mardi 20 février 2024

Les années passent ! 27

 




Je te disais sérénité

Mot étrange en ma bouche

Si souvent révoltée


Je te disais sérénité

C’était vrai et faux en même temps

On a toujours de ces moments

Qui y ressemblent

Mais si éphémères instants

Qu’on voudrait les amarrer

Au port d’attache de l’avenir


Je te disais sérénité

Mot étrange en ma bouche

Si souvent révoltée


Je te disais sérénité

Mais peut-être les lettres

S’étaient mélangées

Pour dire un mot plutôt qu’un autre

Sérénité vaut bien sévérité

Et j’oscille si souvent entre les deux

Que c’en est à donner le tournis


Je te disais sérénité

Mot étrange en ma bouche

Si souvent révoltée


J’ouvrais grand mes bras

Tu venais t’y blottir en silence

La sérénité y venait avec toi


*


Je ne suis pas poète

À regarder le spectacle de la poésie

Je ne me sens pas de ce monde là


Si je l’étais

Ce serait pour être au monde

Naître au monde

Le regarder droit dans les yeux

L’engueuler un bon coup

Quand je le sentirai parti

Sur la mauvaise pente

Glissante  de nos plus vils penchants


Je ne suis pas poète

Que m’importe au fond

Qu’un système fascisant

Nomme pour présider

Aux festivités annuelles

Quelqu’un qui lui ressemble

Si je devais être poète

Ma poésie serait dans les rues

Battrait les campagnes

Comme le fit avant elle

La poésie de Queneau


Je ne suis pas poète

Je ne tourne pas 

Autour de mon nombril

En le trouvant sublime

Je ne montre pas mon cul

Je ne chante pas des chansons triviales

Qui amusent les bourgeois

En mal de sensations fortes


Il se trouve que je ne suis pas de ce monde

Où être poète c’est être invité

Au sinistère de l’inculture

Pour dire ses vers nus

Pour proclamer sa parole reconnue

Je ne suis donc pas poète

Si certains me disent ainsi

Je ne comprends pas de quoi ils parlent

Je me contente d’être au monde

Pour le regarder droit dans les yeux

Et décrire ses rouages secrets

Ceux que personne ne nomme 

Ni regarde surtout s’ils sont poètes


Que m’importe le printemps

Du moment que j’ai l’hiver

Et puis l’été et puis l’automne

Pour coucher mes mots comme ils viennent

Sur le papier glacé d’effroi

Où ma vie oscille entre désir et réalité

Mes mots ne plaisent pas aux bourgeois

Quelle que soit leur opinion

Les bourgeois snobent mes mots

Je ne leur en veux pas

Je ne suis pas de leur monde

Je ne parlerai pas de mon cul

Pour qu’ils parlent de moi

Ce moi exécrable qui n’est pas poète

Juste jongleur de mots

Sur des pages de colère



Xavier Lainé

27 janvier 2024


lundi 19 février 2024

Les années passent ! 26

 




Je lis

Bien avant les premières lueurs de l’aube

Je lis

Monte en moi la petite chanson

« Plus je lis moins je sais »

Plus je lis plus je mesure

La défaillance de mon savoir

La petitesse de ma plume hésitante

Tandis que dehors la nuit poursuit sa route

Que vous dormez

Ou peut-être déjà 

Vous préparez 

À attaquer le jour

Par sa face laborieuse

En serrant les dents et les poings

Pour ne pas faiblir


Je lis

J’écris des pages si vaines

Que parfois voudrais que ce flot s’arrête enfin

Mais toujours la tempête des mots

Qui répondent à d’autres

Toujours bien mieux écrits

Les mots s’emmêlent et m’emportent

Les doigts s’en voudraient

De ne point taper rageurs 

Sur le clavier d’une vie perdue

À écrire des pages vaines

Le coeur éperdu



Xavier Lainé

26 janvier 2024


dimanche 18 février 2024

Les années passent ! 25

 




Le rance se déverse comme fiel

Il s’insinue partout

Corrompt les esprits les plus bienveillants


Le rance semble insignifiant

Il est pourtant là

Tapi dans l’ombre du monde


Lorsque le rance se montre

Au grand jour des pouvoirs

Il est bien souvent trop tard

Pour en endiguer le cours


Le rance se nourrit

Des instincts les plus vils

Il se vautre dans la fange

Des idées toutes faites


Le rance ne fait pas dans la nuance

Il fait ses choux gras de l’ignorance

Il se vrille avec bonheur

Au centre même des rancoeurs


Il n’y a pas loin de la révolte irréfléchie

Au rance le plus obscur qui lui tend les bras

On croit avoir manifesté sa colère

On se réveille déçu et meurtri

D’avoir confié son sort

À plus triste pouvoir



Xavier Lainé

25 janvier 2024


samedi 17 février 2024

Les années passent ! 24

 




Alors bien sûr on est toujours injuste

Alors on s’en veut de l’avoir été

Alors on voudrait revenir en arrière

Rembobiner le film non numérisé


Alors je sais bien qu’il en est

Des justes qui dans leur coin

Font ce qu’ils peuvent 

Pour façonner un autre monde

Sans verser dans les idéologies bornées


Il en est

Je ne sais si j’en suis

Si souvent je les admire

Les engagés en tous genres

Qui poussent et se font tabasser

Pour ne pas penser comme le siècle l’exige


Il en est 

Dont j’ignore si je suis

Qui franchisse la frontière

Entre le bien pensant et l’action

Ils tentent simplement de survivre

Sans céder d’un pouce leur « éthique »

Et là j’en suis

Je n’ai jamais cessé d’en être

Avant même que ceux-là soient nés


Il faut admettre de payer le prix

De nos insoumissions au monde perverti



Xavier Lainé

24 janvier 2024


vendredi 16 février 2024

Les années passent ! 23

 




Parfois tu te crois seul(e) à sentir la nécessité

De fuir un temps glauque

De propos embrouillés en paroles assassines


Ce n’est qu’illusion

Il suffit d’écouter et d’entendre

La lassitude des corps

L’épuisement des esprits

Devant l’avalanche d’inhumanité


Parfois tu te crois seul(e) à sentir la nécessité

De couper les informations

Te plonger dans les livres qui t’emportent

Loin d’un monde qui se noie

Dans la violence et la haine



Tu ne l’es pas seul(e)

C’est simplement que dans le nombre

Chacun s’imagine solitaire

Plié sous le poids des mauvaises nouvelles

Des agressions permanentes


Tu ne l’es jamais seul(e)

C’est juste que nous ne savons pas

Comment conjoindre nos énergies

Et virer les fâcheux

Cramponnés à leur piètre pouvoir

Mais en abusant de toute leur force

En nous faisant croire en notre solitude



Xavier Lainé

23 janvier 2024