lundi 6 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 25

 




J’voudrais bien pouvoir prendre du recul.

Pour ne pas céder à ces prises de tête et de bec qui alimentent les vaines polémiques.

Mais…


Mais comment faire comprendre que prise de recul ou de hauteur n’est pas rendre son tablier.

Au contraire : ça permet juste de ne pas se laisser totalement embarquer en disputes stériles.


C’est d’avancer dont nous avons besoin à l’heure de tous les périls.

C’est d’avancer en commun, sur le terrain du commun qui nous préoccupe quand tout du monde des « acquis » n’est plus désormais que vague souvenir.

C’est de se serrer les coudes qui devrait être à l’ordre du jour.

Se serrer les coudes sans glisser sous le tapis nos insuffisances, nos faiblesses, nos manques et nos bêtises.

Nous regarder en face, dans le miroir que nous tendent les incompréhensions.


Puis, quand le ton monte, que je vous vois dressés sur vos ergots, prêts à vous voler dans les plumes, je fais un grand détour.

Je reviens aux livres, ignorant tout de ces vidéogrammes qui font le « buzz ».

Je reviens aux livres et à mes pages blanches qui m’attendent sous l’oeil goguenard du jour.

Un peu de gris vient souligner mes amertumes devant le spectacle atterrant des déchirures du monde.

Les livres sont mon train d’atterrissage, mon havre secret, ma paix intérieure.

Les pages noircies ne sont que faible témoignage de mon passage parmi vous.


Xavier Lainé


24-25 mai 2022


dimanche 5 juin 2022

Toujours dé-rangé

 



Photographie glanée sur internet




Parfois je me dis

« Il faudrait que tu ranges »

Mais toujours ça se dé-range

Comme si l’ordre des pensées

Supportait mal celui de l’univers


Alors je rends les armes

Je m’avoue vaincu

Puis me glisse en ce cocon

Où chercher n’est pas répondre

Mais poser des questions


Xavier Lainé


5 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 24

 




Toujours ce qui vient de polémiques et dissensions.

Vaines querelles qui montent comme sève au printemps.

Toujours on appuie sur les différences et les manques.

Ça fait mal, mais peut-être mieux de regarder en face qui nous sommes.

Pour ne pas avoir à accuser réception des échecs.


Toujours viennent les vieilles idéologies.

Le « j’ai raison donc tu as tort » en lieu et place de chercher ce qui nous réunit.

Puis, le nez dans le ruisseau sans que ce soit la faute à, pleurer à larmes amères la déconfiture contenue dans l’exacerbation des querelles.


Les bourgeons de mai sont rarement graines de commun.

Ça se produit parfois, mais c’est résultat d’étrange alchimie.

Les instants de grâce sont si peu fréquents en pays meurtri.

On jette du vinaigre sur les plaies ouvertes.

On se jette à la figure ce qui ne va pas.

On refuse d’entendre les paroles de colère.

L’exaspération est à son comble.

Il y a si loin entre « pays rêvé et pays réel » !


De colère parfois on jette l’éponge.

On se terre dans son trou en espérant que viendraient des temps plus cléments.

Ils arrivent parfois sans qu’on sache comment les saisir.

Un vent passe qui chasse les bienveillantes ondées.

On reste sur la terre desséchée.

On rumine ses colères, ses plaintes, ses misères.

Mai n’accouche pas toujours du sens commun.

Nous sommes si loin, de l’idée que solidaire serait mieux que chacun pour soi !


Xavier Lainé


24 mai 2022


samedi 4 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 23

 




Texte 63

Le langage n’est qu’une piste que seule suivra notre ombre.


Texte 70

Silence et mots sont nos bûchers.


Texte 72

Seules les horloges ont le temps d’avoir le temps.


Thierry Metz, L’homme qui penche, éditions Unes, 2018


Il te faut le silence pour cheminer parmi les rêves.

Puis langage pour leur donner consistance.

La langue n’étant que l’expression du contenu silencieux de la conscience.


Entre l’instant de parole et le vertige du silence me voici sur ce bûcher où s’enflamment les vertiges du temps.

Je brûle, je m’enflamme à l’approche de ces braises incandescentes où dérive le siècle.

Les paroles prononcées, quelle valeur sauraient-elles avoir, lorsque les mots sont décharnés, vidés de toute substance qui permettrait notre engagement sur le sentier de l’avenir ?

Or c’est là que nos rêves font naufrages.

Ils se heurtent aux récifs des autres, sinistres personnages assoiffés de pouvoir et de hiérarchie.

Ils s’assoient sur nos utopies, balayent d’un revers de main dédaigneux tous nos espoirs de vie meilleure.

Puis ferment derrière eux les portes de nos geôles intérieures.

Il nous reste les larmes.

Larmes de douleur à chaque tentative d’évasion retombée sur son séant.

Mai n’est alors que voeu pieu, confronté à nos vaines tentatives.


Xavier Lainé


23 mai 2022 (2)


vendredi 3 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 22

 






L’autorité politique ne tient pas à la connaissance de l’écriture, mais des conditions sociales et culturelles. La « perfidie » n’est ni dans l’écriture, ni dans la parole, mais dans les conditions politiques de leurs usages.

