samedi 17 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 1

 


Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012




Préambules du mois d’avant


Comment vas-tu ?

Je vais.

Je ne sais pas trop où, mais je vais.

Je m’émerveille chaque matin de me réveiller vivant.

Je m’étonne chaque soir d’avoir traversé le jour sans m’écrouler.

Je vis.

Voyez-vous ?

Je vis.


(30 novembre 2022 — 1)


*


Comment vivez-vous ?

Mes yeux vous regardent.

Parfois je vous écris.

Je vous dis que j’aime ce que vous faites, ce que vous êtes.

Je le dis sans rien attendre en retour.

Puis retourne au silence que je n’aurais jamais du quitter.

Je retourne à mes pages qui n’attendent rien.

Qui se contentent d’être là, avec ces mots qui me traversent.

Ces mots que je ne peux étouffer sans m’étouffer moi-même.

Ces mots qui ne font pas littérature.

Ces mots dont je ne suis souvent même pas certain d’être l’auteur.


Je retourne à mon silence qui a appris à ne rien attendre.

Je n’ai pas l’ego qui convient.

Je ne sais rien vendre.

Je n’ai rien à vendre.

Juste tenter d’exister, sans rien attendre en retour.


(30 novembre 2022 — 2)

*


Boulangerie, pâtisserie et autres friandises.


Il fait froid dehors et si chaud dedans.

Puis le visage s’éclaire comme un signe de reconnaissance.

Je commande un gâteau pour demain.

Elle énumère toutes les variétés possibles .

Framboise citron, ce sera parfait.

Faut-il y ajouter un signe ?

« Bon anniversaire, oui ! »

Le visage se fait souriant : « Le vôtre ? »

« Bé non, pas le mien », raté.


Comme j’aime ce petit accent venu de l’Est, c’est comme une friandise posée sur le regard du matin.


(30 novembre 2022 — 3)



Xavier Lainé


vendredi 16 décembre 2022

Une infinie nostalgie 30

 




Parfois

La plume trempée

Dans l’encrier des nostalgies

Se produit comme un éblouissement

Alors je cligne un peu des yeux

Je fronce les sourcils

J’abandonne les doigts sur le clavier

Je laisse surgir ce qui veut

Livre ensuite cette avalanche 

À qui veut bien s’en emparer


On me dit ici ou là

Les mots de Kafka


« Ne dites pas que deux heures de vie valent vraiment plus que deux pages d’écriture »


Ça tombe comme ça tombe

Je n’écris pas

Je vogue à la surface d’un océan

Qui puise la force de ses vagues

Dans l’écriture des autres

Dans ce volcan de pensées

Déjà semé par d’autres coeurs

D’autres esprits

Bien plus fertiles que le mien


Je vis

Voyez-vous

Je vis (points de suspension)


Xavier Lainé


30 novembre 2022


jeudi 15 décembre 2022

Une infinie nostalgie 29

 




Ce furent d’abord les fous espoirs

Portés par un temps où tout semblait possible

Fougue de la jeunesse

Naïveté des engagements


On ne voit pas grand chose quand on a vingt ans

On imagine le monde

Et celui-ci devait aller à notre pas


On ne voit pas grand chose

On avance vers l’horizon

Sans savoir que c’est une ligne fictive

On ne voit rien des gouffres amers

Ouverts sous nos pas décidés


Puis le temps change

Les nuées s’accumulent

Où on avançait vers la liberté

Poussant toutes les portes

Détruisant tous les murs

On ne voit rien des issues qui se referment

Par derrière

Car leur monde fonctionne ainsi

Par derrière


Ces leurs qui brandissent des leurres

Histoire de nous faire trébucher

Sur les rochers et les racines

De nos naïves rêveries

Nous retournant ne reste que nostalgie


Xavier Lainé


29 novembre 2022


mercredi 14 décembre 2022

Une infinie nostalgie 28

 




C’est inévitable nostalgie d’attendre

De ne rien voir venir

Puis

Quand ça dure depuis des années

On n’attend plus

On se crée une carapace

Histoire d’oublier la soif et la faim

Parfois la liberté aussi

Sacrifiée pour trois sous

Et un gros lot de fatigue


C’est inévitable nostalgie

Que survie t’inflige

Quand ça dure toute une vie

Une vie à tracer des traits sur le mur

D’une prison invisible

Dont la porte métallique 

Jamais ne s’ouvre

Sur le moindre espace de liberté

Ou si liberté est offerte

C’est toujours à la condition de quelque chose

Toujours avec contre-partie

Toujours avec vente aux enchères

De l’âme perdue


Alors te prends l’idée

De faire sécession

De ne plus jouer le jeu

De prendre les chemins buissonniers

Juste pour retrouver ton âme d’enfant


Xavier Lainé


28 novembre 2022 (2)


mardi 13 décembre 2022

Une infinie nostalgie 27

 




Mais voilà qu’un jour suis resté sec

Qu’un décalage horaire dont je n’ai aucun souvenir

Est entré dans ma vie 

Effaçant de ma chronologie

Une journée entière

Une journée avalée

Par le géant de la nostalgie

Celui qui mange le temps

Le croque à pleines dents

Te laisse sur le bas-côté

Avec un arrière goût de sommeil


Xavier Lainé


28 novembre 2022 (1)


lundi 12 décembre 2022

Une infinie nostalgie 26

 




Peut-être un autre monde commence

Dans vos éclats de rire communs

Sur la place publique

Dans le verre partagé

Dans l’instant de l’échange

Où vous m’apprenez

Tout ce que j’ignore encore


Peut-être un autre monde s’invente

Dans ces instants éphémères

Qui nous font nous poser

Sur le même fuseau de complicité

Autour d’un café au soleil

Entre deux mailles à l’endroit

Tandis que nostalgie

Me pose à l’envers du décor


Peut-être un autre monde s’enracine

À cet endroit précis 

Où nous ne nous attendons pas

Dans le hasard des heures 

Et des parcours incertains

Où nous apprenons à nous écouter

À mettre aux poubelles de l’histoire

Ce qui nous divise et nous sépare


Peut-être un autre monde émerge

De cet océan de pauvreté

Lorsque tu fais le choix

De ne pas marcher dans le rang


Xavier Lainé


27 novembre 2022


dimanche 11 décembre 2022

Une infinie nostalgie 25

 




De partout me parviennent les plaintes

De partout mais aussi de ces lieux particuliers

Où tentent encore de survivre celles et ceux 

Avec qui je partage un peu de cette énergie poétique


Il me faudrait en cultiver la flamme

Juste pour que nul ne se noie

Quand le vaisseau de leur pays vacille

Que le mien s’enfonce


Il me faudrait savoir être partout

Ne rien laisser de cette énergie destructrice

Que déploient les fâcheux s’appropriant les pouvoirs

Poursuivre ce chemin de misère et de guerre


Lorsque je me lève

Que je jette mon premier regard 

Sur le monde tel qu’il ne va pas

Se lève avec moi

Une infinie nostalgie

Un goût amer


Amertume de savoir

Qu’il me reste si peu à vivre

Après avoir tant vécu

Tant lutté


Que voir ce flot de boue déversé partout

M’est blessure

Profonde blessure


Xavier Lainé


26 novembre 2022