dimanche 21 mars 2021

Prendre soin 21 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Car au fond, tout est question de choix.

Combien d'écoles dans une ogive ?

Combien de théâtres, d'hôpitaux ?


Tout est question de choix, à condition de voir et d'entendre.

Combien de planètes potentiellement détruites avant de dire stop ?

Suffit-il de dire "plus jamais ça" sans remettre en cause les choix ?


Car c'est bien un choix, n'est-ce pas ?

C'est un choix entre forces de la vie et potentielles destructions.


Jusqu'à quand ?


*


Serait de bonne thérapeutique que de prendre notre histoire en main.

De ne rien attendre de quiconque, sans repli dans un chacun pour soi.

Non, le repli serait pire que le mal, et il nous faut franchir le cap du moi au nous.

Chacun prenant sa part pour éteindre l'incendie qui couve, au fond de nos blessures.

Il n'est de pandémie qu'en notre façon de vivre et de nier l'évidence : nous sommes enfants d'une terre qui n'est certes pas unique dans un univers incertain, mais dont aucune technique ne saurait nous affranchir sans retourner le fer dans nos plaies.

Nous sommes enfants de la même terre, mais sommes incapables d’y vivre en paix.

Toujours ce sont déchirements et violences.

Toujours exclusions au profit d’une minorité sans vergogne.

Nous avons ce besoin, cet ineffable besoin de prendre soin pour survivre.


Xavier Lainé


21 février 2021


samedi 20 mars 2021

Prendre soin 20 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Mais bon sang mais c’est bien sur : je devrais écrire léger.

Que ceux qui vont bien lèvent le doigt et m’assurent que, vraiment, ils vont ainsi.

Ils vont contre vents et marées, bien.

Contre la longue liste des migrants refoulés, des morts sur nos trottoirs, des ravagés par un système qui les brise.

Contre la logique même de ce qui nous entoure, je devrais mettre l’accent sur ce qui va.

Puis m’en aller auprès de mon arbre, enfouir mes colères entre ses racines pour vous « soigner » l’âme sereine.


Comme si de rien n’était, je devrais aligner les mots printaniers et d’un coeur primesautier vous chuchoter mes mots doux.

Je ne devrais pas me laisser gagner par l’amer d’un temps qui nous enferme.

Je ne devrais surtout pas parler de vos maux ni me soucier de ce qui les provoque.

Je ne devrais pas dire ma tristesse devant tant de souffrance endurée.

Il est temps de quitter le domaine de la pensée simpliste, réduite à tort ou raison.

A ne pas assumer nos propres conflits, comment pourrions-nous sortir de la spirale infernale des souffrances infligées.

L'homme réduit à être l'objet d'un commerce, infantilisé et rendu esclave de décisions obscures, de quel soin pourrions-nous encore l'accompagner ?

Je dis "obscures" quand il apparaît clairement que la réification dont nous sommes les objets entre au service d'insupportables profits.

Voici que des individus sans foi ni loi entendent réglementer la planète, ignorant que notre naufrage sera aussi le leur.

Les sommes qu'ils accumulent sortent comme sang de nos innombrables blessures.


Xavier Lainé


20 février 2021


vendredi 19 mars 2021

Prendre soin 19 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




S’ils ne jouent pas le jeu d'une productivité mortifère.

S’ils ne jouent pas le jeu de la bêtise et de la moyenne sans âme.

S’ ils persistent en leur contestation de toute forme de pouvoir abusif.

De toute forme de pouvoir même non abusif.

De toute idée préconçue et mal digérée.

De toute acte contraire à une éthique du soin.


S’ils n’entrent pas dans les clous d’une simplification outrancière.

Dans l’étrange perdition d’une science réduite à ce qu’elle ne saurait être.


Il ne te faut pas penser, pas contester, par sentir, pas pleurer.

Pas pleurer de constater en quelle maltraitance un roitelet mène ses sujets.

Pas faire de lien entre ce monde d’une cruauté et violence inouïes, et la nature des symptôme exprimés.

Pas inviter à contester un ordre qui nourrit ton chiffre en sacrifiant ton âme.


