jeudi 23 janvier 2025

Chaque jour t’évader 16

 





Spirale infernale

L’oeil rivé sur tes écrans

Suivant en continu tes séries

Tu ne sais plus qui tu es

Tu ne te ressembles plus

Tu n’es plus que l’ombre de toi-même


Alors

Offrir des livres

Quelle drôle d’idée


*


Lire

Lire jusqu’à l’ivresse

Se saouler de mots

De phrases

De pensées

Qui toutes entrent en résonance

Avec la vie telle qu’elle est


*


Comment effacer l’empreinte des violences

Elles restent là comme marquées au fer rouge

Impossible de faire comme si

De passer outre


Même une fois la paix revenue

Il demeure ce fond de méfiance

Imprégné de peur que ça recommence


Il y a une inscription corporelle de la violence



Xavier Lainé

16 décembre 2024


mercredi 22 janvier 2025

Chaque jour t’évader 15

 






Que reste-t-il de notre humanité

Une fois amis et familles déchirés


Que te reste-t-il

Sinon plonger plus que jamais

Entre les pages de la tolérance

Avec maigre espoir de partage


Pourtant le temps s’annonçait beau

Mais voilà que colère emporte tout

Il n’y a pas que sur Mayotte

Que les typhons commettent leur outrage


Voilà qu’un dimanche serein

Se noie dans les invectives


L’amour s’effondre à chaudes larmes

Une fois la table désertée


Tu pleures

Puis rejoins la compagnie des livres

Pour tenter d’oublier

Cette violence du monde

Qui gagne comme gangrène

Jusqu’autour de ta table


Tu n’oses plus bouger

Tu n’oses plus rien dire


Il n’y a plus rien à dire

Sinon pour déplorer

L’envol de ce qui fut



Xavier Lainé

15 décembre 2024


mardi 21 janvier 2025

Chaque jour t’évader 14

 





Les nouvelles prison ont d’étranges barreaux

Des murs invisibles

Des portes fermées au double tour de la dépossession


Elles sont inventées par des démiurges 

Dans des laboratoires hautement perfectionnés

D’où partent les informations nécessaires

À nous convaincre que nous avons besoin

De leurs inventions


En ces nouvelles prisons

Nos esprits hagards errent

Convaincus de lire sur des écrans

La pure vérité


Ce ne sont que camisoles technologiques

Qui nous enserrent chaque jour un peu plus

Dont il est presque exclu de se libérer

Tant pouvoirs et profits

En font l’alpha et l’omega 

De toute vie en société


Prisonniers de ces objets

L’esprit façonné par le déluge informationnel

Englués de crédits pour être toujours à la pointe

De ce qu’ils nous font prendre pour lanternes

Quand ce n’est que brouillard jeté sur nos vies


L’attention clouée sur des écrans sans âme

Pris dans le piège de la spirale consumériste

Nous voici comme oiseaux après une marée noire

Englués et hagards



Xavier Lainé

14 décembre 2024

lundi 20 janvier 2025

Chaque jour t’évader 13

 





Le gris domine

Celui-là qui couvre le ciel

L’autre qui envahit l’espace du coeur


Le gris domine

En vagues successives

Il te conduit en l’hiver du coeur


C’est peut-être ça

Tu te dis

Vieillir

Entrer en l’hiver du coeur



Xavier Lainé

13 décembre 2024


samedi 18 janvier 2025

Chaque jour t’évader 12

 





Alors boire jusqu’à la lie

À la coupe des absences

Rêver encore et toujours

De ce mince filet

Capable d’arrêter la cascade des mots

De leur donner une cohérence

Dans l’absurdité d’un temps sans

Sans gloire et sans finesse

Un temps qui te laisse pantois

Sur les chemins d’un exil intérieur


Car tu en es là

Tu prends des chemins d’errances

Pour fuir l’inexorable bêtise

Celle qui pousse autour de toi

Tant d’être en des agitations stériles

On ne construit pas un monde

Sans prendre le temps 

D’en imaginer les fondations


On ne construit rien 

Lorsque les murs sont rongés par la corruption

Gangrenés par le sang versé des innocents

Rien ne vient dans l’isolement de chacun

Tu le sais depuis longtemps

Ce qui te tisse en ton humanité

C’est le talent de joindre soif de savoirs

Élan de création au milieu du champ de ruines


Désormais que l’humanité se fourvoie

À avancer en aveugle sur le terrain miné

Où sévissent les destructeurs

Tu attends



Xavier Lainé

12 décembre 2024


vendredi 17 janvier 2025

Chaque jour t’évader 11

 





À peine les lumières éteintes

Ils sont comme des lucioles qui animent 

Le noir de ton ciel


Tu crois pouvoir t’endormir

Mais ils sont là et s’agitent

Mouvement brownien 

Qui s’agglutinent puis se séparent

Défilent à grande vitesse

Striant ton sommeil introuvable

D’une longue procession éphémère


Tu voudrais pouvoir te lever et les saisir

Ces milliers de mots qui feraient peut-être poème

Si tu trouvais le chemin vers le filet des pages

Où ils pourraient enfin se déposer 

Libérant ta nuit de leur incessant cortège


Que nenni tes paupières sont trop lourdes

Il te reste au matin l’impression 

D’avoir raté un rendez-vous important



Xavier Lainé

11 décembre 2024