mercredi 30 mars 2022

Gammes

 




C'est l'histoire d'un carnet, et de mots écrits dedans au fil de la vie.

C'est l'histoire d'un carnet lentement retranscrit, réécrit, corrigé, lu et relu jusqu'à ne plus savoir qu'y changer.

C'est l'histoire d'un tapuscrit envoyé, à tout hasard et sans illusion auprès d'un éditeur qui semblait fiable.

C'est l'histoire d'un contrat trouvé et retourné avant d'être signé, pour être sur qu'il n'y ait pas d'entourloupe.

C'est l'histoire d'un livre paru sur lequel il semblait que l'éditeur s'engageait à faire sa promotion, donc à en faire circuler les exemplaires.

C'est l'histoire d'exemplaires qui n'ont eu d'existence que là où l'auteur est passé et nulle part ailleurs.

C'est l'histoire d'un mail reçu trois ans plus tard annonçant la mise au pilon des ouvrages, à moins que l'auteur ne les rachète.

C'est l'histoire, toujours la même, des illusions semées par ceux qui font profit du travail des autres.

C'est l'histoire d'un auteur qui ne cesse d'écrire mais, décidément, ne trouve aucune porte qui soit vraiment accueillante.

C'est l'histoire d'un auteur qui se contentera désormais d'écrire une belle oeuvre posthume, incapable de faire son auto promotion.

C'est l'histoire d'une filière du livre qui n'est finalement qu'une histoire d'argent, pas de littérature.


A bon entendeur salut !

Xavier Lainé

30 Mars 2022


NB. Vous pouvez toujours harceler l'éditeur en allant commander ce livre tant qu'il est toujours disponible : Gammes/Editions Le Lys bleu

La guerre, sans fin 26

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Une humanité éclairée, consciente de toutes ses potentialités dans une société écologiquement harmonieuse, n’est qu’un espoir et non une réalité présente ; un « devoir être », non un « étant ». Tant que nous n’aurons pas créé cette société écologique, nos capacités de nous entretuer et de dévaster la planète continueront de faire de nous une espèce encore moins évoluée que les autres. » Murray Bookchin, L’écologie sociale, éditions Wildproject, 2020


J’ai ficelé un peu plus mon drapeau de paix à ma fenêtre.

Pour qu’il ne s’incline plus ni à droite ni à gauche mais qu’il claque au vent, bien droit au milieu des tempêtes (qui ne viennent pas — et quand elles viendront, sans doute faut-il nous attendre à je ne sais quelle catastrophe).


J’ai ficelé un peu plus serré mon drapeau puisqu’il devra tenir longtemps avant que je puisse le ranger.

J’imagine mon bureau, mon lieu de travail comme une « ambassade de la paix », ce continent qui n’existe pas.

Furetant en la librairie Au coin des mots passants (à Gap — Hautes-Alpes), je découvrais une réédition de L’archipel du Goulag de Soljénitsine : son histoire était venue heurter de plein fouet mon adolescence finissante.

Mon premier lien avec le « bloc » qui couvrait cet archipel fut une correspondance avec une tchèque de mon âge.

Correspondance mystérieusement interrompue au moment du « printemps de Prague ». 

Je n’ai jamais su ce qu’était devenue ma correspondante. 

Juste ce souvenir du vide, lorsque les mots se furent arrêtés contre le rideau de fer, le mur.

Que celui-ci soit tombé en 1989 a-t-il vraiment changé quelque chose au triste sort du monde ?

Sinon faire tomber les peuples, d’un côté comme de l’autre, d’une illusion dans une autre, d’une dépossession dans une autre.


Xavier Lainé


23 mars 2022


mardi 29 mars 2022

La guerre, sans fin 25

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Riens » qui sont tout un monde à reconstruire.

Car dépossédés depuis des années de tout pouvoir sur leur propre existence, il leur faut tout réapprendre.

Ou, du moins, ne plus se laisser embarquer dans l’illusion qu’un sauveur, fut-il le mieux intentionné, ferait le mieux pour eux.


Il n’est que trop lisible, ce monde de la dépossession.

Il se décline en flot de misères, en noyés fuyant les massacres, en morts de froid sur les trottoirs de nos villes, devant les vitrines rutilantes mais inaccessibles.

Les organisateurs de ce chaos ont des noms, des visages, ils émargent parfois sur les impôts de ceux qui en paient.

Ils se gavent tandis qu’on crève devant leurs portes royalement défendues par les cerbères à leur solde.

De ce chaos il tirent encore plus de pouvoir, semant le doute et le désespoir dans les esprits égarés.


Il est temps et heure de sonner le réveil des peuples et le glas des esclavagistes.

