dimanche 9 avril 2023

Une ode au retrait 20

 




Dès potron-minet les voici

Hurlant de toutes leurs sirènes

Pour obtenir trois gouttes

Du précieux liquides

Qui les mènera à leur bagne quotidien


On n’est jamais si bien soumis

Que par soi-même

Et La Boétie n’avait pas encore tout vu


(20 mars 2023 — 1 — 8h38)


*


Sans doute était-ce prémédité

Ou pas

Mais le résultat est là

Par lassitude

C’est l’ardeur qui vient à manquer


Dans un monde déchu

Comment encore être motivé

Sinon en prenant le large

Quand on peut


Mais


Pour un qui peut

Qui en a les moyens

Combien contraints

De demeurer où ils sont

Dans la tentative de survivre


(20 mars 2023 — 2 — 13h39)


Xavier Lainé


samedi 8 avril 2023

Une ode au retrait 19

 




Tu fermes les yeux

La vie défile

À la vitesse de la lumière

Amours échecs réussites

Tout s’emmêle


Tu fermes les yeux

Tu voudrais savoir

Trouver 

Les yeux fermés

L’indispensable repos


Tu fermes les yeux

Quand tu les ouvres

Le monde qui se montre

N’est que violence

Qui entre jusque chez toi


Tu voudrais les refermer

Ne plus les ouvrir

Demeurer dans tes rêves

De tendresse infinie


(19 mars 2023 — 1 — 19h17)


*


C’est un dimanche entre gris et bleu

Un dimanche qui surfe sur les souvenirs

Sur les regrets

Sur les manques

Sur les vides


(19 mars 2023 — 2 — 20h38)


Xavier Lainé


vendredi 7 avril 2023

Une ode au retrait 18

 




« Les fous d’argent sont en tous lieux

Ils sont légion, ils sont nombreux

Qui aiment l’or plus que renom.

On ne loue plus la pauvreté.

Ici-bas il n’arrive à rien

Qui n’a que vertu pour tout bien :

Sagesse n’est plus honorée

L’honnête est le dernier servi

Est mis à la portion congrue,

Il ne faut plus parler de lui ;

Et qui n’aspire qu’aux richesses

Habile à s’enrichir bien tôt,

Fait l’usurier, nuit, tue, se damne,

Est félon contre son pays.

Il en va ainsi par le monde :

L’argent fait de méchantes gens.

Justice au plus riche est vendue

Et l’argent, il vous ferait pendre

S’il n’aidait pas à vous dépendre ;

Par lui reste impuni le crime.

Te le dis tel que je le pense :

Au gibet pend menu fretin.

Le frelon passe l’arantèle

Où seul s’englue le moucheron⁠1… »


Les fous d’argent ont la peau dure

La vie chevillée au corps

Ou au coffre


Ils sèment guerres et misères

Nul ne songe à en évacuer l’engeance

Au contraire

Il semble qu’ils soient adulés

Traités en dieux

Dont le masque cache mal la diablerie


Les fous d’argent sont peut-être moins nombreux 

Mais causent bien plus de dégâts qu’autrefois

Car ils tiennent dans leurs mains avides

Le pouvoir de détruire

Humains et planète

Sans l’ombre d’un remord


(18 mars 2023 — 1 — 7h42)


*


« L’avenir des hommes n’est écrit nulle part. Pour le meilleur et pour le pire⁠2. »


Rien n’est écrit

Pas même d’un mot 


Rien ne dit de quoi

L’humain serait capable


Du pire comme du meilleur

Certes

Gageons que le meilleur gagne


Il serait temps et heure

Qu’à accepter le pire

Les chemins de la révolte

Ouvrent la porte au mieux


Au mieux vivre

Qui ne se réduirait pas

À un bien-être égocentré


À un mieux vivre

Qui ne soit pas vaine attente

D’un jour où enfin se dispenser 

Où enfin consacrer les heures

À autre chose que « gagner »


« Gagner »

Symbole d’un système 

Symbole de domination reine

Où toujours les plus forts

En imposent aux plus faibles


« Gagner »

Puis finalement « perdre »

Sur un Terre dévastée

Par les gagnants

Nous seront tous perdants


(18 mars 2023 — 2 — 16h37)