Pour ne pas être purement et simplement sacrifié, le mérite revenant aux productivistes qui multiplient les actes techniques sans âme, sans un regard pour les personnes que le système broie.

C’est chose étrange que cette « science » ne se penche jamais sur l’origine des symptômes.

Comme si nous avions peur de découvrir le pot aux roses qui remettrait en question notre impuissance d’agir pour un monde meilleur.


Alors je la pose, la question.

Je ne cesse de la poser depuis quarante années d’un exercice en proie au doute de sa propre validité.

Dois-je soigner seulement les blessures visibles où tenter de condamner et empêcher de nuire ceux qui les causent ?


Xavier Lainé


18 février 2021


jeudi 18 mars 2021

Prendre soin 18 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




On a l’attention sélective et l’oeil rivé toujours sur les mêmes objectifs.

C’est la force des idéologies qui guide le regard.

Vous êtes de droite ?

Alors vous défendez les professions libérales et les cliniques privées et décriez l’hôpital (sauf si vous en avez besoin !).

Vous êtes de gôche ?

Alors vous prenez le pouls avec une infinie inquiétude du système public hospitalier, tout allant faire la queue dans la salle d’attente de votre médecin libéral, en fulminant pour l’attente chez votre kinésithérapeute libéral.


On a l’attention directionnelle selon son penchant idéologique.

Qu’un gouvernement de droite libérale vienne au pouvoir, voici que les libéraux sont chouchoutés par les administrations de santé.

Qu’à l’inverse vienne un gouvernement de gôche (convaincue elle aussi au libéralisme mais avec un gant de velours) : exit le poison du privé et place au public, sans pour autant lui permettre d’assumer toute sa place (on est de gôche convaincue au libéralisme ou pas, hein !)


Mais que vienne le vent mauvais d’une pandémie programmée, prévisible puisque nous dominons notre pauvre planète qui n’en peut plus des exactions menées contre elle par les activistes, justement, dogmatiques, de l’économie libérale, voici les uns tapant sur les autres, chacun revendiquant sa place au soleil, les patients étant, d’un côté comme de l’autre, des numéros cloués sur des lits à rentabiliser, dans des salles d’attente bondées où ils ne sont plus que ligne dans un chiffre d’affaire.

L’oeil, pour la gôche dogmatique reste rivé sur la crise des hôpitaux.

C'est juste raison, mais...

Mais on oublie toujours quelqu’un.

Ce sont les patients qui paient l’addition tandis que les praticiens, isolés sont soumis à double ou triple peine.


Xavier Lainé


17 février 2021


mercredi 17 mars 2021

Prendre soin 17 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Incroyable déviation de l'éthique et du sens.

Toute personne saine devient suspecte.

Suspecte d'être porteuse d'agonie et de mort.

Comme si la vie n'était pas cette maladie mortelle sexuellement transmissible.

Comme si prendre le risque de vivre n'était pas aussi prendre celui de mourir.

Comme si vivre ne revenait qu'à évacuer tous les risques.

Or, à vivre dans la prétention d'une sécurité absolue, nous voici étouffant derrière les masques imposés comme ultime rempart à nos timides sourires.


Le soin réduit à sa technique ne nourrit personne et ne contribue qu'à l'affaissement de nos vies.

Prendre soin ne peut se réduire à une quelconque "science" réduite à ses probabilités.

Il y faut de l'âme et de l'esprit, de l'improbable et de l'accessoire.

A défaut, l'être n'est plus qu'une ligne dans une comptabilité mortifère.

Parfois, il suffit d'ouvrir les bras sans rien dire pour estomper les effets délétères qu'un état totalitaire développe comme un cancer posé sur nos existences.


Au fond, il est si commode de nous isoler. Et peut-être est-ce le seul objectif. Or…

Savez-vous la jubilation d'agir en commun ?

Cette réjouissance de réfléchir ensemble et d'agir sur nos vies sans attendre qu'un homme providentiel ne s'en occupe, elle est bonne thérapie où notre soumission nous rend malades.

