mercredi 13 avril 2022

Chant des riens 1

 




Poison versus poisson.

Boire à cette coupe jusqu’à la lie.

Jusqu’à ne plus pouvoir en supporter même la couleur.

Puis partir à la pêche.

Partir en quête d’horizons solitaires, à défaut de savoir être solidaires.


J’ai planté des graines de rêve dans le terreau de mes insomnies.

Je me suis réveillé, ému aux larmes, entre les bras d’une divine liberté.

Elle m’offrait sa nudité sans fard au milieu des drapeaux déchus.

Pauvres et mesquines identités qui tracent frontières où il faudrait favoriser l’échange.


Je me suis réveillé entre ses bras divins.

Ce fut moment de délice mais c’était une blague.

Ouvrant les yeux le monde allait toujours sous la mitraille.

Les uns revendiquent tel ou tel territoire.

D’autres mettent sous surveillance leur propriété privée.

Je me demande toujours de quoi elle pourrait être privée, leur propriété.

Sinon de l’intelligence d’une terre qui ne nous appartient pas.

D’une terre qui fera bien ce qu’elle veut.

Avec ou sans nous.


Ma tendre liberté m’entrainait en infinis délices.

Nous étions si loin de ces impératifs maléfiques que les hommes (les mâles en particulier) dressent entre eux.

Pour un instant, je trouvais contre le sein nu de ma liberté magnifique, douceur, tendresse et plaisir.

Nous drapions notre nudité d’un oriflamme multicolore, symbole de paix et de tolérance.

Pour un instant nos vies basculaient : c’était poisson versus poison.


Xavier Lainé


1er avril 2022


mardi 12 avril 2022

La guerre, sans fin 39

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés



Blindés et silencieux comme une tombe.

« Tu seras un homme, mon fils »

Il m’avait offert ce poème horrible qui prends la poussière derrière une pile de livre.

Poème repris pourtant, infiniment beau, mais Kipling ne sait pas.


Il ne sait pas que ces mots seront le couvercle de la tombe d’un fils.

Comme les russes ne savaient pas dans quel état étaient leurs fils, revenant d’Afghanistan, dans des cercueils de zinc.


Moi, posant une rose rouge sur celui de mon père, je le revoyais, maire de sa commune, plantant un arbre de la liberté.

Il ne savait pas que la liberté n’est qu’un mot si elle n’est que symbole.

Les « riens, les sans-dents », n’ont aucune liberté sinon, comme l’écrit Arno Bertina, celle de trop supporter l’arrogance insupportable de tous les va-t-en guerre économiques et gouvernementaux.


Demain sera jour de blague.

Il me prend de rêver que ce soit bonne blague, celle qui éclot au printemps d’un pays qui relève la tête.

Un pays qui ne se laisse plus diviser, même au nom d’un virus, par les peurs irraisonnées entretenues.

Un pays qui refuserait d’être réduit à la validité d’un QR code, nouveau bracelet de liberté conditionnelle soumise à l’arbitraire des caprices totalitaires.


C’est ce flambeau qu’il faudrait rallumer, celui du refus de toutes guerres.

Celui qui mettrait un terme à nos guerres sans fin.

En réactivant nos utopies, nous pourrions mettre le monde à portée de nos rêves, sans pour autant nier la difficulté de grandir en humanité.


Xavier Lainé


31 mars 2022 (4)


lundi 11 avril 2022

La guerre, sans fin 38

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Il n’en finit plus, ce dernier jour du mois qui a vu la résurgence des monstres du passé sur le continent européen…

Monstres dont les cendres étaient encore fumantes au Montenegro.

Là aussi, l’image qui demeure est celle d’une bibliothèque historique, à Sarajevo, incendiée et réduite à néant.

C’est le souvenir de ce journaliste monténégrin rencontré par hasard qui disait qu’il nous falait regarder de près le dépeçage de la Yougoslavie car l’Europe portait en elle le spectre de ses divisions.


Demain sera jour de blagues, bonnes ou mauvaises.

Puis les jours passeront et comme dans les bonnes maisons bourgeoises, on posera des draps blancs sur les meubles et les souvenirs.

On fera semblant d’oublier.

Les enfants de la seconde guerre mondiale peuvent-ils oublier l’angoisse des bruits de bottes et des bombes ?

