jeudi 16 janvier 2025

Chaque jour t’évader 10

 





Surtout ne pas surfer sur la vague des modes

À la superficie de ces mondes immondes

Où une vie n’en égale pas une autre

Où l’on s’émeut plus du ruissellement des milliards

Dans l’escarcelle d’une église

Que pour la faim et le froid sur les trottoirs de l’infamie


Dès lors tu plonges en eaux profondes

En quête des trésors oubliés

Ceux qui nous forgent en humanité


Amour

Paix

Liberté


C’est en cette quête 

En cette soif immense

En cette faim absolue

Que toujours tu te réconcilies

Avec ton âme


*


Comme un corps qui se durcit

Lorsque sonnent ses derniers instants


Tu t’y heurtes à ce mur

Il t’impose ses visions d’impasses

Qui te forgent en l’idée de l’impossible


Il faudrait pourtant dénouer 

Le filet qui nous prive de tout espace

Qui contraint ta respiration

Te plonge et te replonge

Dans la baignoire des amertumes


La liberté comme un leurre

Au bout de ce chemin semé d’embûches

Et toi vacillant entre les ronces

La peau déchirée de t’être trop battu


Non

On ne se bat jamais trop

Toujours sont insuffisantes nos luttes

Si nous visons notre devoir d’humanité


Lutter contre le courant qui t’emporte

Qui fait de toi un jouet entre les mains des puissants

Ils ne lésinent pas sur les moyens

Pour corrompre tout ce qu’ils touchent


Et toi tu restes là

Avec tes rêves plein les poches

Un peu hagard d’avoir tenté de faire tomber le mur



Xavier Lainé

10 décembre 2024


mercredi 15 janvier 2025

Chaque jour t’évader 9

 





Et puis alors

Tu traines ton amertume

D’heure en heure elle s’étire

Jusqu’à la limite de la rupture


Tu regardes le chemin parcouru

Ne sais plus depuis quand 

Tu voyages avec nostalgie

Sans bouger de ton petite espace

Ton espèce d’espace

Pavé de mots entre deux silences


Parfois tu sautes de mot en mot

Pour passer le gué de ton blues

Pour ne pas sombrer sous son emprise

Faire naufrage avec le monde

Qui ne cesse d’entretenir sa maltraitance

Sur les échines courbées


Tu tentes de vivre debout

De ne pas accepter le joug des productivités

De maintenir à flot ton esquif d’humanité

Parfois tu rêves


Tu rêves de pouvoir poser ta tête fatiguée

Sur l’oreiller de l’amour

Pour goûter encore avant qu’il soit trop tard

Les plaisirs éphémères d’une vie maussade


Tu avances tes mots à pas feutré

Tu ne sais en quelles têtes ils pourraient résonner

Tu avances sans te soumettre



Xavier Lainé

9 décembre 2024


lundi 13 janvier 2025

Chaque jour t’évader 8

 





Tu cherches ce qu’il te faudrait écrire

Ce qu’il faudrait délivrer de la gangue de silence

Qui s’est infiltrée dans toutes vies

Jusqu’à en étouffer les moindres sourires


Dès lors tu commets l’erreur

Celle d’ouvrir tes bras à l’inconnu(e)

De plonger dans cet abîme

Que certains nomment amour

Qui n’en est que vain désir

Aussitôt oublié en filigranes de la page


Tu cherches tes mots

Un vent violent secoue tes pensées

Ici et là des âmes en peine errent

Elles franchissent les frontières ténues

Comme elles le sont toutes

Ténues

Fixées de mains d’homme

Jaloux de leur bien mal acquis

Hommes qui brandissent leur titre de propriété

Sur une terre qui nous est commune


Hommes qui se prennent pour des dieux

Qui se couronnent dans des cathédrales de prétentions

Que la foule adule et adore

Tandis que sur les trottoirs du siècle

On crève


Tu cherches tes mots

Ils ne sont pourtant pas loin

Ils sont le fruit d’une nausée

Devant la débauche des fortunes



Xavier Lainé

8 décembre 2024


dimanche 12 janvier 2025

Chaque jour t’évader 7

 





Bien sûr qu’on te façonne l’esprit

Comme on te fabrique une vie

Il en est si peu à pouvoir se prétendre libres


On ne te parle que de ce qu’on veut

Histoire de te faire croire en de beaux contes

On ne te dit pas le revers du décor

Les « on » sont si nombreux

Qui ont assimilé les discours

Puis te les répètent à l’envie

Les « on »


On te fait croire en des mirages

Les grandes civilisations

Qui commencent avec certains hommes

(Mâles s’entend et plutôt blancs de surcroit)

Qui se prennent pour des dieux

Se font bâtir temples et tombeaux

Par des esclaves sans valeur à leurs divins yeux


On te fais croire en ceci

Enfant tu ouvres des yeux émerveillés

C’est si beau une pyramide d’Egypte

Tellement magnifique un Parthénon

Que tes yeux et ton esprit

Jamais ne s’en remettent tout à fait


C’est beau en effet

Mais si tu songes au sang des esclaves

Répandu pour cette splendeur

Tu es en droit de t’interroger

Sur les sornettes savamment infiltrées

En ton cerveau malléable



Xavier Lainé

7 décembre 2024


samedi 11 janvier 2025

Chaque jour t’évader 6

 




Les mots taris

Demeure le silence


*


Les voilà

Les enfants du siècle

Ils accumulent les objets inutiles

Mais pas cher

Aussi vite achetés

Aussi vite oubliés


Les voilà

Ils entassent vêtements portés qu’une fois

Vite oublié sur l’escalier de leur malheur

Car ils ne sont pas si heureux

Les enfants de la consommation reine

Qui paradent dans les rues

Comme des panneaux publicitaires

Pour les marques qui les asservissent


*


Tu navigues avec ce goût d’amertume

Cette nausée qui te prend devant pitoyable spectacle

Tandis qu’on meurt à Gaza comme ailleurs

Qu’on crève de froid dans les rues

Qu’on souffre en silence de la faim

Aux portes des palais

Ils se battent pour devenir grand vizir

Prolongeant la peine des exclus 



Xavier Lainé

6 décembre 2024