lundi 11 avril 2022

La guerre, sans fin 38

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Il n’en finit plus, ce dernier jour du mois qui a vu la résurgence des monstres du passé sur le continent européen…

Monstres dont les cendres étaient encore fumantes au Montenegro.

Là aussi, l’image qui demeure est celle d’une bibliothèque historique, à Sarajevo, incendiée et réduite à néant.

C’est le souvenir de ce journaliste monténégrin rencontré par hasard qui disait qu’il nous falait regarder de près le dépeçage de la Yougoslavie car l’Europe portait en elle le spectre de ses divisions.


Demain sera jour de blagues, bonnes ou mauvaises.

Puis les jours passeront et comme dans les bonnes maisons bourgeoises, on posera des draps blancs sur les meubles et les souvenirs.

On fera semblant d’oublier.

Les enfants de la seconde guerre mondiale peuvent-ils oublier l’angoisse des bruits de bottes et des bombes ?

Les enfants du Viet-Nam, du Cambodge, de l’Algérie, peuvent-ils oublier la terreur précédant la fuite éperdue ?


« J’ai oublié presque tout ce que je t’ai dit quand je suis venu te voir, la dernière fois, mais je me souviens de tout ce que je ne t’ai pas dit. D’une manière générale, quand je repense au passé et à notre vie commune, je me souviens avant tout de ce que je ne t’ai pas dit, mes souvenirs sont ceux de ce qui n’a pas eu lieu. » écrit encore Edouard Louis.


Je suis resté, moi aussi sur ma faim. 

Mon père est parti, le 31 mars et les mots sont restés enfouis sous des tonnes de résistance.

Il était de ce monde qui ne devait jamais avouer la moindre faiblesse, sans voir que c’est cet abus de dureté qui avait engendré les guerres du passé.

Il fallait avancer blindé comme les chars envahissant Budapest ou Pragues, comme ceux pilonnant les résistances africaines.


Xavier Lainé


31 Mars 2022 (3)


dimanche 10 avril 2022

La guerre, sans fin 37

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Hollande, Valls, El Khomri, Hirsch, Sarkozy, Macron, Bertrand, Chirac. L’histoire de ta souffrance porte des noms. L’histoire de ta vie est l’histoire de ces personnes qui se sont succédées pour t’abattre. L’histoire de ton corps est l’histoire de ces noms qui se sont succédés pour le détruire. L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique. » écrit Edouard Louis.


Tu auras été l’un des dommages collatéraux de cette guerre que les puissants mènent contre l’immense majorité des « riens », des « sans-dents », des « gaulois réfractaires » et autres amabilités affligeantes de bêtise et de mépris dont nous sommes abreuvés jusqu’à la nausée.

C’est cette guerre là qui autorise un pays à violer les frontières d’un autre.

C’est cette guerre là qui, dans un sursaut de mauvaise conscience nous fait accueillir les réfugiés d’Ukraine à bras ouverts tandis que les autres, ceux d’Idleb ou d’Alep fuyant les bombes russes, les yéménites fuyant les bombes françaises dérivent au large des lieux de villégiatures huppés des côtes méditerranéennes.

C’est de cette honte là qui monte depuis les années soixante dix dont tu fus la victime collatérale.

Tu avais vécu ton adolescence sous les bombes nazies, voilà que la même philosophie immonde trouvait grâce sur les plateaux des médias rachetés par les milliardaires qui, autrefois, avaient collaboré et vendu leur pays, livrant les « riens » et les « sans-dents » de l’époque, à l’horreur des camps.


Même plus besoin de nous enfermer désormais : il suffit d’un « QR Code » pour faire de nous les parias de leur monde immonde.

Au pays des droits de l’homme on peut crever de misère sur les trottoirs sans que quiconque (ou si peu) ne s’en indigne.

Les cadavres flottant entre deux eaux ne viennent pas perturber le bonheur des « vacances ». C’est de cette honte là, que tu es mort, mon père, le 31 mars 2018, même pas un an après l’élection des indignes.


Xavier Lainé


31 mars 2022 (2)


samedi 9 avril 2022

La guerre, sans fin 36

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Si étrange coïncidence, c’est un 31 mars que tu tiras ta révérence.

Pas un an après que les délirants furent élus.