*


Tombe la nuit sur les épaules

Pèse si lourd la vie

Le savez-vous

À qui n’a jamais cessé de se lever tôt

Pour ouvrir sa porte

À tous les chagrins du monde


Mon visage penché 

L’enfant sourit

Ultime baume posé

Sur les paupières du crépuscule


(18 mars 2023 — 3 — 21h18)


Xavier Lainé




1 Sébastien Brant, La nef des fous, éditions José Corti, 1997, 2004

2 Jean-Claude Michéa, Impasse Adam Smith, éditions Climats, 2002

jeudi 6 avril 2023

Une ode au retrait 17

 




Un instant j’avais rêvé

De me glisser entre des draps blancs d’espérance

Contre un corps nu chargé à la dynamite du désir

Puis je me serais endormi apaisé 

Peut-être

Peut-être apaisé

Je ne sais pas

Car dehors ça chauffait

Les foules envahissaient les rues

C’est ainsi

On conduit la meute au désespoir

Un jour la violence d’Etat se transforme

Un monde s’écroule dans les flammes

C’était si prévisible

Qu’impossible de rester entre les draps blancs

Impossible de rêver à une autre espérance

Que celle qu’on se forge dans un monde

Où tout ce qu’on pourrait rêver ne cesse de se dissoudre

De se dissoudre dans l’acide d’une volonté obscure

Vanité des rêves d’amour

Vanité des mots jetés au matin d’une aube grise

Mots qui se feraient pavés enflammés

Boules de poésie flambant dans le petit jour fade


Un instant j’avais rêvé

De me glisser entre des draps blancs d’espérance

Un corps froid et nu me conduisait au cauchemar

Celui vécu déjà qui nous maintint enfermé

Contre toute vraisemblance

Avec des crépuscules d’applaudissements stupides

J’en rêve depuis

De m’endormir entre des draps blancs

Contre un corps nu mais réchauffé par l’espérance

Nous partagerions des rêves d’autre monde

D’outre ce monde

L’ogre montre son vrai visage

Qui d’une main de fer refroidit l’espoir

Attise la flamme des colères

Interdit le baiser et la poignée de main

L’ogre montre son vrai visage

Celui qui détruit en nous-mêmes notre humanité

Celui qui nous sépare et nous classe

Entre races et classes

Entre sexes et genres

Celui qui devant son écran de suffisance

Veut nous contrôler et nous dire

Contre toute vraisemblance

Ce qui serait bon pour nous


Ce qui serait bon pour nous

Nous glisser dans les draps blancs d’une espérance

Une chaude espérance qui nous accueillerait en sa nue beauté

Ouvrant nos rêves et nous accordant le repos

Pour que dès à présent nous ayons force et courage de reconstruire

Ce que l’ogre en sa profonde absurdité aura détruit

Reprendre le fil de notre humaine condition

Un moment rompu dans la froide sécheresse

D’un monde non désiré


(17 mars 2023 — 1 — 6h54)


Xavier Lainé


mercredi 5 avril 2023

Une ode au retrait 16

 




Sur l’océan du doute

Parfois

Un îlot de savoir

Rien où s’accrocher


Sur l’océan des incertitudes

Je me laisse porter

Emporter

Séduire

Par les sirènes de la vie


Beau dehors

Et ça vous plaît

Chaud 

Ça vous convient


Moi non

Je navigue dans l’inquiétude

De savoir ne pas trouver port

Où poser mes valises

Une fois les côtes rongées

Jusqu’à l’os du désespoir


Certes manifester

Certes crier nos révoltes


Il fallait réfléchir avant

Ne pas confier notre sort

À la « Nef des fous »


(16 mars 2023 — 1 — 8h40)


*


« Le monde vit dans la nuit noire

L’aveugle s’attarde au péché ;

Pleine de fous rues et venelles

Ne sachant faire que folies

Mais on en refuse le nom⁠1. »


