mardi 16 janvier 2024

Une aube se lève derrière les barreaux 23

 




Temps formidable que celui-ci

Pas un instant sans rancoeur


Il ne faut pas dire la « gauche »

Il faut énumérer ce que chacune de ses composantes

N’a pas fait

Où elle a trahi


Pendant qu’on se dispute

Les rois pérorent et jubilent

Et font passer les lois

Qui font de nos libertés

Vague souvenir


Alors je corrige :


« Excusez-moi, toutes et tous : je ne demande à personne d'être d'accord avec ce que j'écris. Je n'écris que pour inviter à réfléchir, à replacer les choses dans le long temps de l'histoire. Les querelles de clochers et d'ego ne m'intéressent pas, elles ne sont que le reflet symptomatique d'une société malade de néo-libéralisme exacerbant l'individualisme. Prétendre détenir une vérité ne mobilise personne. Ce qui est nécessaire est de donner à tous le souci de rétablir la défense collective et la solidarité en règle de vie en société, non de confier notre sort à l'un ou à l'autre qui du haut de sa suffisance aura pondu le plus beau « programme ». Voyez donc le loup dans la bergerie, confortablement installé par des gens qui se prétendaient de « gauche » mais qui l'étaient si peu.

Tirons donc les leçons : le pouvoir se prend au quotidien, là où nous sommes, dans nos façons de vivre qui cautionnent ou pas un système qui nous broie pour le plus grand bonheur de quelques dividendes.

Réfléchissons ensemble, prenons les réflexions des uns ou des autres comme ferment de nos propres manières de penser.

Nous ne bâtirons pas un monde plus humains avec des mots détachés de la vie.

Réfléchissons par exemple à nos manières de « consommer » qui sont à l'origine de la ruine d'un certain nombre de pays et justifient que nos frères « migrants » fuient au risque de leur vie le résultat de notre consumérisme.

Je dis ça, mais je ne dis rien : les réseaux sociaux ne changeront rien au monde sinon nous mettre sous la surveillance étroite des mêmes... C'est dans la « vraie » vie que nous pouvons construire un autre monde. »


Je dis ça mais je ne dis rien

Je ne suis qu’un parmi tant d’autres

Gagnés par la lassitude des vaines querelles

Tandis que plus pauvres que nous

Mordent la poussière

Que migrants toujours plus nombreux meurent

Se noient ou succombent au froid des montagnes


Je dis ça mais je ne dis rien

Si proche de l’écoeurement


Qu’en avons-nous à faire 

D’un esprit de Parti

Qui n’est qu’accaparement d’une vérité incertaine

Esprit qui consiste à avoir toujours raison contre l’autre

Histoire de battre la campagne

Pour gagner vaines voix

En système qui n’a de démocratie

Que l’apparence


Je dis ça mais je ne dis rien

Qui suis-je pour dire quelque chose

Je ne suis jamais invité où décisions se prennent

Où si j’y suis invité

Toujours le temps me manque 

Dans l’urgence de sauver encore

Quelques belles âmes venues quémander

Maigre réconfort


Car savez-vous on pleure sur ma table

On pleure entre mes mains

Parfois me sens si peu de chose

Quand derrière la douleur

Se trouve tapie toute l’âpreté de vivre

Ou de survivre en système qui nous broie

En régime qui nous brise et nous mutile



Xavier Lainé

23 décembre 2023


lundi 15 janvier 2024

Une aube se lève derrière les barreaux 22

 




Je partais tôt dans le crépuscule

Confiant dans la route qui me mènerait vers le fils

Frais débarqué d’un train bondé


Je partais tôt

Je n’imaginais pas que mon pays 

Pouvait être pour je ne sais quel motif

Coupé du monde

Que je devrais suivre des voies sinueuses

Me perdre dans une quantité infinie 

De rond-points à l’anglaise

Que je serais comme beaucoup d’autre

Prisonnier d’une nasse infernale


Quand enfin je parvins au but

Je n’eus même pas le loisir de m’arrêter

Une folie de véhicule envahissait tout

Puisqu’un subtil avait placé la gare

En rase campagne sans prévoir 

Moyen d’y parvenir autrement 

Que seul au volant 


Le train était plein

Seuls les trains circulant tard

Demeurent à un prix abordable

Nous en sommes arrivés là

Seuls les riches peuvent voyager tôt

Les autres tournent autour des rond-points de l’absurde

Roulent dans une nuit épaisse d’un hiver enfin là

Suivant chemins buissonniers avant de pouvoir

Enfin dormir un peu


*


Alors que tout semble aller de travers

Que les édiles vaquent en auto-satisfaction

Que chaque jour se montre dériver vers le pire


J’écris : « Requiem pour ceux qui avaient voté pour l'un, persuadés de faire barrage à l'autre. CQFD : c'était bien l'autre face de la même médaille, et au total, c'est la France qui s'en trouve souillée. »