Tu avais cru à leur jeunesse comme un signe d’espoir.

Parfois, on s’aveugle, on avance quand même malgré la douleur.


Le fils, lui, en réponse à l’aveuglement, adopte les dogmes opposés.

Réponse du berger à la bergère, mais pareil aveuglement !

Le fond de commerce des guerres se prélasse dans ce lit.

Tandis que les uns militent, persuadés de leurs convictions, qu’on s’écharpe et qu’on s’étripe pour un pouvoir qui toujours nous fuit, d’autres tirent les ficelles, les grosses ficelles.


Qu’aurais-tu dis et pensé, mon père, devant le désastre et le champ de ruines ?

Il n’aura pas fallu longtemps pour que les destructions de toute humanité s’accélèrent, sous l’emprise de ces déjà-hors-humains qui se sont approprié tout pouvoir sur nos vies.

Peut-être as-tu eu raison de tirer ta révérence avant que nous tombions dans ce précipice, ce gouffre vertigineux de la guerre de tous contre tous, sans fin.


Ce fut peu de temps après ton départ que je tombais sur le petit livre d’Edouard Louis dont le titre attira mon attention : « Qui a tué mon père ? »

Je me posais la même question.

C’était quoi ce cancer, sinon celui de la bêtise montante qui ne cessait de te ronger de l’intérieur, de cette sourde révolte qui ne trouvait plus d’émonctoire ?

Il fallait bien que ça sorte, puisque, en quelques mois tu es passé de discours défendant encore tes dogmes à un mutisme qui en disait long sur tes ruminations intérieures.


Xavier Lainé


31 mars 2022 (1)


vendredi 8 avril 2022

La guerre, sans fin 35

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Ce qui se joue, c’est cette partie d’échec entre possédants et dépossédés conscients de leur dépossession.

De révoltes en révolutions, de guerres fratricides et querelles de frontières, c’est toujours ce jeu mortifère où les perdants sont toujours les mêmes.

Qu’importent les hauts faits que l’histoire nous rapporte à l’envie : le bilan de chaque guerre se chiffre en milliers de morts pour les uns, en milliards de profits pour les autres.

Mais on veut nous convaincre, s’il le faut en peignant l’histoire de couleurs chatoyantes, qu’il y aurait gloire à mourir sur ce champ d’horreur.


On vient ici et là nous chanter les louanges de la patrie !

Qui se pose la question de savoir quand et par qui fut inventé ce terme funeste ?

Quel rapport entre le culte de la domination, parfois cléricale, et l’instinct de défense d’une patrie qui serait sans cesse en danger ?

Quel danger ont à craindre des peuples curieux, instruits, capables d’aller voir comment leurs voisins vivent, de se nourrir de toutes les expériences pour mieux vivre au sein d’une culture apaisée ?

Sinon barrières linguistiques (qui ne sont barrière qu’à la condition d’avoir un esprit de supériorité d’une langue sur une autre), derrière quels barbelés pourraient se construire les peuples ?


Regardez, regardez donc, comment, usant d’un virus, au sein des mêmes peuples parlant les mêmes langues nos indignes esprits dominants auront réussi le tour de force de nous diviser, de nous dresser les uns contre les autres !

Le symbole de leur système de domination se dresse sous nos yeux : ce sont les ruines d’Alep, d’Idleb et désormais de Mariupol.

Voilà le symbole de leur philosophie du néant destructeur et de leur barbarie.


Xavier Lainé


30 mars 2022


jeudi 7 avril 2022

La guerre, sans fin 34

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Alors, je finirai par me taire faute d’avoir les codes d’accès.

Ils ont tenté le QR code, mais le monde, tel qu’il est, est construit autour de ces barrières infranchissables liées à la notoriété.

Il faut en ce monde briller ou mourrir seconde classe faute d’avoir accepté les grades.

On y est gradé ou dégradé selon nos origines ou nos classes.

Il faut y montrer patte blanche pour vendre ses livres.

Il faut y briller par une écriture qui caresse les egos dans le sens du poil.

À défaut on meurt soldat inconnu au fond des tranchées de l’oubli.


Tu peux toujours le refuser, ce monde qui te demande toujours de valider tes accès.

Il paraît même que pour devenir écrivain, il faudrait montrer un master de « création littéraire », ça ne s’invente pas, ça devrait se refuser.