Me voici comme Sébastien

Devant le vaisseau amiral

Qui tangue et chavire

Sous le poids des fous

Qui s’accrochent à son bastingage

Désespérés de n’être point 

Les riches sauveurs qu’ils voudraient être


Me voici comme Sébastien

Un demi millénaire plus tard

Reprenant avec délectation

Les propos tant ressassés

Qu’ils en deviennent litanie

Vaine et inaudible

Tant riches à la proue

S’en vont tonitruants

De leur raison supérieure

Tandis qu’aux flancs du navire

S’en vont noyés les gueux


Me voici comme Sébastien

Cherchant encore raison

Entre quelques pages ouvertes

Auxquelles j’ajoute les miennes

Qui disent toujours même refrain

Dans l’indifférence des fous


(16 mars 2023 — 2 — 10h07)


*


Nous voici au pied du mur

Nous révolter ou abdiquer

Devant le cynisme sans borne

Ne reste plus que l’insurrection

C’est ici que tout commence


C’est ici aussi que tout fini

Que tout finira toujours

Tant que nous n’aurons pas appris

À mettre un terme à l’esprit de domination

Celui qui dure depuis que certains

Se prirent pour dieux

Pour princes ou pour monarques

Au service d’autres qui tirent les ficelles

Et engrangent les bénéfices


Nous voici au pied du mur

Contribuer dès maintenant

À la chute des ultimes murs

Qui nous séparent de notre humanité


(16 mars 2023 — 3 — 20h50)


Xavier Lainé




1 Sébastien Brant, La nef des fous, éditions José Corti, 1997, 2004

mardi 4 avril 2023

Une ode au retrait 15

 




Le temps presse

Y aurait-il un temps lent

Quelque part ?


Le temps presse

Je vous dit

Que jamais il ne s’arrête


Le temps presse

Me laisse harassé

Sur le bord de son chemin


Qu’il traverse

Indifférent


(15 mars 2023 — 1 — 7h30)


*


Dans l’attente

Le coeur qui bat

La gorge sèche


Dans l’attente

Le temps s’étire

Jusqu’à l’infini


Dans l’attente

Le vide

Où cogne parfois

Ce que certains nomment

L’amour


(15 mars 2023 — 2 — 16h58)


*


C’est un flot

Un tumulte

Qui part du bout des doigts

Gagne l’esprit et le coeur

Suit la trajectoire d’un soupir

La lente diminution des tensions


C’est un flot

Un tumulte

Qui envahit le coeur

Qui suit les méandres de l’esprit

Se cache derrière le rideau

D’un geste 


C’est un flot

Un tumulte

Qui te laisse en terrain vague

Sur la plage d’un île inconnue


(15 mars 2023 — 3 — 20h58)


Xavier Lainé


lundi 3 avril 2023

Une ode au retrait 14

 




Tu te retournes sur le vide

L’instant d’avant vous étiez si nombreux

Que tout semblait possible

À portée de vos mains fébriles


Mais


Tu te retournes sur le vide

Tu parviens au sommet de ton être

Mais le vide autour de toi

Et puis le vent qui l’agite

Te laissent plus solitaire que jamais


(14 mars 2023 — 1 — 9h)


°


Il n’est que profonde lassitude

À qui doit faire une croix

Sur la moindre parcelle de repos


Ce serait quoi

Se reposer

Sinon enfin dormir apaisé

Se blottir ne serait-ce qu’un instant

Au creux d’épaule amoureuse


Il n’est que profonde lassitude

À qui ne cesse de se battre

Pour accueillir souffrance du monde

Avec l’humanité qu’elle mérite

Mais n’en reçoit que mauvais coups


(14 mars 2023 — 2 — 14h55)


*


De la révolte à l’abattement 

Il n’est qu’un pas si vite franchi


Tu regardes

Les amis militants

Qui s’oublient dans leur révolte

Qui vitupèrent à tout va

Les uns contre les autres

Puis s’embrassent

Comme ils s’embrasent

Sous les banderoles et oriflammes

Puis rentrent chez eux


De la révolte à l’abattement

Il n’est qu’un pas facile à franchir


Surtout lorsque le mur 

Ne cesse de s’opposer 

À toute forme d’humanité


(14 mars 2023 — 3 — 15h55)


*


Puis voilà

Juste le silence

Seul


(14 mars 2023 — 4 — 19h17)


Xavier Lainé