mercredi 6 mars 2024

Debout au milieu du gué 11

 





Il faut reconnaître aux hommes le droit à l’égarement

Ce qui n’est pas absolution de leurs crimes

Mais droit à réparation


Il faut nous reconnaître ce droit d’égarement

Qui parfois nous trompe et nous pousse à trahir

Ce que hier nous défendions au nom des droits humains


Sinon à quoi bon abolir la peine capitale

Si nul droit à rédemption ne serait reconnu


Nous irions ainsi

Commettant crimes et délits

Avec pour seule certitude la punition la plus sévère


Je dis ceci après avoir lu chez Joseph Kessel

La possibilité de l’aveuglement


Car une fois close l’abomination des camps

Une fois vécue la résistance

Les atrocités de la seconde guerre mondiale

Le voici reparti en Palestine

Aux côtés des soldats d’un Etat balbutiant

Qui engageait sa guerre de colonisation

Sans un regard pour ceux qui étaient là

Que les juifs côtoyaient jusque là


Cette nouvelle abomination hésitait

Le XXème siècle en aura jeté les bases


On peut toujours comprendre

Mais pas excuser

Car les camps d’extermination n’excusent pas

D’en reproduire l’esprit 

Quelque soit l’ostracisme il est ferment d’inhumanité


On peut comprendre

Reconnaître le droit à l’égarement

Celui à l’erreur conduisant au crime

Celui d’une rédemption toujours possible

De l’homme criminel reconnaissant ses crimes

Et travaillant sur lui-même

La force de s’en guérir


Ce qui n’excuse rien

Juste permet de grandir dans notre humanité


Ce qui ne cautérise pas les plaies ouvertes par le crime

Juste d’y déposer un baume d’humanité

Juste pour éloigner le spectre des vengeances infinies

Qui ne font que semer deuil et larmes

Au coeur des humains perdus


*


Car au fond c’est ce qui anime la grandeur humaine

Cette capacité à comprendre et à inviter à ne pas rendre

Coup pour coup

Oeil pour oeil 

Dent pour dent

Encore moins à répondre par crime plus atroce

Au crime abject


C’est tout le sens de l’abolition de la peine de mort



Xavier Lainé

11 février 2024


mardi 5 mars 2024

Debout au milieu du gué 10

 




Alors je suis resté en panne 

Sous la pluie bienfaisante


Des nuées noires roulaient dans la nuit sans fin

Je ne trouvais pas mes mots

Je restais sans voix

Sur le bord de ce chemin creux

Mes oreilles aux aguets

Écoutaient et entendaient


Un murmure gagnait la Terre

Un murmure mêlé de plaintes

Un chant montait qui disait 

D’une voix rauque

Toute la tragédie d’exister

De se savoir en devoir de devenir

Humains tournant le dos aux pires 

Tournant le dos 

Aux empires

À ce que certains nomment

Civilisation

Construite dans le sang et la sueur

Des esclaves plus ou moins consentants


Alors je suis resté en panne

Sous la pluie bienfaisante


Du bord de la route 

Je faisais signe

Mais vous passiez sans ralentir

Peut-être même ne me voyiez vous pas

L’attention tellement fixée

Sur vos impératifs de survie

Sous le joug millénaire

De la mâle domination


Sous cette pluie battante

J’écoutais

J’entendais

Les sourdes plaintes ancestrales

Des esclaves plus ou moins consentants

Les mots montaient en chant

En hymne à la mémoire des riens

Des laissés pour solde de tous comptes

Dans la marge des empires 

Des fortunes colossales

Inutiles paravents

Masques de perversité

Posé sur les mufles hideux

Qui faisaient leurs choux gras

De l’exploitation sans limite des autres


Et l’autre à leurs yeux n’avait rien de semblable à eux

L’autre était cette variable d’ajustement dans les lignes

D’un chiffre d’affaire honteux


Moi

Perdu sur le bord de la route

Sous la pluie battante des détresses

Mon chant puisait à cette source

Celle où notre humanité commune se reconnaît

Hors des coffres et des bonnes fortunes



Xavier Lainé

10 février 2024


lundi 4 mars 2024

Debout au milieu du gué 9

 




Mon voisin aussi a envie de vomir

Ce doit être une nouvelle pandémie

Qui nous tord les boyaux

Nous fait fondre l’esprit

En larmes


En l’armes écrivais-je

Par un lapsus digital

En l’armes

Nous vivons dans un monde

Perdu en l’armes

Qui use et abuse de pouvoirs 

Qui font du vivant

Une variable d’ajustement

De chiffres d’affaires juteux

Et honteux


En l’armes

Écrivais-je

En larme


Que m’importent les mines compassées

Au parvis des invalides

Un mort vaut un autre mort

Que les armes de mon pays

En fausses larmes assassinent


Car on n’assassine pas seulement les vivants

On piétine les morts

On insulte les mémoires

En larmes de crocodiles

Après avoir armé le bras des assassins


Quel que soit le crime et le bras qui le commet

Un assassin est assassin quelle que soit sa croyance

Son appartenance à tel ou tel pays


Et puis j’ose

Un peuple qui conduit et reconduit à sa tête

Un criminel qui assume ses crimes

Même avec une larme de condescendance

Ne serait-il pas complice 


Un peuple qui regarde dans l’indifférence

Les crimes commis 

Au nom d’une supériorité ethnique

N’avons-nous pas déjà vu ça


Et manifesté en criant

Plus jamais ça


Et vous pouvez dormir sur vos deux oreilles

Moi pas



Xavier Lainé

9 février 2024


dimanche 3 mars 2024

Debout au milieu du gué 8

 




Parfois les mots viennent

Parfois le silence les fait taire

Alors seules les mains vont de l’avant

Elles glissent à la surface

Elles ne savent rien 

Elles se contentent de chercher


Parfois les mots s’en viennent

Puis s’en vont faire un tour

Dans les méandres de l’inexplicable

Elles suivent les routes du silence

Parfois elles libèrent le flot

Trop longtemps retenu au fond des yeux

Elles se dirigent vers la boite 

Où les mouchoirs attendent

D’éponger les flots tumultueux

Des émotions trop longtemps contenues


Parfois les mots sont inutiles

Seul le silence et les larmes séchées

Disent la tension qui se trame

Entre ce qui vibre et ce qui vit

La douleur d’exister si souvent

Tapie dans ce que les mots nomment

En étiquettes de symptômes


Les mots sont si faible à exprimer

Ce que le silence porte avec intensité

Comme un sanglot comme porte ouverte

Sur l’hypothétique soulagement



Xavier Lainé

8 février 2024