Un moment d’hallucination et d’abattement
Le pire aux portes du pouvoir
Les souvenirs qui s’imposent de nos luttes constantes
Pour que la mémoire ne se perde pas
Mais comment en est-on arrivé là
Sinon par ignorance de l’histoire
Par esprits de vengeance peut-être
Par hargne d’être dépossédé de tout
Ce qui veut dire que quelque chose a déraillé
Que la pensée s’est dissoute dans le jargon des « communicants »
Dans la sphère des « influenceurs »
Qui sont le symptôme de l’immaturité générale
D’une impossibilité de penser par soi-même
C’est ici que se fomente le trouble
C’est ici que le fascisme fait son entrée
Dans cette faille qui te rend immature
Qui te rend dépendant de réseaux « sociaux »
Qui n’ont de social que l’apparence
Ne sont en fait que sphères d’influences
Sans rapport aucun avec la vie
Nous sommes donc à l’heure de la rébellion nécessaire
De la résistance indispensable pour ne pas sombrer
Dans la vague du racisme xénophobe et homophobe
Combien serons-nous à nous rendre aux urnes
Combien à descendre dans la rue
À refuser la dictature du pire ?
*
Car désormais rien à attendre du sommet
Si la base se dérobe
Ce n’est qu’une question de gravité
Il n’est de sommet à atteindre
Qu’à la prise de conscience que nous sommes la multitude
Celle sans qui rien n’est possible
L’expérience le montre
C’est ici et maintenant que tout commence
Que plus rien ne doit s’arrêter
Le néo-libéralisme ayant montré vers où il dirige nos pas
Sous le visage avenant des jeunes loups de la finance
Il ouvre la porte aux compromis avec le fascisme le plus vieillot
Pour les besoins de la finance
Hier comme aujourd’hui
Tout fait ventre
Il n’y a donc plus qu’un mot
« Résistance »
Un autre
« Rebellion »
Pour guider nos pas
Pas d’autre issue que de refuser
De marcher au pas cadencé de leur histoire
Qui ne fait que tourner en boucle
Autour des mêmes refrains rances
Peut-être alors pourrons-nous reprendre
Le chemin interrompu de la poésie
Celle qui a le temps de parler du coeur
*
Tout compter au centime près
Pour être sûr de continuer à flotter
Au dessus des intempéries
Tenir des comptes est un sport
Qui n’a aucune reconnaissance olympique
Mais qui mériterait de plus en plus souvent
Sa médaille d’or
*
Si longtemps ai écrit
Qu’il fallait nommer le pire
Ne rien céder
Aux délits de racisme et d’homophobie
Si longtemps ai protesté
En rêvant encore que le pays des droits humains
Ne pourrait pas plonger dans ce noir absolu
Qu’à voir la montée apocalyptique
La fatigue me gagne
D’avoir si longtemps écrit
Dans le désert pour des âmes perdues
Il est vrai que lire à l’heure des « influenceurs »
Est devenu un mot grotesque
Puisque ceux-là pensent à la place de chacun
Dictent leur conduite
Aux dépossédés de la terre
J’ai honte
Xavier Lainé
11 juin 2024