Les enfants du Viet-Nam, du Cambodge, de l’Algérie, peuvent-ils oublier la terreur précédant la fuite éperdue ?


« J’ai oublié presque tout ce que je t’ai dit quand je suis venu te voir, la dernière fois, mais je me souviens de tout ce que je ne t’ai pas dit. D’une manière générale, quand je repense au passé et à notre vie commune, je me souviens avant tout de ce que je ne t’ai pas dit, mes souvenirs sont ceux de ce qui n’a pas eu lieu. » écrit encore Edouard Louis.


Je suis resté, moi aussi sur ma faim. 

Mon père est parti, le 31 mars et les mots sont restés enfouis sous des tonnes de résistance.

Il était de ce monde qui ne devait jamais avouer la moindre faiblesse, sans voir que c’est cet abus de dureté qui avait engendré les guerres du passé.

Il fallait avancer blindé comme les chars envahissant Budapest ou Pragues, comme ceux pilonnant les résistances africaines.


Xavier Lainé


31 Mars 2022 (3)


dimanche 10 avril 2022

La guerre, sans fin 37

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Hollande, Valls, El Khomri, Hirsch, Sarkozy, Macron, Bertrand, Chirac. L’histoire de ta souffrance porte des noms. L’histoire de ta vie est l’histoire de ces personnes qui se sont succédées pour t’abattre. L’histoire de ton corps est l’histoire de ces noms qui se sont succédés pour le détruire. L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique. » écrit Edouard Louis.


Tu auras été l’un des dommages collatéraux de cette guerre que les puissants mènent contre l’immense majorité des « riens », des « sans-dents », des « gaulois réfractaires » et autres amabilités affligeantes de bêtise et de mépris dont nous sommes abreuvés jusqu’à la nausée.

C’est cette guerre là qui autorise un pays à violer les frontières d’un autre.

C’est cette guerre là qui, dans un sursaut de mauvaise conscience nous fait accueillir les réfugiés d’Ukraine à bras ouverts tandis que les autres, ceux d’Idleb ou d’Alep fuyant les bombes russes, les yéménites fuyant les bombes françaises dérivent au large des lieux de villégiatures huppés des côtes méditerranéennes.

C’est de cette honte là qui monte depuis les années soixante dix dont tu fus la victime collatérale.

Tu avais vécu ton adolescence sous les bombes nazies, voilà que la même philosophie immonde trouvait grâce sur les plateaux des médias rachetés par les milliardaires qui, autrefois, avaient collaboré et vendu leur pays, livrant les « riens » et les « sans-dents » de l’époque, à l’horreur des camps.


Même plus besoin de nous enfermer désormais : il suffit d’un « QR Code » pour faire de nous les parias de leur monde immonde.

Au pays des droits de l’homme on peut crever de misère sur les trottoirs sans que quiconque (ou si peu) ne s’en indigne.

Les cadavres flottant entre deux eaux ne viennent pas perturber le bonheur des « vacances ». C’est de cette honte là, que tu es mort, mon père, le 31 mars 2018, même pas un an après l’élection des indignes.


Xavier Lainé


31 mars 2022 (2)


samedi 9 avril 2022

La guerre, sans fin 36

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Si étrange coïncidence, c’est un 31 mars que tu tiras ta révérence.

Pas un an après que les délirants furent élus.

Tu avais cru à leur jeunesse comme un signe d’espoir.

Parfois, on s’aveugle, on avance quand même malgré la douleur.


Le fils, lui, en réponse à l’aveuglement, adopte les dogmes opposés.

Réponse du berger à la bergère, mais pareil aveuglement !

Le fond de commerce des guerres se prélasse dans ce lit.

Tandis que les uns militent, persuadés de leurs convictions, qu’on s’écharpe et qu’on s’étripe pour un pouvoir qui toujours nous fuit, d’autres tirent les ficelles, les grosses ficelles.


Qu’aurais-tu dis et pensé, mon père, devant le désastre et le champ de ruines ?

Il n’aura pas fallu longtemps pour que les destructions de toute humanité s’accélèrent, sous l’emprise de ces déjà-hors-humains qui se sont approprié tout pouvoir sur nos vies.

Peut-être as-tu eu raison de tirer ta révérence avant que nous tombions dans ce précipice, ce gouffre vertigineux de la guerre de tous contre tous, sans fin.


