leur part, c’est te mettre le doigt dans l’oeil avec interdiction d’exprimer ta douleur.

Sans renversement du capital et de sa domination, il n’est aucune commémoration possible.

Réveille-toi, c’est l’heure !


Xavier Lainé


31 mars 2021 (4)