lundi 15 juillet 2024

Un goût amer 20

 





Lentement mais surement les masques tombent

Ceux qui se faisaient passer pour rempart contre le pire

Se montrent sous leur vrai jour

Ceux qui faisaient croire être digues

Contre la marée brune

Montrent qu’ils n’en étaient que canal

Ouvrant la porte à la lie

Pour conserver leur pouvoir solitaire


Au fil du temps on finit par se croire dans l’erreur

À toujours prévenir l’horreur des temps à venir

Tant ils sont inscrits dans les stratégies et comportements

On croit s’être trompé

On reste médusé d’avoir vu venir la tempête

Alors on ferme les yeux

Les souvenirs entrent 

Et dansent tout autour du repos

En une sarabande infernale


Les diables de l’esprit sortent

Et entonnent leur litanie

« Mais pourquoi donc es-tu resté dans la marge

Puisque tu voyais venir les mauvais coups »

Les diables de l’esprit sont de bons petits diablotins

Ils trempent leurs mots dans le fouillis des lectures

Ils aiguisent le regard pour qu’il veille

Ils entraînent les doigts à écrire

Le tableau dressé les mots demeurent

Ceux qui désormais se lamentent ou paraissent surpris

Ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas


*

« On n’a pas essayé »

Qu’ils disent


Ce n’est vrai qu’à la condition d’oublier l’histoire


Et parfois

Les essais vous explosent à la figure

Demandez donc aux allemands

Ils ont essayé

Ils en gardent encore le cuisant souvenir

Et ceux qui s’étaient réfugiés ici

C’est la police française

Qui les interna au camp des Milles


Alors ce genre d’essai

On pourrait peut-être s’en passer

À moins de considérer qu’il est trop tard

Madame cafard

Et qu’il nous faille boire la coupe

Jusqu’à l’hallali


Jusqu’à l’hallali de toute humanité

Jusqu’à extinction de tout amour des autres


Essayer ce serait perdre

Pour ne pas écrire

« Ce sera »



Xavier Lainé

20 juin 2024


dimanche 14 juillet 2024

Un goût amer 19

 





Survivre dans le flot boueux

Ne pas étouffer sous le couvercle des affirmations péremptoires

C’est une tâche difficile


Ça tourne 

Ça chancelle

Où se trouve encore l’étincelle

Nul ne le sait

Puisque chacun vit

Au bord de la nausée

Dans ce maelström 


Ce qui se paie désormais

Toutes ces années de démolition en règle

Cet art consommé de rendre la vie des plus humbles

Effroyablement compliquée


Ce qui se paie désormais

Cette manière de rendre toute contestation suspecte

De considérer toute parole contraire

Comme acte de terrorisme


Ce qui se paie et se paiera encore

De cette foire aux ego

De gens qui ont oublié leur rôle

Qui serait de nous donner les armes

Pour mieux défendre nos vies sans cesse agressées


Car face à la violence d’un Etat passé au service d’une minorité

Il nous faut prendre les armes de l’intelligence pour renverser la tendance



Xavier Lainé

19 juin 2024


samedi 13 juillet 2024

Un goût amer 18

 





Si longtemps n’avez pas cru

Qu’en terre des droits de l’homme

Le pire pouvait de nouveau

Montrer son mufle hideux


Pas faute d’avoir dit

D’avoir écrit


Pas faute d’avoir tenté

D’analyser les faits

Qui conduisent au désastre


Est-ce propension humaine

Que de ne voir le mur

Qu’à l’instant de le heurter


Certes pas possible

De refaire l’histoire

Il est certains vers dans le fruit

Qui le rendent amer

Immangeable 

Irréparable


Le pire est celui du racisme

De la xénophobie

De la peur de l’autre savamment distillée

Par des gens de pouvoir

Dont nous aurions pu attendre autre chose

Qui à l’heure grave se réveillent 

Après avoir semé l’ivraie 



Xavier Lainé

18 juin 2024


vendredi 12 juillet 2024

Un goût amer 17

 





Il te reste le rêve

D’un monde fraternel 

Plus inspiré par l’amour

Que par l’argent


Il te reste le rêve

Tu t’y accroches

Espérant encore 

En un sursaut d’intelligence


Un humain n’est pas plus ni moins

Qu’un autre humain

Quelque soit son statut social

La couleur de sa peau

Ses options de genre

Sa culture

Sa philosophie

Sa religion


Un humain en égale un autre

Ce n’est pas une question de fortune

Ce n’est pas une question de supériorité

À défaut c’est toute l’humanité 

Qui tombe et se noie


*


Les troubles de l’attention font florès

Ils se traduisent comme symptômes

D’un monde où chacun ne vit que pour soi

Oubliant l’autre ou l’accablant d’exigences


Dans cette pathologie fort répandue

On ne comprend pas les besoins ou les désirs

De ses semblables à qui on ne cesse de tout demander

Sans jamais rien lui donner 


On ne voit rien des fatigues

Des lassitudes jusqu’à ce que l’autre

Dans un sursaut de survie

Ne décide seul de faire défaut



Xavier Lainé

17 juin 2024



jeudi 11 juillet 2024

Un goût amer 16

 





Ce que nous prenons comme une menace

Un danger imminent se traduisant en recul

Mais qui s’est installé depuis si longtemps

Que nous n’y prêtons aucune attention

Car nous n’avons cessé de nous cramponner

Aux fruits glorieux d’un passé

Où l’humanité croyait en un progrès

Qui serait sans limites


Les industriels en deux siècles

Nous ont fait prendre leurs lubies

Pour signe d’une avancée

Dont nous serions les grands gagnants

Pour eux la ligne de leurs profits

Était le pendant de notre soumission

Mais il fallait surtout que nul n’en sache rien

Alors ils posèrent sur nos yeux les masques


Masque de la consommation sans limites

Masques du « bien-être » individuel

Masques de la petite gloire arrachée

Masques d’une misère cachée sous le tapis médiatique

Pris dans ce piège nul (ou si peu) n’ont vu 

Ce que cette réalité fictive pouvait cacher

Le vers introduit dans le fruit

Dès lors que frustration et désillusion s’imposaient

Nos regards furent rendus aveugles

Devant la menace qui se précisait

Sous le voile pudique de la désinformation

Alors aujourd’hui on s’alarme



Xavier Lainé

16 juin 2024