dimanche 29 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 31

 




« Comment ne pas devenir fou lorsque le devenir paraît ne plus porter aucun avenir, en sorte que le monde paraît n’avoir plus aucun sens ? Le devenir fou procède d’une immense démoralisation, elle-même aggravée par des processus de dénégation de toutes sortes. La démoralisation est ce qui fait perdre le moral. Et le moral, c’est-à-dire aussi la confiance, est la condition de toute action rationnelle, s’il est vrai que la raison est toujours portée par une raison d’espérer. » (Bernard Stiegler, Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016)


Ils en sont donc arrivé à externaliser nos consciences.

C’est ainsi qu’à nous déresponsabiliser face à nous-mêmes, ils visent notre démoralisation.


Chaque poème arraché au mur du silence qu’ils nous imposent est un pied de nez aux sinistres imbéciles qui pensent nous gouverner par la peur, la démolition de toute culture et de tout lien social. 


Ils gagneraient parfois à détourner les yeux de leurs colonnes blindées de chiffres et dividendes, et à ouvrir un livre.

Mais ils ne savent pas, ils ne lisent pas, ils ne vivent pas, ne savent rien de nos journées.


Je voudrais leur en offrir des livres, mais ce serait encore confiture aux cochons.

Un livre, ils ne le méritent pas.

Un livre, vous savez ? Cet objet étrange qu'on peut laisser là, avec juste un marque-page, objet patient s'il en fut, capable de nous faire traverser l'histoire, de nous entraîner jusqu'au tréfonds de nous-mêmes sur les rives d'une conscience qu'aucun drone ne pourra jamais sonder.

Un livre, capable de vous détourner de ces lieux interlopes où des surveillants transformés en garde chiourme, en kapos d'un ordre capitaliste plongeant dans les affres d'un passé dont nous ne voulions plus mais que les incultes imbéciles au pouvoir façonnent à nouveau, créant miradors et barbelés intérieurs, bien plus pervers que toutes les prisons.

Un livre, fidèle compagnon des instants de pensées flottantes.


A suivre...


Xavier Lainé


23 novembre 2020


samedi 28 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 30

 



Je ne cesse d’ouvrir mes pages au poème.

Il va et vient à sa guise, et n’en fait qu’à sa tête.

La poésie, c’est d’abord un regard posé sur le monde, les êtres.

Les mots ne fuient pas devant le réel, ils tentent de lire dans sa trame.

Ils sont l’ultime rempart contre l'empire du père Ubu, pour ne pas sombrer dans le gouffre ouvert sous nos pieds.

Les poèmes dissipent les brumes, dispersent les fumées.


Mais...


Mais comme un bémol appuyé sur la partition de chaque jour, me voilà bien contraint d'observer les dégâts qu'opère période crépusculaire, décisions infondées, désordonnées, incompréhensibles.

Bien contraint de voir les ravages dans l'ouverture à la vie de mes propres enfants comme de ceux qui me sont "prêtés".

Je ne peux soustraire de mon attention qu'il y a quelque chose de criminel à maintenir cette pression insensée, à contenir toute forme de vie sociale pour, mais pourquoi, en somme ?


Gouvernés par des pervers, aveuglés de pouvoir et de finance, comment s'étonner de cette tragédie dont le fil se déroule d'acte en acte dans ce théâtre de la cruauté qu'est devenu notre époque désarticulée.


Resterons-nous spectateurs prêts à sombrer dans cette amertume ?


J'ai cru comprendre que désormais, des protestations devraient se lever, se rejoindre, se conjoindre pour faire entendre une soif d'autre chose.

Sachez que si je n’en suis pas, c’est que je reste fidèle à une orientation prise depuis plus de vingt ans : demeurer disponible à la souffrance des uns et des autres, considérés dans le tout de leur vie et non comme variable d’ajustement d’un chiffre d’affaire. Que celui-ci fonde comme neige au soleil ne me détournera pas de cette ligne.


"Même si dans son sommeil elle peut engendrer des monstres, la raison doit rêver -- et réaliser ses rêves". (Bernard Stiegler, Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? éditions Les Liens qui Libèrent, 2016)


A suivre...


Xavier Lainé


22 novembre 2020


vendredi 27 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 29

 



Nous vivons donc ce renversement de la langue, cette inversion sémantique qui fait que plus un mot ne peut être prononcé sans qu’il soit renversé par ceux qu’il dérange.


Fi des arguments, des questionnements, des recherches, puisqu’on vous dit que la raison est du côté du pouvoir.

Alors, on cogne, puis on plie sous le poids des arguments, et sans crier gare, on te dit :  "reste là, avec tes dogmes".


J'avais appris qu'en bonne politesse, il valait mieux frapper avant d'entrer, mais en ce territoire décomplexé des pseudo réseaux sociaux, on commence par entrer, puis ensuite on frappe.

