samedi 6 juillet 2024

Un goût amer 11

 





Un moment d’hallucination et d’abattement

Le pire aux portes du pouvoir

Les souvenirs qui s’imposent de nos luttes constantes

Pour que la mémoire ne se perde pas


Mais comment en est-on arrivé là

Sinon par ignorance de l’histoire

Par esprits de vengeance peut-être

Par hargne d’être dépossédé de tout 


Ce qui veut dire que quelque chose a déraillé

Que la pensée s’est dissoute dans le jargon des « communicants »

Dans la sphère des « influenceurs » 

Qui sont le symptôme de l’immaturité générale

D’une impossibilité de penser par soi-même


C’est ici que se fomente le trouble

C’est ici que le fascisme fait son entrée

Dans cette faille qui te rend immature

Qui te rend dépendant de réseaux « sociaux »

Qui n’ont de social que l’apparence

Ne sont en fait que sphères d’influences

Sans rapport aucun avec la vie


Nous sommes donc à l’heure de la rébellion nécessaire

De la résistance indispensable pour ne pas sombrer

Dans la vague du racisme xénophobe et homophobe 


Combien serons-nous à nous rendre aux urnes

Combien à descendre dans la rue

À refuser la dictature du pire ?


*


Car désormais rien à attendre du sommet

Si la base se dérobe

Ce n’est qu’une question de gravité

Il n’est de sommet à atteindre

Qu’à la prise de conscience que nous sommes la multitude

Celle sans qui rien n’est possible

L’expérience le montre


C’est ici et maintenant que tout commence

Que plus rien ne doit s’arrêter

Le néo-libéralisme ayant montré vers où il dirige nos pas

Sous le visage avenant des jeunes loups de la finance

Il ouvre la porte aux compromis avec le fascisme le plus vieillot

Pour les besoins de la finance

Hier comme aujourd’hui

Tout fait ventre


Il n’y a donc plus qu’un mot

« Résistance »

Un autre

« Rebellion »

Pour guider nos pas

Pas d’autre issue que de refuser

De marcher au pas cadencé de leur histoire

Qui ne fait que tourner en boucle

Autour des mêmes refrains rances


Peut-être alors pourrons-nous reprendre

Le chemin interrompu de la poésie

Celle qui a le temps de parler du coeur


*

Tout compter au centime près

Pour être sûr de continuer à flotter

Au dessus des intempéries


Tenir des comptes est un sport

Qui n’a aucune reconnaissance olympique

Mais qui mériterait de plus en plus souvent

Sa médaille d’or


*


Si longtemps ai écrit

Qu’il fallait nommer le pire

Ne rien céder 

Aux délits de racisme et d’homophobie


Si longtemps ai protesté

En rêvant encore que le pays des droits humains

Ne pourrait pas plonger dans ce noir absolu


Qu’à voir la montée apocalyptique

La fatigue me gagne

D’avoir si longtemps écrit

Dans le désert pour des âmes perdues


Il est vrai que lire à l’heure des « influenceurs »

Est devenu un mot grotesque

Puisque ceux-là pensent à la place de chacun

Dictent leur conduite

Aux dépossédés de la terre


J’ai honte



Xavier Lainé

11 juin 2024


vendredi 5 juillet 2024

Un goût amer 10

 





C’est sans surprise

Ou alors faut-il croire que toutes ces années

Nous avons parlé 

Écrit dans le désert

Des mots inaudibles

Dans une langue incompréhensible


C’est sans surprise

La logique est installée depuis longtemps

Dans un rhétorique implacable

Qui établit l’inégalité parmi les humains

Ouvrant la porte au pire

Dans un blanc de la mémoire historique


C’est sans surprise

Mais c’est lassant

D’avoir dit et répété

Qu’il fallait se méfier

Qu’un visage avenant 

Pouvait mal cacher la logique du pire


C’est sans surprise

Nous y voilà

Oubliant notre humanité

Pour le seul plaisir de la consommation

Repliés sur nos nombrils

Dans un prétendu « bien-être »

Qui se construirait dans la solitude

Nous voilà devant l’inévitable

Lorsque le commun se fracasse

Sur le mur d’une poignée de profiteurs


*


Qui sommes-nous à nous haïr

Pour une couleur de peau

Pour une religion

Qui


Qui sommes-nous êtres vivants

Oubliant les tragédies du passé

Pour nous livrer aux pires

Même sous le masque avenant

D’une jeunesse sans mémoire



Xavier Lainé

10 juin 2024


jeudi 4 juillet 2024

Un goût amer 9

 





Les colères du ciel se font plus fréquentes

Qui sommes-nous pour ne pas en voir le sens

Sinon pauvres mouches prises 

Au piège gluant de nos certitudes aveuglées


Mais peut-être je ne devrais plus

Je ne devrais plus me bercer de cette illusion

D’un réveil possible même tardif


Comme ceux qui nous enferment

Au nom de leurs « bénéfices »

Nous avons sans doute rompu

D’avec le sens d’exister en « terrestres »


Mais peut-être je ne devrais plus

Je ne devrais plus me bercer de cette illusion

Qu’un réveil soit encore possible


Le chemin creux des urnes est ouvert

Qui conduit parfois à la nausée

On voudrait encore y croire

En la mémoire

On voudrait

Mais il semble qu’elle soit défaillante

Qu’au pays des droits humains

On ait oublié que certains d’entre nous

Sont morts pour ne pas marcher 

Au pas cadencé des dominateurs


Le chemin creux des urnes est ouvert

Je ne devrais plus me bercer de la moindre illusion


*


On ne sait jamais

Ce que les humains peuvent faire

Parfois c’est brillant

Mais quand ça ne l’est pas

Mieux vaut ne pas y penser


On ne sait jamais

Ce que l’esprit fragilisé

Par les difficultés de la vie

Est capable de fomenter

De brillant ou de tragique


On ne sait jamais

Alors pas savoir

Du moins pas tout de suite

On verra bien plus tard



Xavier Lainé

9 juin 2024 (19h)