dimanche 28 janvier 2024

Les années passent ! 4

 




Tôt matin 

Mes yeux contemplent la faillite

Qui avance à peine masquée

Qui demain pourrait s’aggraver

Si les menaces qui planent

Venaient à s’abattre


Tôt matin

M’en vais cueillir

Dans la clarté délicate

Quelques mots accrochés

Aux branches givrées


Mon délit est clair

Dans un monde déshumanisé

Il ne faut pas en faire preuve

D’humanité


Il faut savoir paraître fort

Marcher quand on vous dit de le faire

Suivre le sens du courant

Calculer sa course sans défaillance

Anticiper sur son chiffre d’affaire

Ne jamais regarder l’humain qui frappe à la porte

Mais la variable d’ajustement des profits


Survivre serait s’accrocher

À la bouée percée d’un monde qui se noie

Survivre serait faire semblant de bonne fortune

Quand le naufrage vous entraîne par le fond



Xavier Lainé

4 janvier 2024


samedi 27 janvier 2024

Les années passent ! 3

 





Non

Pas la haine

Juste cette calme révolte

Qui agite le sommeil

Quand il faudrait dormir

Comme vous dormez

Pauvres « managers »

Du sommeil de l’injuste

Sûrs de votre « devoir » accompli


Nous en sommes là

Dans ce pétrin de fascisme ordinaire

Qu’importe à l’administratif sournois

Le sommeil absent de l’accusé


Accusé

Vous m’accusez

4412 euro et 60 centimes de dépassement

Sur six mois


21,1 % de mes actes 

C’est 78,9% sans

Preuve s’il vous en fallait une 

Que je ne soumets moi personne au diktat d’un dépassement

Que je laisse le choix

Que nul n’est soumis à cet impératif pour être soigné


4412,60

C’est 785 par mois

183 par semaine

36 par jour


À douze patients par jour

C’est 3,06 chacun

La belle affaire


Et pour ce motif

Pour satisfaire à votre « engagement » en faveur de « l’accès aux soins »

Vous allez m’interdire d’exercer conventionné

Vous allez donc empêcher les plus pauvres

Ceux qui 

À quelques exceptions près

Justement ne paient aucun dépassement

Vous allez les empêcher d’accéder encore

Aux soins prodigués en mon âme et conscience 

Depuis 40 ans


Autrement dit

Affirmant une chose

Pauvres « managers » du système néo-fasciste

Vous imposez aux plus miséreux

Le désert médical qui ne cesse de s’aggraver


Pas d’affolement

Je vais juste chercher le moyen d’organiser ma survie

Et je continuerai à soigner

Gratuitement s’il le faut 

Mais sans votre épée de Damoclès


Nous en sommes là

Ne resteront que les plus vils

Une fois les règles appliquées

Et les finances sauves

(Mais vous ne réglez rien sur mes dépassements !)

C’est reparti

Il y a peu vous me brandissiez l’autre menace

Celle d’être interdit d’exercer pour non vaccination

On voit où vos certitudes nous ont mené


Je sais qu’il n’y aura aucune organisation professionnelle

Pour me soutenir et me défendre

J’assumerai seul celle-ci

Comme toujours depuis quarante années

Où tant se vautrent dans la collaboration

Tandis que l’âme se meurt 

Qui donnait encore noblesse

À l’acte de soigner


Je vais devoir partir

Mais ce sera la tête haute

Je n’ai jamais signé le moindre compromis

Avec ce régime destructeur


Mon âme est à rebondir

À être toujours aux côtés des plus faibles

Ne serait-ce que par ma plume

Dont vous ne trouverez aucun moyen de la faire taire


Je m’en irai debout

Mon travail toujours accompli en conscience

Quoiqu’assumant mes faiblesses et mes erreurs

Voyez donc « managers »

Je ne me suis jamais fait riche sur le dos de qui que ce soit

Et si ma nuit est agitée

C’est que j’ai encore une conscience

De la portée de ce que vous êtes en train d’accomplir

Dont je ne serai pas la seule victime




Xavier Lainé

4 janvier 2024


vendredi 26 janvier 2024

Les années passent ! 2

 




Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que l’année démarre mal.

Une lettre de la Caisse primaire d’assurance maladie.

Une injonction à me conformer à une convention qui ne respecte pas les patients.

Puis l’écoeurement.


Je vais donc larguer les amarres.

Prendre le large et ouvrir mes droits à retraite.

Pour ne plus avoir à supporter ces administrations devenues stupides.


Ma lassitude est à son comble.

Continuer à soigner dans ces conditions est rigoureusement impossible.

Je n’imaginais pas devoir terminer ainsi une carrière consacrée en mon âme et conscience à vous recevoir avec la dignité que votre humanité exige.

Je vais devoir arrêter.

Dès que possible, pour ne plus recevoir, après ma journée de travail, ce genre de lettre agressive d’administratif qui ne savent rien de vos douleurs.


Je ne m’avilirai pas à négocier.

J’ai toujours agi en mon âme et conscience.

On me menace désormais de ne plus soutenir mes cotisations sociales.

On me menace de me suspendre de la « possibilité d’exercer dans le cadre conventionnel ».

On me menace d’interdire le dépassement (que j’ai toujours pratiqué avec tact et mesure et sans jamais assassiner qui que ce soit pour être payé).

On me menace.


Après quarante ans de loyaux services, on me menace.

Bienvenue en 2024 !

Las, je vais devoir rendre mon tablier.



Xavier Lainé

2 janvier 2024


jeudi 25 janvier 2024

Les années passent ! 1

 




Faire le vide

Ouvrir de la place

Laisser déborder

Le fleuve des colères

Non pas sourdes

Mais attentives

À ce que pourraient faire

Humains conscients 

D’être qui ils sont

D’avoir une responsabilité

Pour eux-mêmes et pour les autres

À moins d’accepter

D’être déchus 

Du noble titre d’humain


À l’incompréhension de nous voir dirigés

Droit contre le mur absurde des violences

J’aimerais opposer notre droit à la rébellion

À l’insoumission active 

À l’intelligence profonde


Nous ferions sécession à notre tour

Laissant derrière nous

Le passé des tristes figures

S’appropriant pouvoirs et fortunes

Sans un regard pour qui souffre et se tait


Assis sur le seuil d’encore une année

Je ne reconnais pas le droit

À un président mal élu

De parler en mon nom


*


Va falloir nous y habituer

À retrousser les manches

Mettre mains et coeurs à l’oeuvre

Plonger jusqu’à l’âme

Dans le cambouis de vivre

Ne rien confier

À qui ne mérite aucune confiance

Ne plus écouter les verbes-creux

Si prompts à nous pousser

Leur chansonnette insipide

Ceux qui nous endorment

À grands coups de promesses

Qu’ils ne tiennent jamais

Puisque nos vies ne les intéressent

Qu’à la condition qu’elles leur rapportent


Nos vies comme des marchandises

Nous les retirerons de leur marché

Rien ne s’achète ni se vend

Lorsque nous avançons 

Avec la certitude d’exister


Nos vies ne leur appartiennent pas

On voit tellement bien

Ce qu’ils en font


L’heure du réveil a sonné

L’entendrez-vous

?



Xavier Lainé

1er janvier 2024