mardi 27 février 2024

Debout au milieu du gué 3

 




Difficile de quitter ce chemin 

Où me précèdent tant d’illustres


J’y chemine avec Kundera

Que suis Germain Nouveau

Main dans la main avec Kayyâm


Un peu plus loin 

Joseph Kessel discute avec Le Goff

Tandis que Edgar Morin

Partage ses pensées avec Norman Doidge

Suivi de près par Jean-Didier Vincent


Faisant un détour

Je découvre Nathalie Heinich

En grande conversation avec Philippe Breton


Tandis que Matthieu Ricard m’invite à méditer

Mon attention erre dans les chemins creux

En compagnie de Locke et Marx


Étranges rencontres en vérité

Qui m’invitent à demeurer là

Dans cette pensée nomade

Qui ne cesse de repousser les limites 


Je suis de ces éternels errants

Qui ne savent marcher qu’un livre à la main

N’en suis pas pour autant plus savant

Car tant d’autres m’attendent en embuscade


*


Parfois mes compagnons du livre m’accompagnent par défaut

Ils sont là à me guetter dans la pénombre de mon bureau

Ils chuchotent entre eux

Soupèsent mon état mental et les errements de mon esprit

Entre deux pages ils me laissent rêveur


Je ferme les yeux

Retrouve pour un instant le sommeil abandonné

Ou plutôt un demi-sommeil peuplé de douces visites

Mes fées m’emportent par de-là les murs

M’invitent en leurs antres secrètes

Me bercent de leur infinie tendresse

Je dors sans dormir

Je savoure l’instant de cet envol

La légèreté est si rare en ce monde



Xavier Lainé

3 février 2024


lundi 26 février 2024

Debout au milieu du gué 2

 




Une journée blanche

Écriture effacée sous le poids

Des nécessités


Une journée blanche

Temps passé trop vite


Une journée blanche

Rien ne vient

Sous le poids des fatigues



Xavier Lainé

2 février 2024


dimanche 25 février 2024

Debout au milieu du gué 1

 





C’est l’heure

Celle où les bouches s’ouvrent

Où les plumes trempées dans l’encrier

Les doigts pleins d’encre

Tissent leurs mots et dénoncent


C’est une étrange pratique

La dénonciation

Elle permet à celui qui dénonce

De se refaire une morale

En disant après coups

Ce qu’il aurait pu combattre

Sur le moment


Mais sur le moment 

Ha la belle confusion

Semée de main de maître

Par pervers garanti cent pour cent au pouvoir

Pouvoir de décider en méconnaissance des choses

Pouvoir de vie et de mort sociale

Sans état d’âme ni remords


On peut toujours dénoncer après coup les forfaitures

Ceux qui furent blessés et délaissés

Stigmatisés et meurtris au plus intime de leur vie

Qui durent plier sous le joug ou se démettre sans filet

N’ont rien à pardonner

Leur métier fut souillé et leur âme assassinée

Mais le triste pouvoir est resté là

Droit dans ses bottes de pernicieuse suffisance


C’est l’heure où les bouches s’ouvrent

Les petits compromis et les accointances financières

Affleurent enfin et trahissent

Ce qui fut de honte et de mépris

Voisin dénonçant son voisin

Soupçon généralisé et mort sociale assurée


Les bouches peuvent toujours s’ouvrir

Qui hier se taisaient par peur d’y passer à leur tour

Pleutres citoyens qu’un minuscule virus poussaient à la délation

Pleutres responsables jetant l’opprobre sur gens honnêtes

Car c’est honnêteté que de ne pas tout avaler comme vérité

C’est honnêteté que de garder l’esprit libre et critique

Quand tout le monde marche au pas cadencé des soumissions


Les bouches s’ouvrent

Les plumes se trempent dans l’encrier

Les doigts pleins d’encre montrent les tâches indélébiles

Que je sois des morigénés d’hier m’ouvre les yeux

Sur cette hypocrisie qui domine le monde

Un monde que les contraintes d’hier me poussent à quitter

Pour ne surtout pas ressembler à ceux qui criaient 

Avec les fauves de la soumission

Au délit de complotisme 

Quand il s’agissait de réfléchir et de penser

Pour conserver au moins 

Un minimum de dignité



Xavier Lainé

1er février 2024


samedi 24 février 2024

Les années passent ! 31

 




L’année avait un mois

Les voeux s’étaient fanés

Le froid gagnait les délaissés

Sur les trottoirs de la misère


L’année n’avait qu’un mois

Quelle clameur pourrait

Soulever les coeurs

Réanimer les esprits


L’année s’écoulait

Dans la liquéfaction

Des mémoires engluées

Dans l’âpre nécessité


De vivre


De vivre à bras ouverts

À intelligences déployées

À coeurs vibrants de vie

Nous avions soif et faim


De vivre


Nous attendions le soupir

Le chant et l’amour

Où ne s’immiscait que violence


Quelque chose

Qui relève de l’amour enfin

Qui soit d’entraide 

Où les enfants perdus 

Retrouveraient le sourire


De vivre


Je rêve

Bien sûr 

Je rêve


De voir des regards vivants

La gaité gagner les rues

Dans une immense farandole

De rires


Pas pour rire

Pour vivre

Seulement


C’est si simple exigence



Xavier Lainé

31 janvier 2024