Ce fut peu de temps après ton départ que je tombais sur le petit livre d’Edouard Louis dont le titre attira mon attention : « Qui a tué mon père ? »

Je me posais la même question.

C’était quoi ce cancer, sinon celui de la bêtise montante qui ne cessait de te ronger de l’intérieur, de cette sourde révolte qui ne trouvait plus d’émonctoire ?

Il fallait bien que ça sorte, puisque, en quelques mois tu es passé de discours défendant encore tes dogmes à un mutisme qui en disait long sur tes ruminations intérieures.


Xavier Lainé


31 mars 2022 (1)


vendredi 8 avril 2022

La guerre, sans fin 35

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Ce qui se joue, c’est cette partie d’échec entre possédants et dépossédés conscients de leur dépossession.

De révoltes en révolutions, de guerres fratricides et querelles de frontières, c’est toujours ce jeu mortifère où les perdants sont toujours les mêmes.

Qu’importent les hauts faits que l’histoire nous rapporte à l’envie : le bilan de chaque guerre se chiffre en milliers de morts pour les uns, en milliards de profits pour les autres.

Mais on veut nous convaincre, s’il le faut en peignant l’histoire de couleurs chatoyantes, qu’il y aurait gloire à mourir sur ce champ d’horreur.


On vient ici et là nous chanter les louanges de la patrie !

Qui se pose la question de savoir quand et par qui fut inventé ce terme funeste ?

Quel rapport entre le culte de la domination, parfois cléricale, et l’instinct de défense d’une patrie qui serait sans cesse en danger ?

Quel danger ont à craindre des peuples curieux, instruits, capables d’aller voir comment leurs voisins vivent, de se nourrir de toutes les expériences pour mieux vivre au sein d’une culture apaisée ?

Sinon barrières linguistiques (qui ne sont barrière qu’à la condition d’avoir un esprit de supériorité d’une langue sur une autre), derrière quels barbelés pourraient se construire les peuples ?


Regardez, regardez donc, comment, usant d’un virus, au sein des mêmes peuples parlant les mêmes langues nos indignes esprits dominants auront réussi le tour de force de nous diviser, de nous dresser les uns contre les autres !

Le symbole de leur système de domination se dresse sous nos yeux : ce sont les ruines d’Alep, d’Idleb et désormais de Mariupol.

Voilà le symbole de leur philosophie du néant destructeur et de leur barbarie.


Xavier Lainé


30 mars 2022


jeudi 7 avril 2022

La guerre, sans fin 34

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Alors, je finirai par me taire faute d’avoir les codes d’accès.

Ils ont tenté le QR code, mais le monde, tel qu’il est, est construit autour de ces barrières infranchissables liées à la notoriété.

Il faut en ce monde briller ou mourrir seconde classe faute d’avoir accepté les grades.

On y est gradé ou dégradé selon nos origines ou nos classes.

Il faut y montrer patte blanche pour vendre ses livres.

Il faut y briller par une écriture qui caresse les egos dans le sens du poil.

À défaut on meurt soldat inconnu au fond des tranchées de l’oubli.


Tu peux toujours le refuser, ce monde qui te demande toujours de valider tes accès.

Il paraît même que pour devenir écrivain, il faudrait montrer un master de « création littéraire », ça ne s’invente pas, ça devrait se refuser.

On fait croire que par la voie royale de l’université, nous verrons l’éclosion des talents.

Avez-vous remarqué le peu d’ouvriers dans l’histoire littéraire ?

Il faut être du beau monde et, parfois, avec une certaine condescendance, parler de ce monde tellement dépossédé qu’il ne peut même plus parler de lui-même.

Il reste sans voix et d’autres (Ha ! Les belles âmes !) devront donner leur voix aux sans voix cantonnés derrière la frontière tracée par dame Bonne Fortune.

Il faut être bien né pour apparaître entre les couvertures cartonnées des livres, dans ce monde au QR code bien poli.

Il ne faut pas jeter un pavé dans la mare de la filière livre soutenue par les mêmes financiers qui étranglent les sans voix.

Si tu ne vis pas du bon côté des barbelés médiatiques, tes rares livres seront voués au pilon, à défaut de briller au pinacle de la célébrité.

Tu finis alors par te taire, t’endormant sur une belle oeuvre posthume.


Xavier Lainé


29 mars 2022 (2)