samedi 7 juin 2025

Pas Marché 22

 





Mettre mes pas dans ceux de l'histoire.

Pour mieux déjouer les pièges du présent.

Présent si lourd et pesant sur coeur et paupières alourdis de larmes.

Présent qui me roule dans la honte lorsqu’en Terre prétendue sainte, on répand le sang des innocents.

Que le bras des assassins est armé par ceux qui prétendent parler en mon nom.

Ceux-là n’ont aucune légitimité qui font fortune du commerce meurtrier.


Je pose mes pas dans ceux d’une histoire.

Une histoire dont je me nourris.

Car elle grandissait l’homme jusque dans les épreuves qu’il traversa.

Qu’au plus profond du pire, de petites voix écrivaient des mots de lumière qui ne seraient découverts que plus tard.

On sait ce qu’on écrit.

On sait pourquoi on le fait.

On ne peut rien savoir du sort de nos mots dans le fleuve de l’avenir.

Certains se perdent comme bouteilles à la mer, d’autres font leur chemin dans le courant des consciences, parlent pour des âmes pas encore nées.

Un jour, du fond des tiroirs, les mots affleurent à la surface du monde.

Ils entrent par les yeux des suivants, parfois font ainsi chemin comme témoins de ce qu’est notre époque.

Notre époque.

Nous aurions tant aimé qu’elle tourne le dos aux tragédies du XXème siècle !

Nous voici devant cette réalité : nous confions nos destins à des humains qui ne méritent pas d’être placés au sommet.

Nous sommes devant ce désastre qu’ils sèment, ces plaies béantes qu’ils ne cessent d’ouvrir.

Ce sang qui rejaillit de siècle en siècle rebondissant de tragédies en génocides

Mes rêves volent par dessus le linceul méditerranéen au secours des enfants de Gaza.



Xavier Lainé

22 avril 2024


vendredi 6 juin 2025

Pas Marché 21

 





Mais…


Mais ça n’en finit pas, ce bruit de bombes, ces cris d’enfants, ces pleurs et ces langages de haine.

Mais ça n’en finit pas, ces poursuites insensées contre qui proclame sa solidarité avec le peuple martyr de Gaza.

Ça n’en finit pas, les fausses allégations, les mensonges répétés jusqu’à les faire prendre pour vérité.

La méthode est connue.


Elle a fait ses preuves en des temps encore plus sombres.

Dire ça ne change rien au sort de ceux qui meurent dans les ruines.

Mes mots sont bien faibles pour arrêter le bras des assassins.


C’est dur, cette impression d’impuissance.

Ce sentiment de lancer mots contre torpilles, en désespérant qu’ils puissent en détourner la course.


Du fond de cet antre poétique, bien loin de ces zones du monde où les bourreaux exercent leurs crimes, je voudrais fissurer le silence, arrêter les absurdes qui ici-même mettent en garde à vue toute parole contraire aux dogmes assassins.

Ces mêmes qui parlent de leur livre comme si de rien n’était.

Je n’y arrive pas.

Quel est le poids d’un livre dans la noirceur de cette époque ?

Combien pèsent mes poèmes pour soutenir les suppliciés ?


La nuit vient, si calme ici, tandis que me parviennent les horribles visions d’un peuple persécuté.

La nuit vient, mon sommeil est chaque jour plus fractionné de cette vision dantesque d’un peuple à qui on ne laisse aucune issue de secours.

Mes nuits se font cauchemar de savoir les représentants de mon pays vautrés devant les discours génocidaires d’un Etat colonial.



Xavier Lainé

21 avril 2025


jeudi 5 juin 2025

Pas Marché 20

 





C’est un printemps triste que celui où tant d’innocents meurent dans l’indifférence quasi générale.

C’est un printemps triste que celui qui ne fait que confirmer l’aveugle progression de la rhétorique absurde qui classe les humains selon leur couleur de peau, leur religion, leur origine, leurs opinions, leur genre ou choix de genre.

C’est un triste printemps que celui où planète en colère ne cesse de signifier notre insignifiance, justement, notre insignifiance.


Que soleil affleure en aube délicate, ou que pluie se déverse en flots impétueux, nous sommes si petits, si misérables à laisser agir les pires d’entre nous.

Tandis qu’écrivains vont arborant la médaille de leurs écrits, comme titres d’une gloire éphémère.