J’écris pour ne pas rester sans rien dire

Pour ne pas laisser le sentiment d’écoeurement déborder

Ainsi mon pays 

Mon pays qui se dit

Pays des droits de l’Homme

Mon pays se vautre

Dans la fange xénophobe

Des imbéciles de souche


C’est bête une souche

Ça ne bouge pas

Ça ne vit pas (en fait c’est faux - mais bon…)

Ça reste là immobile

Ça attend l’usure du temps


J’écris, mon propos attire les mots de Marie, merveilleuse Marie toujours aux avant-postes pour sauver les naufragés

Pour écrire elle aussi sur ces belles âmes qui fuient

Parfois se noient

À qui on ferme

Pour des raisons de sale politique rance

La porte au nez

Préférant les voir noyés

Qu’à nos côtés à bâtir le monde solidaire et tolérant

Que nous pourrions léguer à nos enfants


Marie écrit

Je ne transcrit pas ici son propos

Si beau et si noble

Je me contente de le compléter un peu 


« Pour ma part j'étais convaincu que, face au bulldozer du néo-libéralisme qui aura fait partout dans le monde le lit du néo-fascisme, jouer les castors serait bien insuffisant !

Quant à la "gauche" elle a oublié depuis fort longtemps qui elle était et que son premier rôle n'est pas de jouer les "avant-gardes éclairées" mais d'offrir aux victimes du système les moyens de leur auto-organisation de défense face à un système qui les broie et les laisse proie des pires.

Nous sommes nombreux à ne pas nous en foutre et depuis fort longtemps, mais lentement, tout propos qui visait à une vraie "insoumission" (lorsque le ce mot n'était pas encore une appellation contrôlée) nous vouait à être "exclus" de "l'avant-garde"...

Mon coeur ne cesse d'être aux côtés de ces pauvres gens qui fuient devant le massacre de leur pays (en Afrique en particulier) par les copains du sinistre qui ne cesse de tromper son propre peuple. Ils auront, entre 1973 et aujourd'hui, fait du monde une poudrière dont ils se plaisent à allumer les mèches, semant violence et misère partout où ils prennent le pouvoir dans des simulacres de démocratie (la Vème ici ne doit encore son vernis qu'à ceux qui y font leur lit sans remettre en cause sa nature totalitaire liée au coup d'Etat de 1958).

Malheureusement, au quotidien, je suis bien obligé de constater comment les idées rances se répandent sur une puissante désinformation et une bêtise pandémique !

Il est l'heure de travailler à l'autodéfense des idées d'humanité, de tolérance et d'accueil.

Je ne sais pas comment, prisonniers que nous sommes de notre propre état de survie, mais il est temps.

L'histoire dira qu'en cette première moitié du XXIème siècle, faute d'avoir analysé les démons qui l'habitaient depuis le XXème, la France se sera défigurée pour longtemps… »


J’aurais pu en rester là si

Si les éternelles rancoeurs

Les luttes intestines entre adhérents

De telle ou telle cause

Persuadés de leur raison

Ne venaient ajouter leur fiel


Pendant que les imbéciles se disputent l’os

Les responsables de nos misères mangent la viande



Xavier Lainé

22 décembre 2023


dimanche 14 janvier 2024

Une aube se lève derrière les barreaux 21

 




A force de trouver des circonstances atténuantes au pire

C’est à l’enfer qu’il faut s’attendre


Nous y sommes

Quelque chose a foiré

Nous nous sommes pris les pieds dans le tapis des ignorances

Dans celui des fausses informations passées pour vraies


Tant d’années à descendre

Qu’au terme d’années civiles

Je substituerais volontiers « si viles »


Car vil est le destin 

Qui prend pour argent comptant

Ce que les doctes experts auto-proclamés

Affirment en discours creux


Ouvrir un livre

Ah !

Ouvrir un livre

Le lire et en prendre l’essence

S’en imprégner 

Pour se forger propre conscience

Quelle galère


Alors on se connecte sur les réseaux asociaux

On y regarde vidéos d’« influenceurs »

On les croit sur leur bonne mine

Ou le ton péremptoire de leurs affabulations


On ne pense plus en ce pays

On suit

On applique le principe de Descartes

Mais avec une faute sémantique

(À quoi bon le sens des mots)

« Je pense donc je suis »

Je suis celui ou celle qui parle le plus fort

Qui a le plus joli minois

Qui sait vendre son ego

Sur le marché des obligations


Ils disent que ceux qui se noient

Sont des envahisseurs

On les croit

On laisse sans vergogne

Se noyer les miséreux

On se plaint juste

Que leurs cadavres

Viennent souiller 

Les plages idylliques

De nos vacances embourgeoisées


Dans les salons mondains

On compte les dividendes

On pousse à légiférer

Toujours vers le pire

Le meilleur étant réservé

À l’élite côtée en bourse


L’année civile se termine

Si vile que c’en est à vomir



Xavier Lainé

21 décembre 2023