David  Le Breton, Eclats de voix, éditions Métailié, 2011


Un jour, d’épuisement, la page resta blanche.

Trop rincé par les années de descente aux enfers de la perfidie.

C’est dur d’y vivre, en cet Etat où les mots ne veulent plus rien dire.

Où les leçons sont données par gens si peu recommandables.

Qu’à peine sur leur siège doré, les voici rattrapés par leurs sulfureuses et méprisantes attitudes.


Tu t’y esquintes à vouloir dessiner au moins dans les mots, le monde de tes rêves.

Tu finis tes journées à l’agonie.

À l’unisson de la Terre qui elle-même te fait sentir sa lente montée de colère, comme lave venue du tréfond des âges.

L’explosion, tu la sens venir.

Tu ne sais pas trop comment la dire, ni expliquer comment, depuis si longtemps, elle te paraît évidente.


Tu cherches toujours la parole réparatrice, celle qui permettrait de rebondir.

Tu cherches mais tu ne trouves pas. C’est un combat à armes inégales.

Il se trouve toujours de pseudo-journalistes devenus propagandistes pour t’enfoncer un peu plus.

Tu écoutes, mais pour comprendre tu dois prendre distance et regarder plus loin.

Dans ton sémaphore de lettres et de pages, tu puises la substance de tes rêves de mai.


Xavier Lainé


23 mai 2022 (1)


jeudi 2 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 21

 




On en est là que mentir devient la règle.

Les mots travestis, plus rien ne tient.

On se cramponne pourtant pour ne pas devenir fous.

On dit une chose mais on fait le contraire.

Nous voici devant ce monde dans lequel plus rien n’est digne de confiance.

Où seule la porte de la folie s’ouvre pour les plus faibles.

Avec pour seule réponse l’octroi de béquilles pharmaceutiques.

On crée ainsi les dépendances sans rien faire pour changer en amont ce qui justifie le délire.

Regardez donc les belles promesses faites hier seulement dont il ne reste plus rien moins d’un mois après.

Le tout est de se maintenir au pouvoir et d’en abuser à grands coups de maltraitance sociales.

Et encore mentir sans vergogne.

Affirmer que le pire n’est pas le pire, même si les faits prouvent le contraire.

L’important n’est pas dans ce qui fait sens commun, ce maigre lien tissé depuis la préhistoire et qui nous pousse à réfléchir à notre humanité toujours à perfectionner.

L’important n’est pas dans l’idée qui, confrontée à d’autres, devient pensée commune, aide à se construire.

Non.

Il faut s’affirmer, comme le font beaucoup, en des vidéos virales, comme les tenants d’un savoir définitif.

Dans ce kaléidoscope nos yeux finissent sans regard.

Le puzzle des lumières qui tournent jusqu’au vertige nous entraîne en des abîmes toujours plus profonds.

On « surfe », on « zappe », on passe d’une chose sans substance à une autre encore moins consistante.

Dans ce vertige les monstres ayant usurpé le pouvoir peuvent nous enfoncer.


Xavier Lainé


21 mai 2022


mercredi 1 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 20

 




L’homme n’a pu cueillir la connaissance qu’en cueillant aussi la parole, laquelle forcément devait être l’écorce du fruit défendu.

Bernard Noël, Le tu et le silence, éditions Fata Morgana, 1998


C’est sans doute la plus grande désillusion.

On y croyait, en un siècle où la connaissance partagée ferait de l’Homme un humain.

On y a cru.

On ne pouvait imaginer, raisonnablement, que le rouleau compresseur de la bêtise, manoeuvré par gens de pouvoirs et de presque tous bords, finirait par éloigner l’horizon des humanités.

C’était la faille.

Notre faille que les dogmatiques libéraux se devaient d’agrandir.

Répandre la bêtise en lieu et place de toute pensée, de tout cheminement de réflexion.

On ne réfléchit plus : on vend de la réflexion toute faite, un prêt à penser qui évite de se fatiguer les méninges.

On appauvrit et dépossède l’humain de ses propres capacités culturelles en lui faisant prendre les vessies médiatiques pour des lumières.

Les Lumières, elles, se retournent dans leurs tombes.

Toute pensée est désormais envisagée comme une dangereuse dérive.

Il est vrai qu’à lire et lire encore, on finit par ouvrir les yeux sur un monde guidé de mains de maîtres-ès-profits vers sa propre apocalypse.

Tous le symptômes réunis, comme il n’y a pas si longtemps, on interdit aux penseurs de poser leur diagnostic et surtout de suggérer le traitement de cette ignorance devenue la monnaie d’un temps de perdition.

Et c’est tellement plus commode, le prêt à porter de la pensée !

Ça évite les méandres d’un cheminement qui introduit sans cesse du doute où il faut avoir raison, aux yeux des thuriféraires du libéralisme totalitaire.

Il faut avoir raison, contre vents et marées, raison.

Réfléchir, c’est découvrir que parfois, raison n’en n’est pas une.


Xavier Lainé


20 mai 2022