Comme on n'a pas de visage, pas d'apparence, on s'imagine que ça ne laissera pas de traces.

Bientôt, grâce à l'usage du masque qui nous rend anonymes, nous en ferons autant dans la rue ?


Le trouble est profond, il prend racine en ces lieux interlopes où, de fait nous n'existons pas, sinon sous des avatars et des paroles en l'air.


On ne lit pas, on survole ; c’est la méthodologie dûment enseignée : ne pas lire un livre jusqu'au bout, juste prendre dans chaque livre ce qui peut être utile à sa propre thèse.

On peut même critiquer un ouvrage à partir de sa quatrième de couverture puis faire étalage d'un savoir qui n'existe pas.

Le tout c'est de paraître savant, non de l'être.

Le tout c'est de paraître, non d'être.

Tout est dans le masque, non dans la profondeur.


Moi, quand je lis, je lis : je ne laisse pas une page de côté de peur de louper quelque chose d'important. Au risque évident de ne pas avoir assez de ma vie pour tout assimiler.

Pas grave, je reviendrai. Même pas peur de passer l’arme à gauche, puisque je sais ne pas pouvoir accomplir tout le programme fixé en une seule existence. Je devrai donc revenir, gare à vos yeux !


A suivre...


Xavier Lainé


21 novembre 2020


jeudi 26 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 28

 



« La guerre repose sur le mensonge. » (Sun Tzu, L’art de la guerre)

Qui a dit que nous étions en guerre ?

Qui donc repose sur le mensonge établi en règle de gouvernement ?

Ce n’est pas un complot, c’est une honte.


Qu’on puisse encore critiquer cette façon méprisante de décider de nos vies, qu’on en dénonce les mensonges et les fables, n’est-ce pas la plus essentielle des libertés ?

Que le propos puisse être injuste, la règle voudrait qu’avant de condamner, on cherche à comprendre ce qui autorise les thèses du complot.

Mais comprendre, en un temps de pensée expresse, est-il encore de mise ?


Les mêmes qui manifestent pour la liberté d’expression, ont l’empressement absurde à condamner.

Mais comprendre, voyez-vous, comment le mensonge d’Etat conduit tout droit, dans les esprits dérangés par des décisions contradictoires, aux pires hypothèses, voilà qui pourrait rendre débat intéressant.

Comprendre ce qui relève d’une forme de complot dès lors que décrets sont pris dans le silence d’un « conseil de défense » incontrôlé et incontrôlable, serait-ce coupable ?


Parfois, à suivre les affirmations ici et là, le vertige me prend : nous ne savons donc plus user de rhétorique ? Nous ne savons plus creuser nos pensées pour en élaborer un discours cohérent ?

Mais comment agir avec discernement dans un monde qui brille par son incohérence ?


Si peu de place pour l’échange courtois lorsque toute opposition est combattue.

Il serait temps de nous ouvrir au dialogue et à l’échange.

Il serait temps d’ouvrir les universités à toutes et tous, quelque soit l’âge et le parcours.

Il serait temps de mettre fin à un élitisme bourgeois qui ne fait qu’appauvrir recherches et pensées.


A suivre...


Xavier Lainé


20 novembre 2020


mercredi 25 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 27

 



Car ce sont de purs artistes qui savent retourner leurs opposants, imposer choc assez violent pour que victimes baisent les pieds de leurs bourreaux. C’est art de rare perversité, où ils sont passés maîtres.


Un exemple ? Regardez donc notre stratège atmosphérique hissé en l’Elysée ! Il réunit cent cinquante personnes pour réfléchir aux mesures à prendre devant l’urgence climatique. Les naïfs y croient, s’investissent, soutiennent l’idée, en véhiculent débats et conclusions.

Le stratège atmosphérique, la main sur le coeur, affirme devoir tenir compte des remarques et objectifs fixés. Parole d’un jour n’est pas parole de toujours. Que croyez-vous qu’il advint du rapport circonstancié si laborieusement élaboré ? A la poubelle !

C’est tout le respect qu’ont les suffisants pour la parole contraire.

Seuls comptent ceux qui sont d'accord avec leur pouvoir, les autres n'ont qu'un droit : se taire et rentrer dans le rang.


Le drame est que cette suffisance trouve source et écho en de multiples attitudes.

Ils ne pourraient pas être ce qu’ils sont si, partout et chaque jour, nous étions ouverts et compréhensifs à l’autre, cet autre qui ne sait que m’instruire sur moi même, surtout lorsqu’il m’entraine dans le rejet.

Terribles sont les donneurs de leçon, ceux qui savent mieux que quiconque, qui affirment leur prédominance du haut de leurs diplômes.

Non que je méprise leur parcours méritoire pour être où ils sont, mais qu’ils trouvent en face d’eux autodidacte de la pensée autorise-t-il leur mépris ?