Tandis que chacun cherche son auto-promotion dans le champ de ruines semé par les idées rances.

Chacun y va de sa méthode d’accès à d’étranges bonheurs réservés au cercle étroit parfois réduit à eux-mêmes ou à celles et ceux qui les admirent.


Sans voir où plongent les racines de nos maux.

Sans remettre en cause pensées et comportements qui en cultivent le prolongement.

Sans jamais se poser question quand là, juste à côté, sinon devant nos portes, des êtres qui sont nos semblables disparaissent dans le fracas d’un enfer pavé de mauvaises intentions.


Triste printemps où des humains peuvent en tuer d’autres, les affamer, sans que nul ou si peu ne trouve à dire ou écrire encore quelque chose.

L’important c’est de vendre son livre, de gagner fortune dans d’illusoires bonnes paroles assaisonnées à la sauce d’un « développement personnel », vautrés dans les lupanars d’un commerce sans fin.

L’important c’est la triste gloire estampillée par les écrans médiatiques.

Mais…



Xavier Lainé

20 avril 2025


mercredi 4 juin 2025

Pas Marché 19

 





Je ne sais pas

Je ne sais plus

Sac en bandoulière

J’arpente les rues

Pavées des vertus

D’une modernité en deuil


Vu 

Pas vu  

J’ai l'oeil qui lit entre les herbes

Qui décrypte ce que la vie y écrit

Dans le jour irrisant les pierres


Je rêve

Je ne cesse de rêver

Que marchant dans ton pas

Énigmatique beauté 

Qui secoue mes rêves

De ton rire écarlate

Nous soyons si unis en la terre

Que plus rien n’aurait d’importance

Sinon un amour à renverser

Les mondes qui se referment

Comme mâchoires d’acier

Sur nos pauvres ombres humaines


J’ouvre la page blanche de nos soupirs

Le ciel aussi se fait blanc

Ne sachant trop comment entrer

Par la porte du printemps

Il verse ses larmes

Dont si peu savent voir

Toute la tristesse des enfants massacrés



Xavier Lainé

19 avril 2025


mardi 3 juin 2025

Pas Marché 18

 





Non, la vie n'est pas un marché.

Ça n’est pas vraiment un jeu

Ni une sinécure

Ni un écoulement paisible


Il faut en traverser des tempêtes

Au dedans comme au dehors

Pour faire au moins semblant

D’exister quelque peu


Parfois je me surprends

À en négliger les apparences

Me faire vieux beaucoup plus

Histoire de déjouer les pièges


Mais voici que je plonge

En tes yeux bleus qui me regardent

En tes lèvres qui me parlent

En tes joues qui rougissent un peu

Je plonge


Tu souris à l’idée 

D’un pouvoir que tu aurais de me rajeunir

De rajeunir mon allure

Car pour le reste

Rien


Je voudrais savoir plonger

Dans l’océan d’un regard 

Laisser aller ma tête pleine de mots

Entre tes mains attentives

Puis m’endormir

Pour le seul plaisir de la rencontre



Xavier Lainé

18 avril 2025


lundi 2 juin 2025

Pas Marché 17

 





L’important c’est d’aimer

Que l’amour soit secret

Discret

Qu’il ne sache dire ce qu’il est

Même lorsque le coeur vacille

Dans l’attente 


L’important c’est d’aimer

Toujours aimer sans rien dire

Attendre le geste doux

Qui parfois ne vient pas

Mais lorsqu’il se présente

L’accueillir comme fleur de printemps


L’important c’est d’aimer

D’écouter les battements 

Dans les veines vieillies

Qui te donnent un petit flux

De jeunesse retrouvée

C’est ça

L’important


Aimer 

À tort et à travers

Comme le disait Julos


L’amour est arc-en-ciel

Dans la grisaille du monde

À l’heure des bombes 

Et des issues bouchées

À l’heure des vantardises

D’humains qui ne tournent

Qu’autour d’eux-mêmes



Xavier Lainé

17 avril 2025


dimanche 1 juin 2025

Pas Marché 16

 





C'est sûr, la lumière, parfois, c'est éblouissant.

Toi dans le noir tu ne distingues plus rien.

Tu te laisses bercer dans des illusions.

Tu sens de l’amour qui s’évapore.

Tu pleures sur ce qui n’est plus.

Tu te révoltes et tu jures qu’on ne t’y reprendra plus.



Xavier Lainé

16 avril 2025