On fait croire que par la voie royale de l’université, nous verrons l’éclosion des talents.

Avez-vous remarqué le peu d’ouvriers dans l’histoire littéraire ?

Il faut être du beau monde et, parfois, avec une certaine condescendance, parler de ce monde tellement dépossédé qu’il ne peut même plus parler de lui-même.

Il reste sans voix et d’autres (Ha ! Les belles âmes !) devront donner leur voix aux sans voix cantonnés derrière la frontière tracée par dame Bonne Fortune.

Il faut être bien né pour apparaître entre les couvertures cartonnées des livres, dans ce monde au QR code bien poli.

Il ne faut pas jeter un pavé dans la mare de la filière livre soutenue par les mêmes financiers qui étranglent les sans voix.

Si tu ne vis pas du bon côté des barbelés médiatiques, tes rares livres seront voués au pilon, à défaut de briller au pinacle de la célébrité.

Tu finis alors par te taire, t’endormant sur une belle oeuvre posthume.


Xavier Lainé


29 mars 2022 (2)


mercredi 6 avril 2022

La guerre, sans fin 33

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


J’arrive au terme de mon voyage, de mon ouvrage

Mais hélas pas au terme de cette guerre

Comme beaucoup j’ai même cru impossible qu’elle ait lieu

Et pourtant


À trop laisser le pouvoir aux pires d’entre les hommes

À nourrir nos haines tenaces

Nos jalousies stupides

Nos boulimies de richesses 

Nos guerres intestines

Vient inévitablement la guerre 

La querelle pour un barbelé de frontière

Jetant de part et d’autres

Âmes ébranlées qui pourtant parlent même langue

Qui parfois se sont aimées


C’est ce déchirement

Commencé au coeur de nous-mêmes 

Cet aveuglement qui nous détourne de nos propres vies

De leur invention pacifique 

C’est dans l’acceptation de nos dépossessions

Que déjà vient le conflit d’intérêt

Pas seulement dans ces guerres de possession

Quoi sont au fondement des pouvoirs


Dépossédés de notre propre pouvoir sur nos vies

Ils peuvent alors en toute impunité

Nous envoyer au front de leurs profits

Où nous nous déchirons à pleines dents

Sans nous douter être les soldats de leurs vanités


Xavier Lainé


29 mars 2022 (1) 


mardi 5 avril 2022

La guerre, sans fin 32

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


J’arrive au terme d’un mois sur ce territoire d’une guerre sans fin !

Ai-je pu documenter en quoi la guerre en cours en Ukraine n’est qu’un épisode de plus de celle, infinie, existante depuis qu’une poignée d’humains, forts de se croire sapiens, ne savent qu’utiliser la force pour s’approprier la terre ?

Ai-je su dire ce qui ne se dit pas, ce qui rend un écrit illisible parce qu’il retourne le couteau dans la plaie du conformisme tellement plus confortable que le doute ?


À l’heure de mettre un terme à ce voyage d’un mois en territoire de permanents conflits, je doute moi-même de la véracité de ce que je ressens.

Écrire ne me donne aucun droit de vérité.

Écrire ne fait que me mettre à cette distance qui monte les gradins de la littérature pour seulement me hisser au sommet d’une montagne de mots.

En écrivant, en découvrant que des imbéciles bien français veulent interdire la littérature ou la musique russe, que d’autres abrutis demandent à débaptiser un lycée Soljénitsine, je pense à tous ces musiciens, danseurs, écrivains qui se sont élevés contre les pouvoirs totalitaires imposés à leur pays depuis toujours.

Les voix qui s’élèvent contre cette stupidité qui ne fait que nourrir les démons de ce siècle sont rares.

Je pense à André Markowicz s’appuyant sur les vers d’Anna Akhmatova.

Je pense à Svetlana Alexievitch dont si peu répandent la parole.

Je pense à Mandelstam mort dans les camps du stalinisme.


Mon adolescence fut bercée par le chant d’Henri Troyat dans « La lumière des justes » : celui des Décembristes envoyés, déjà, en Sibérie, pour avoir osé se soulever contre la toute puissance du Tsar.

Comme chez nous aujourd’hui, il est si difficile de soulever le couvercle de l’injustice.


Xavier Lainé


28 mars 2022 (3)