dimanche 20 octobre 2024

À vue d'oiseau 23

 





Alors parfois me lève et me dit qu’à quoi bon écrire encore ?

Ressasser les mêmes antiennes éculées, me fatiguer à chercher les mots coups de poings rageurs qui réveilleraient des torpeurs.

À quoi bon encore ?


Regardez : il y a ceux qui ont droit à

La parole

L’écriture

Ceux qui pérorent à la face des médias

Ceux dont l’art est reconnu 

Et puis les autres

Ceux qui ne sont rien

Ceux tout juste bons à se taire

Qu’on regarde de haut 

Lorsque dans une arrogance insupportable à la bourgeoisie

Ils tentent de se hisser non au sommet de leur art

Mais tout simplement de jouer des coudes

De se faire une toute petite place 

Un parmi les humbles

Mais existant.


Existant :

Combien ne sont qu’ombre en ce monde dominé ?

Combien qui chaque jour tentent de respirer

De survivre encore un jour

Sans trop savoir pourquoi

Car chaque lendemain les écrase un peu plus

Que dire et qu’écrire qui soit audible et lisible

Qui ne suscite point petit sourire de commisération

Aux lèvres de tristes bourgeois sûrs de leur réussite ?



Xavier Lainé

24 septembre 2024 (1)


samedi 19 octobre 2024

À vue d'oiseau 22

 





J’ai rêvé qu’avec ton talent d’observation tu trouverais bien une manière de faire et de dire

Une manière de faire respecter ce qui ne l’est pas

Une manière aussi de chuchoter des mots d’amour aux oreilles de ceux qui ne veulent pas entendre

Une façon d’inviter à la paix alors qu’elle est sans cesse compromise


Avant de t’évanouir dans l’automne

Tu m’avais dit ton chagrin devant le triste spectacle 

Que nous autres humains donnons aux vivants qui nous sont si proches

Car issus de cette même terre qu’une poignée de fanatique sacrifient

Et nous avons pleuré de concert car ma souffrance était la même que la tienne


Il semble que ce soit chose inconcevable sans être accusé de « sensiblerie » que de dire souffrir autant que les vivants qui m’entourent

L’invitation est toujours à regarder ailleurs que là où nous mènent nos erreurs

Qu’il suffirait de regarder un beau coucher de soleil pour être rassuré

Il n’en est rien


Comment saurais-je me faire pardonner de sentir ainsi ce qui cause notre perte

Comment de partout ce que je regarde et que toi, l’oiseau multicolore anthropologue tu m’invitais à observer

Ce naufrage assuré si nous restons de marbre devant les cataclysmes qui se succèdent

Orage par ici

Coulées de boue ailleurs

Noyés par milliers sans que rien ne change aux causes de leur fuite



Xavier Lainé

23 septembre 2024


vendredi 18 octobre 2024

À vue d'oiseau 21

 





L’oiseau anthropologue s’est bel et bien envolé

Vers d’autres cieux plus cléments sans doute

A-t-il accompli sa grande migration


Me voilà devant ce vide

Le ciel roule des nuées noires

L’automne s’avance sans masque


En d’autres lieux qui se croient de gouvernance

On fomente le pire à l’abri du pouvoir

Le déni de la parole commune

Ne s’est jamais si bien porté


Que ne feraient-ils pas

Les bonimenteurs abreuvés de finance

Pour conserver leurs fortunes mal acquises


Ils s’assoient sur toutes velléités de contestation

Brisant dans l’oeuf toute révolte

Ils ne savent qu’interdire

Brider

Emprisonner


Pauvres gens qui espéraient encore

Que « démocratie » saurait vous protéger

Nous voilà gros Jean comme devant


Même plus la moindre larme

Les siècles passent

L’esprit de domination demeure



Xavier Lainé

22 septembre 2024


jeudi 17 octobre 2024

À vue d'oiseau 20

 





Avec leur émissaire

Il semble que tous les oiseaux aient décidé de se taire

Il s’ensuit un profond silence

Interrompu par l’agitation humaine


Je voudrais m’en amuser

Trouver joie derrière ce trafic incessant

Je n’y arrive pas

C’est comme si une fuite permanente  s’était installée

Mais pour fuir quoi

Pour vivre en quel déni

Je l’ignore


Je cherche désespérément le pépiement sur ma génoise

Mes yeux sillonnent le ciel

Ne rencontre que le bleu lavé d’un vent qui souffle en rafales


Mes oreilles bourdonnent du silence tissé d’indifférence

Qui semble accompagner nos pas d’humanité perdue


Car un cri d’enfant déchiré par les bombes

C’est un coup de poignard en mon coeur de père


Une femme violée et étranglée

Ce sont larmes de deuil sur mes souvenirs amoureux


Où donner de la tête en ces temps d’infortune

Vers où diriger nos mots pour sortir de cette tragédie quotidienne

Où trouver refuge quand il semble que gens de pouvoirs

Ne connaissent aucune limite à leurs infamies



Xavier Lainé

21 septembre 2024


mercredi 16 octobre 2024

À vue d'oiseau 19

 





Mon bel oiseau multicolore

Mon observateur attentif des habitudes humaines

Semble s’éloigner chaque jour un peu plus

Il m’a laissé sa plume entre les mains

Mais je suis gourd à la manier en son absence

Je ne peux qu’accrocher aux branches du marronnier d’en face

Mes rêves qui seuls savent le rejoindre 

L’entendre et comprendre son langage


J’ai peine à quitter le territoire ouvert de ses mots

Ouvert sur nos maux qui comme glu nous collent à la peau

J’ai cru voir mon oiseau lui-même englué

D’une marée noire soudaine dans des orages apocalyptiques

Des coulées de boue en emportait le souvenir

Et moi je restais sur la rive un peu abasourdi

De voir arriver à grand fracas ce qui était si prévisible


D’un peu partout ce que mon bel oiseau multicolore avait senti

Montait les sourdes plaintes des opprimés blessés

On ne pouvait désormais plus être sûr de rien

Tant les obscurs au pouvoir savaient manipuler leurs technologies

En les détournant à des fins nauséabondes et assassines

Eux qui stigmatisaient comme terroriste leurs opposants

Se mettaient à leur tour à user et abuser de leurs pouvoirs criminels

Tuant à l’aveugle toute vie autour de leur camp retranché


Mon oiseau s’est tu devant l’horreur absolue

Dont mes congénères se rendirent capables

Je l’écris au passé car c’était hier que notre monde a basculé 

Dans le vide abyssal de sa non-humanité



Xavier Lainé

20 septembre 2024


mardi 15 octobre 2024

À vue d'oiseau 18

 





Petite mise au point du plumitif de service


J’étais un peu surpris

Le premier jour

Devant cet oiseau multicolore

Posé sur le fil devant ma fenêtre

Je l’entendais s’égosiller

Me demandais ce qu’il me voulait


Jour après jour il est revenu

Lorsque la fenêtre était fermée

Il tapait au carreau

Je n’avais aucun moyen de traduction

Depuis le langage volatile

Alors je restais là à l’écouter


Peu à peu ce fut comme si sa langue

Se mettait à glisser sous mes doigts

Il me prêta une de ses plumes

Qui se mit à glisser sur le papier

Me racontant son histoire

D’oiseau anthropologue

Que son espèce avait mandaté

Pour tenter de comprendre

Les comportements de plus en plus étranges

De mes frères et soeurs humains


Je me prêtais volontiers au jeu

Riant du bon tour que ce regard allait jouer

À mon espèce triomphante et ignorante de sa fragilité



Xavier Lainé

19 septembre 2024