dimanche 3 novembre 2024

Temps étranges 7

 





L’abîme

Toujours l’abîme


7 octobre

7 OCTOBRE


Comme suspendu en l’air

Comme si rien avant

Comme si rien après


Rien sur les milliers de morts

De femmes 

D’enfants

D’écoles éventrées

De maisons détruites


Rien sur les bombes

Tombées en aveugle

Sur celles et ceux

Qui ne demandaient qu’à vivre


7 octobre

7 OCTOBRE


L’abîme

Toujours l’abîme


Au crime répond

Toujours plus de crimes

À la guerre 

Toujours plus de guerre


*


Parfois on te demande

Comment tu vas

Tu ne réponds jamais par la simple affirmative

Mais que tu vas

C’est plus commode

D’aller sans te poser la question

Du bien ou du mal

Juste aller

Pour le simple plaisir de te sentir vivant

Qu’importe après le contenu

Tu tentes d’aller en humain

De toujours agir pour le mieux

Si possible sans tomber dans l’ornière

Où l’inattention aux autres

Devenue si fréquente

Te ferait choir


Qu’importe après tout 

De donner sans attendre de retour

L’important est de donner


Qu’importe de vivre sans tendresse

Ou si peu que parfois tu t’interroges

Sur la nature de tes relations

Si elles existent sans affection réelle

Qu’importe

Tu vas

Tu avances 

T’étonnant d’être vivant

Buvant à la source du silence



Xavier Lainé

7 octobre 2024


samedi 2 novembre 2024

Temps étranges 6

 





Même le ciel se met à pleurer


Ne me demandez pas ce que j’en pense

Mais quand un fragment de l’humanité

S’est affranchie de sa nature

Pour spolier et assassiner un autre

Que voulez-vous que j’en pense


Sinon dire comme le ciel gris

Et pleurer


Certains me diront qu’à ne rien dire

Ce serait cautionner les uns ou les autres

Alors qu’un crime est un crime

Un enfant qui meurt n’est d’aucune communauté


Nous en sommes là de l’horreur

Qui s’ajoute à la tragédie

De vivre devant ce spectacle terrible

Des humains comme toi

Des humains comme moi

Qui ne demandaient qu’à vivre

Meurent sous les décombres


Nul ne saurait crier victoire

Le crime perpétré ne signe que nos défaites


Même le ciel se met à pleurer

Seul dans la brume mon pas se fait lourd

L’insupportable est là sous nos yeux


*


Tu te noies

Tu te noies

Dans un flot de pages et de mot

Qu’en des temps anciens

Bonne fortune te permit d’accumuler


Tu te noies

Tu demeures rêveurs 

Au milieu de ces montagnes de mots

De pensées éparses et parfois contradictoires

Qui jamais n’abreuvent ta soif

De connaissances qui toujours t’échappent


Il te faudrait reprendre vie à son début

Recommencer ton histoire

Pour suivre d’autres chemins

Où tu apprendrais la méthode

Pour ne pas errer dans cette dispersion


Tant de choses intéressantes

Tant de sentiers à suivre

Qui vont divergents

Puis convergent à nouveau

Les uns entrant en résonance avec les autres


Tu te noies

Tu avances sans rien voir

Le bruit du monde te parvient

Un peu assourdi par tes murs de livres

Tu termines le jour dans cette ivresse



Xavier Lainé

6 octobre 2024


vendredi 1 novembre 2024

Temps étranges 5

 





Le matin s’en vient

Tu ne sais pas quoi en faire

Alors tu plonges entre les pages

Tu te noies entre les mots

Histoire d’affronter le jour

Et son bruit devenu coutumier

De bottes et de canons


*


Et quand on te fait remarquer qu’il fait beau

Ton regard se fige

Tu t’interroges sur la plaisanterie de cette remarque


Car qu’importe le beau temps

Lorsque tant dans notre humanité

Basculent dans la terreur et l’angoisse


*


Dans un silence pesant 

Tu articules tes propres mots

C’est acte de résistance

Perdu entre les murs

Au long des avenues

Où se presse la foule 

Prise dans ce mouvement brownien

Incessant manège

Où ton âme ne cesse de pleurer

Devant les plaies sanglantes



Xavier Lainé

5 octobre 2024


jeudi 31 octobre 2024

Temps étranges 4

 





De quoi serions-nous capables si

Si seulement nous allions d’un pas amoureux

Suivre les chemins creux

Mains ouvertes à ceux qui sont tombés


Tu écrivais 

Tu voyais venir

Cette guerre pire que la guerre

Celle qui peut frapper n’importe où

N’importe qui

Aveugle à l’âge

Indépendante d’un « front »

Capable de tuer tout ce qui bouge

Tout ce qui vit 

Tout ce qui vibre d’émotion et d’amour


Cette guerre aveugle

Qui en appelle toujours une pire

Car elle frappe sans discernement

Tue des innocents 

Indifférente à leurs cris 


De quoi serions-nous donc capables si

Si seulement nous nous levions tous 

Contre toutes les guerres

Contre tous les crimes

Quelqu’en soit l’auteur

Pour la seule humanité des victimes


*


Alors tu plonges

Un Requiem dans l’âme

Mozart qui te contemple


Lacrimosa

Lacrimosa


Car ne sont que larmes

Et pure beauté

Pour tenter encore de vivre

En monde si sombre

Qu’un enfant qui meure

En laisse tant indifférents



Xavier Lainé

4 octobre 2024