Eteindre les écrans qui sont nos chaines, retrouver le bonheur d'une étreinte ou d'un baiser volés à la dictature des moeurs, seraient un chemin vers les lumières d'un printemps définitif.


Xavier Lainé


16 février 2021 (2)


mardi 16 mars 2021

Prendre soin 16 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




C’est un bien fragile équilibre entre humanités et sciences.

Peut-être avons-nous un peu trop vite oublié l’heureux temps où rien n’était séparé, où il n’y avait point de science possible sans conscience philosophique.

Or, voici qu’au détour d’un siècle, une frontière presque étanche fut dressée qui sous le dogme d’une raison sans boussole créa le schisme entre les deux versants d’humaine condition.

On se mit à privilégier la science qui vint remplacer les dieux déclarés définitivement morts.

Ce fut nouvelle bible écrite qui écartait toute conscience en la réduisant à un concours de connexions neuronales.

L’homme machine réduit à sa mécanique que la technique pourrait réparer indéfiniment jusqu’à nous rendre immortels.

Si la frontière fut bien établie entre humanités et sciences, celles-ci, furent progressivement confondues avec les techniques dont elles peuvent être le ferment.

Bonne logique, puisque l’esprit ne se vend pas facilement quand la technique peut entrer dans la productivité débridée et alimenter le commerce, bénitier de la nouvelle religion consumériste.


S’il en fut ainsi des sciences et de la technologie, c’est à l’industrie que nous le devons, qui n’épargna pas l’art médical pour en faire science et technique sans âme.

La parole médicale établie en parole de la divine science, la vie en ses aléas n’a qu’à bien se tenir.

Ses symptômes sont autant de signes que la technique va pouvoir traiter avec un résultat statistiquement infaillible.

Sauf à se trouver dans la marge des statistiques, parmi les rebelles qui se heurtent aux limites d’un savoir qui ne sait plus aucune interférences entre les phénomènes.


Xavier Lainé


16 février 2021 (1)


lundi 15 mars 2021

Prendre soin 15 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Il règne une étrange confusion sémantique : on te parle de santé, tu entends soin.

On te parle d’un « système de santé » le voilà réduit au réseau de soignants, et encore faut-il réduire dans les préoccupations ce réseau à celui des hôpitaux. Car, bien entendu, les autres, ceux qui triment au quotidien avec l’afflux de « patients » (parfois, pour certains, réduits à des « clients »), ne sont que profiteurs d’un système binaire.

Les bons d’un côté qui seraient du « service public » (dont plus personne ne sait vraiment de quoi il en retourne), les mauvais qui s’enrichissent sans vergogne sur la « santé » des pauvres gens.

Raisonnement binaire hérité de ce monde coupé en deux : capitalisme cuisiné à deux sauces, une sauce « libérale » et une « collectiviste ».

Nous n’avons pas encore dépassé ces modes de penser construits au fil du XXème siècle qui ne visent qu’à diviser.

Division qui profite toujours aux mêmes, ceux qui se situent dans la sphère des rentables et les autres, rejetés dans une prolétarisation dont ils n’ont strictement aucune conscience, étant formatés aux règles de la rentabilité sans toujours en avoir les moyens.

Ainsi, celui qui reçoit avec éthique en prenant le temps nécessaire s’entendra  répéter à l’envie que « s’il ne s’en sort pas, c’est qu’il ne sait pas se débrouiller », sentence assénée par ceux qui s’assoient sur l’éthique et réduisent leurs patients/clients à une ligne dans leur chiffre d’affaire.

Bien évidemment ce sont les seconds qui auront toujours voix au chapitre, qui auront main sur les « syndicats » libéraux, qui siègeront dans toutes les instances, ne représentant qu’eux mêmes en méprisant la foule des « petits » (ou des « riens » selon une terminologie présidentielle).

Qu’il ne soit bonne médecine que celle qui sache prendre le pouls de la vie, celle qu'on n'attend pas et qui se révolte comme elle peut, en milliers de maux qui sont autant de protestations silencieuses, est une idée classée sans suite.

« C’est dans votre tête », vous dira-t-on comme couperet.


Xavier Lainé


13 février 2021