lundi 19 février 2024

Les années passent ! 26

 




Je lis

Bien avant les premières lueurs de l’aube

Je lis

Monte en moi la petite chanson

« Plus je lis moins je sais »

Plus je lis plus je mesure

La défaillance de mon savoir

La petitesse de ma plume hésitante

Tandis que dehors la nuit poursuit sa route

Que vous dormez

Ou peut-être déjà 

Vous préparez 

À attaquer le jour

Par sa face laborieuse

En serrant les dents et les poings

Pour ne pas faiblir


Je lis

J’écris des pages si vaines

Que parfois voudrais que ce flot s’arrête enfin

Mais toujours la tempête des mots

Qui répondent à d’autres

Toujours bien mieux écrits

Les mots s’emmêlent et m’emportent

Les doigts s’en voudraient

De ne point taper rageurs 

Sur le clavier d’une vie perdue

À écrire des pages vaines

Le coeur éperdu



Xavier Lainé

26 janvier 2024


dimanche 18 février 2024

Les années passent ! 25

 




Le rance se déverse comme fiel

Il s’insinue partout

Corrompt les esprits les plus bienveillants


Le rance semble insignifiant

Il est pourtant là

Tapi dans l’ombre du monde


Lorsque le rance se montre

Au grand jour des pouvoirs

Il est bien souvent trop tard

Pour en endiguer le cours


Le rance se nourrit

Des instincts les plus vils

Il se vautre dans la fange

Des idées toutes faites


Le rance ne fait pas dans la nuance

Il fait ses choux gras de l’ignorance

Il se vrille avec bonheur

Au centre même des rancoeurs


Il n’y a pas loin de la révolte irréfléchie

Au rance le plus obscur qui lui tend les bras

On croit avoir manifesté sa colère

On se réveille déçu et meurtri

D’avoir confié son sort

À plus triste pouvoir



Xavier Lainé

25 janvier 2024


samedi 17 février 2024

Les années passent ! 24

 




Alors bien sûr on est toujours injuste

Alors on s’en veut de l’avoir été

Alors on voudrait revenir en arrière

Rembobiner le film non numérisé


Alors je sais bien qu’il en est

Des justes qui dans leur coin

Font ce qu’ils peuvent 

Pour façonner un autre monde

Sans verser dans les idéologies bornées


Il en est

Je ne sais si j’en suis

Si souvent je les admire

Les engagés en tous genres

Qui poussent et se font tabasser

Pour ne pas penser comme le siècle l’exige


Il en est 

Dont j’ignore si je suis

Qui franchisse la frontière

Entre le bien pensant et l’action

Ils tentent simplement de survivre

Sans céder d’un pouce leur « éthique »

Et là j’en suis

Je n’ai jamais cessé d’en être

Avant même que ceux-là soient nés


Il faut admettre de payer le prix

De nos insoumissions au monde perverti



Xavier Lainé

24 janvier 2024


vendredi 16 février 2024

Les années passent ! 23

 




Parfois tu te crois seul(e) à sentir la nécessité

De fuir un temps glauque

De propos embrouillés en paroles assassines


Ce n’est qu’illusion

Il suffit d’écouter et d’entendre

La lassitude des corps

L’épuisement des esprits

Devant l’avalanche d’inhumanité


Parfois tu te crois seul(e) à sentir la nécessité

De couper les informations

Te plonger dans les livres qui t’emportent

Loin d’un monde qui se noie

Dans la violence et la haine



Tu ne l’es pas seul(e)

C’est simplement que dans le nombre

Chacun s’imagine solitaire

Plié sous le poids des mauvaises nouvelles

Des agressions permanentes


Tu ne l’es jamais seul(e)

C’est juste que nous ne savons pas

Comment conjoindre nos énergies

Et virer les fâcheux

Cramponnés à leur piètre pouvoir

Mais en abusant de toute leur force

En nous faisant croire en notre solitude



Xavier Lainé

23 janvier 2024


jeudi 15 février 2024

Les années passent ! 22

 




Il est terrifiant tumulte

Qui s’élève sans faire de vague vraiment

Car qui 

Quand il a faim

Se soucie du verbe poétique

Serait bien inspiré certes


Il est terrifiant tumulte


*


Il est terrifiant ce tumulte des mots

Dans la bouche de ceux qui se proclament poètes

Qui en font leur propriété et leur gagne petit


Ceux-là gardent jalousement la place

Semblent ignorer que l’uniformité tuerait 

Plus sûrement leur art que diversité dangereuse


Faudrait-il interdire les propos haineux

Ou plutôt faire en sorte que ceux-là

Restent à la place qui est la leur

Combattre toute forme de pouvoir

Qui ouvre la porte au pire

Afin de réserver le meilleur 

Au commun désorienté

Je ne sais


Ce que je sais c’est toute la difficulté

À se reconnaître poète

Quand on écrit


Quand on écrit

On écrit

Qu’importe l’agencement des mots

C’est le message qu’ils colportent

Qui prend de l’importance


Je m’interroge

Où étaient les doctes autrefois

Lorsqu’un président usait de l’affront national

Comme repoussoir 


C’est le feu qui nous brûle aujourd’hui


Nous avions prévenu qu’il ne fallait pas

Jouer avec les allumettes

Que l’incendie nous gagnerait

Qu’il serait bien délicat de l’éteindre

Une fois misère et désillusion semées

Au coeur même de qui encore luttait


Qu’une voix sordide puisse être interdite

Nous courrons le risque évident

De voir les corrupteurs crier


C’est ce que nous voyons

Puisqu’eux aussi ont acquis

Le pouvoir médiatique univoque



Xavier Lainé

22 janvier 2024