lundi 18 avril 2022

Chant des riens 6

 




Si souvent gueule de bois et frustration

Si souvent te cognes aux murs dressés

De part et d’autre de ton chemin cabossé


Un côté du mur où la vie s’étale

Dans la belle propreté de bourgeoisie assise


De l’autre la crasse et la misère

La vie qui va comme elle peut

Souvent de moins en moins


Un monde qui brille

Une fraternité rêvée sur la scène

Dans les lumières des projecteurs

De l’autre cette ornière

Où tu patauges dans la gadoue

Dans la boue de tes échecs


Tu n’as pas su

Si nombreux n’ont pas su

Tirer leur épingle du jeu

De la guerre de tous contre tous

Des vains triomphes sur les écrans

Où avancent dans la lumière

Les donneurs de leçons


Toi

Tu galères à garantir ta survie


Xavier Lainé


7 avril 2022 (1)


dimanche 17 avril 2022

Chant des riens 5

 




Quels mots dire qui soient audible

Aux oreilles de qui ne peut entendre

Ni comprendre


Qu’y aurait-il à comprendre

Puisque la vie n’est que divine surprise


Mais il faut comprendre

« Vous allez me dire ce que vous comprenez »

Vous voilà désorienté 

Je vous dis que non

Que je ne comprends pas

Que mon cerveau est bien trop petit

Bien trop étroit 

Pour comprendre ce qu’il en est

De ce qui vit en vous


Mais


Quitte à vous déposséder

On vous dépossède même de votre chair

On en fait en effet d’esthétique

On en replâtre la façade

En des cabinets 

Bien plus importants que votre santé


Que pluie vienne 

Voilà le rimel et le plâtre qui s’écoulent


Xavier Lainé


5-6 avril 2022


samedi 16 avril 2022

Chant des riens 4

 







C’est pourtant de ce côté du mur que j’écris

De cet apartheid invisible

Qui dit ce que doit être poésie

Si elle veut entrer au cénacle 


Mes mots inondent ce côté de la frontière

Ne trouvent pas voie d’accès de l’autre côté

Ne disent pas ce qu’il faudrait dire

Pour être dégustés en bouches de conformité


Je lance mon cri 

Car nul bonheur ne m’est possible

Dès lors qu’un seul tombe

Se noie

Pleure sous les décombres


Mon cri rejoint celui

Étouffé

Jailli des entrailles d’une terre

Lardée de coups de couteaux


Terre qui n’arrive plus à recouvrir

Les cadavres dans les fosses communes

Les laissés pour compte 

Dans la nuit des trottoirs


Ma plume se trempe 

À l’encre des souffrances endurées


Xavier Lainé


4 avril 2022


vendredi 15 avril 2022

Chant des riens 3

 




« Jusqu’à très récemment, seuls se consacraient à la littérature les riches ou les personnes qui leur tournaient autour, dans l’attente de commandes de leur part ou à l’affût de leur argent. (…)

On a tendance à oublier la misère des autres époques en partie parce que la littérature, la poésie et les légendes célèbrent ceux qui vécurent bien et oublient ceux qui se noyèrent dans le silence de la pauvreté. Les périodes de pénurie et de faim ont été mythifiées et sont même évoquées comme des âges dorés à la simplicité pastorale. C’est loin d’être vrai. »

Irène Vallejo, L’Infini dans un roseau, L’invention des livres dans l’antiquité, éditions Les Belles Lettres, 2021


C’est de ce côté que je regarde

Cette parole des sans voix

Cette parole toujours reniée

Bafouée

Ridiculisée

Car non conforme aux canons 

D’une parole convenue


C’est de ce côté que penchent 

Mes mots et mon coeur 

Car toujours côté en souffrance

Laissé sur la touche

Sur le bord d’un chemin

Non taillé pour nous

Ou nous non taillé pour lui

Car trop étroit

Trop étriqué

Pour nos pas impétueux


Xavier Lainé


3 avril 2022


jeudi 14 avril 2022

Chant des riens 2

 