Je voudrais creuser à la source de ce mal être profond qui vient d’un système inégalitaire érigé en dogme. « Il y a ceux qui s’en sortent, et ceux qui ne savent pas y faire. Si tu ne t’en sors pas, c’est que tu ne sais pas t’y prendre. » Que n’ai-je entendu depuis plus de trente ans cette litanie.

Mais puisque vous savez, au lieu de me mépriser, sauriez-vous m’apprendre ?


A suivre...


Xavier Lainé


19/21 novembre 2020

mardi 24 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 26

 





Cette apothéose de leur domination, par le sacrifice de la terre elle-même, à leurs yeux produirait leur ultime victoire : l’asservissement définitif par le biais médiatique de toute velléité de libération.


Ils nous imposent leur Big Brother que j'aimerais voir rire jaune.

Ils nous imaginent aussi bêtes qu’eux, dépourvus de solution pour échapper à leur contrôle, incapables de retrouver la joie de vivre loin de leurs contraintes et de leur matraquage.


Certains les aident bien qui usent de formules toutes faites. Ce sont gens qui se prétendent respectable, pourtant, et c’est l’objet de mon inquiétude : en voilà qui, au demeurant intelligents, sont incapables de lire jusqu'au bout et tête baissée usent de leurs invectives insultantes. Et, tandis qu'on s'invective et s'insulte, que croyez-vous qu'il se passe derrière le décor ? Plus de moyens pour que les professionnels de santé (dont je suis) puissent vous soigner mieux en prenant le temps nécessaire ? Plus de moyens pour éradiquer la pauvreté dont on sait qu'elle est le territoire de prédilection des virus, bactéries et autres infections car qui vit mal, va mal, n'est-ce pas ? Plus de démocratie pour permettre la libre expression de tous au service de décisions positives pour chacun ? Que nenni !


Tandis que les manants se tapent dessus, les rois fourbissent leurs armes pour enfoncer d’avantage le glaive de la pauvreté.


Vous allez la peur au ventre, vous voyez climat se dérégler, mains tremblantes toujours plus nombreuses aux parvis, eux, ils enfoncent le clou du désespoir. Car ils nous veulent désespérés. Seuls et désespérés. Le plus étrange est qu’ils trouvent certains appuis parmi ceux qui prétendent les combattre.


Ils ont du lire Sun Tzu, le soir au coin du feu. Ils ont du apprendre à manipuler leurs ennemis pour qu’ils se rangent, sous l’oeil goguenard de leurs caméras de surveillance, parmi leurs soutiens implicites. 

L’art de retourner les esprits… Mais chut, s’ils apprenaient que c’est un art, ils le déclareraient non essentiels et se supprimeraient illico.


A suivre...


Xavier Lainé


19/21 novembre 2020

lundi 23 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 25

 




F. M. : le même qui, ministre de l’intérieur, jeta de l’huile sur le conflit algérien, donc le même qui favorisa l’accès au trône d’un certain général se dotant, pour légitimer son coup d’Etat d’une constitution dont nous sommes toujours affublés. Le père François avait même écrit un livre : « Le coup d’Etat permanent », où il faisait semblant de critiquer ce moule dans lequel il allait se couler sans un regret.


De pervers en pervers, vient un moment où le masque tombe.

Il ne tombe qu’à la condition de ne pas entrer dans le déni. C’est sans doute là que le bats blesse le plus, lorsque malgré ce que tu vois, sans même détourner le regard tu fais comme si tu n’avais rien vu.


Tous les ingrédients d’une vraie dictature lentement s’agencent. Je dis lentement mais en deux ans et demi, nous avons perdu plus qu’en tous les mandats précédents.


A la peur de 1968, est venue s’agglutiner celle de 1981 (ils ont si peu confiance dans leur pervers portés au pouvoir qu’ils ne savent jamais très bien si, finalement, le vent ne va pas tourner en leur défaveur), puis la peur de cette révolte fabuleuse qui secoua enfin le joug du silence imposé sur les misères endurées.

Ils ne cessent de craindre, les pleutres qui tirent grand profit de nos misères, car ils ne sont que poignée de revanchards qui aimeraient revenir au pire des anciens régimes, balayés par 1789, 1848, 1872…


A chaque vent de révolution, ils oeuvrent à en effacer les avances. Ils n’ont pas digéré d’avoir été démasqués en 1945. Ils n’ont pas digéré de devoir concéder aux esclaves dont le statut d’ouvrier cache bien mal la vraie nature, un peu de bonne fortune. Ils haïssent la vie elle-même si elle se met en travers de leurs profits. Aveuglés et bornés, ils n’éprouvent aucune pitié. Ce sont eux qui triomphèrent de la révolution néolithique. Ils ont su dominer toute l’espèce, et la nature qui lui donna naissance. Dans le dernier développement de leur sinistre domination, ils affirment que nous serions dans l’anthropocène qu’ils ont créée de toute pièce.


A suivre...


Xavier Lainé


18/21 novembre 2020