Poisson/poison

Juste une lettre mais une grande différence

Sinon marcher sur le fil ténu

Sans balancier tenter d’avancer

Vers le jour sans savoir


Poisson/poison

Les plus gros mangent les plus petits

Ils accumulent aussi

Les produits toxiques

Au point d’être poison plus que poisson


Poisson/poison

Je marche sur la grève

D’un temps qui n’est que longue attente

Plus que

Huit jours avant possible respiration

Mais en attendant ne pas sombrer 

Ne pas


Poisson/poison

Avancer sur la digue

D’un côté la tempête

De l’autre le port

Qui fait quelle promesse

Nul ne sait

Tous font semblant d’ignorer

En fac similé de démocratie

On ne dit pas ce qu’on fait

On ne fait pas ce qu’on dit


Xavier Lainé


2 avril 2022


mercredi 13 avril 2022

Chant des riens 1

 




Poison versus poisson.

Boire à cette coupe jusqu’à la lie.

Jusqu’à ne plus pouvoir en supporter même la couleur.

Puis partir à la pêche.

Partir en quête d’horizons solitaires, à défaut de savoir être solidaires.


J’ai planté des graines de rêve dans le terreau de mes insomnies.

Je me suis réveillé, ému aux larmes, entre les bras d’une divine liberté.

Elle m’offrait sa nudité sans fard au milieu des drapeaux déchus.

Pauvres et mesquines identités qui tracent frontières où il faudrait favoriser l’échange.


Je me suis réveillé entre ses bras divins.

Ce fut moment de délice mais c’était une blague.

Ouvrant les yeux le monde allait toujours sous la mitraille.

Les uns revendiquent tel ou tel territoire.

D’autres mettent sous surveillance leur propriété privée.

Je me demande toujours de quoi elle pourrait être privée, leur propriété.

Sinon de l’intelligence d’une terre qui ne nous appartient pas.

D’une terre qui fera bien ce qu’elle veut.

Avec ou sans nous.


Ma tendre liberté m’entrainait en infinis délices.

Nous étions si loin de ces impératifs maléfiques que les hommes (les mâles en particulier) dressent entre eux.

Pour un instant, je trouvais contre le sein nu de ma liberté magnifique, douceur, tendresse et plaisir.

Nous drapions notre nudité d’un oriflamme multicolore, symbole de paix et de tolérance.

Pour un instant nos vies basculaient : c’était poisson versus poison.


Xavier Lainé


1er avril 2022


mardi 12 avril 2022

La guerre, sans fin 39

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés



Blindés et silencieux comme une tombe.

« Tu seras un homme, mon fils »

Il m’avait offert ce poème horrible qui prends la poussière derrière une pile de livre.

Poème repris pourtant, infiniment beau, mais Kipling ne sait pas.


Il ne sait pas que ces mots seront le couvercle de la tombe d’un fils.

Comme les russes ne savaient pas dans quel état étaient leurs fils, revenant d’Afghanistan, dans des cercueils de zinc.


Moi, posant une rose rouge sur celui de mon père, je le revoyais, maire de sa commune, plantant un arbre de la liberté.

Il ne savait pas que la liberté n’est qu’un mot si elle n’est que symbole.

Les « riens, les sans-dents », n’ont aucune liberté sinon, comme l’écrit Arno Bertina, celle de trop supporter l’arrogance insupportable de tous les va-t-en guerre économiques et gouvernementaux.


Demain sera jour de blague.

Il me prend de rêver que ce soit bonne blague, celle qui éclot au printemps d’un pays qui relève la tête.

Un pays qui ne se laisse plus diviser, même au nom d’un virus, par les peurs irraisonnées entretenues.

Un pays qui refuserait d’être réduit à la validité d’un QR code, nouveau bracelet de liberté conditionnelle soumise à l’arbitraire des caprices totalitaires.


C’est ce flambeau qu’il faudrait rallumer, celui du refus de toutes guerres.

Celui qui mettrait un terme à nos guerres sans fin.

En réactivant nos utopies, nous pourrions mettre le monde à portée de nos rêves, sans pour autant nier la difficulté de grandir en humanité.


Xavier Lainé


31 mars 2022 (4)