Il est temps que la peur et le doute changent de camp.

Resterons-nous sur ce seuil, avec pour seule perspective, celle promise d’un monde toujours plus insupportable et invivable ?

Ou prendrons-nous le temps de nous mettre à l’oeuvre, de saisir l’occasion de reconstruire ce qui a été méticuleusement détruit ?


Imaginons un instant l’onde bénéfique qui traverserait le monde si un peuple comme le nôtre reprenait en main son propre destin !

Imaginons la traînée de poudre d’espérance qui serait semée, et l’enthousiasme de vivre retrouvé !

Car c’est au fond, là que nous puiserons notre capacité à vivre en paix.


Xavier Lainé


22 mars 2022 (2)


lundi 28 mars 2022

La guerre, sans fin 24

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés



Je me souviens de ce jour

De cette nuit de bombes incendiaires

Cette fois là

C’était Bagdad

Sous les tirs américains


Et la foule immense dans les rues du monde

Une foule comme jamais vu

Qui disait qu’il ne fallait pas


Et dans la nuit j’écrivais

« La mille et unième nuit c’était hier »

Pour Shéhérazade qui pleurait

Assise sur les ruines


Combien d’autres ont pleuré

Sous les bombes russes

À Idleb et Alep

Sous les bombes françaises

À Tripoli ou Bamako

Ou encore au Yemen


Combien d’autres

Combien de larmes

Tandis qu’autour des corbeilles du monde

Les plus riches se réjouissent

Et spéculent

Sur les larmes des autres

Ces pauvres « rien »

Qui sont tout un monde


Xavier Lainé


22 mars 2022 (1)


dimanche 27 mars 2022

La guerre, sans fin 23

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés



Car au fond, la tragédie est ici : elle jaillit de cette guerre continue que les dominants font supporter aux dominés.

Font supporter et en font les acteurs principaux.


Je me souviens.

J’étais étudiant à Paris et louais un petit deux pièces au septième étage sans ascenseur, non loin de la rue de Charonne.

Sur le même palier dont nous partagions les toilettes, vivait, dans un petit appartement à peine plus grand que le mien, un vieil homme.

Souvent, le dimanche, je profitais de mon temps libre pour lui remonter pain et croissants de bon matin, ainsi que son journal.

Le midi, il venait discrètement frapper à ma porte pour m’inviter à boire un apéritif avec lui. Sa langue se déliait alors et il me parlait de ses souvenirs de guerre qu’il avait vécue dans les Balkans.

Il me décrivait l’horreur et la surprise d’en être sorti vivant.

« Mais », me disait-il, « pendant que nous risquions nos vies dans les tranchées des Balkans, d’autres de notre âge, jouaient à la roulette dans les casinos de Monaco ! »

Logique implacable, vies d’apocalypse et moralité réaliste : ceux qui vont se faire étriper à grands coups de baïonnettes ne sont pas ceux qui fomentent les conflits.

Ceux-là, jouent à la roulette et engrangent les bénéfices dans les corbeilles du monde.


C’est toute la tragédie, qui semble aujourd’hui un peu écornée : que les peuples qui ne veulent pas la faire finissent par, comme le prétend l’histoire officielle, aller faire la guerre la fleur au fusil et en chantant des chants patriotiques.

Tragédie enfin un peu écornée puisque les voix discordantes montent dans le silence pesant des pantoufles médiatiques.


Xavier Lainé


20 mars 2022 (2)


samedi 26 mars 2022

La guerre, sans fin 22

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Il me faut documenter cette chose, cette quasi évidence, de plus en plus anthropologiquement fondée : guerres et dominations ne sont pas incontournables.

Rien ne justifie que les humains soient pire que loups pour eux-mêmes.

Que l’éducation, l’histoire, la philosophie répande l’idée que la violence est inéluctable, biologiquement intrinsèque à notre état d’hommes, devrait nous interroger.

Or non : le tour de force est d’avoir fait admettre comme un évidence ce qui ne ressort nullement des études un peu sérieuses que médias et pouvoirs se gardent bien de divulguer.

À qui profitent ces omissions ?


Il me faut me faire le témoin de cette abomination qui consiste à inculquer aux enfants l’idée d’une violence génétiquement banalisée.

De tous temps la guerre aurait été, car l’homme lui-même en aurait forgé les armes, comme un atavisme incontrôlable.

Il me faut donc aussi documenter cette chose incroyable : qu’une majorité d’humains dont la soif de paix est immense puissent se laisser envahir par une idée fausse d’eux-mêmes au point de s’en porter garants.


« Le virus qui atteint les hommes dans ce qui avait donné ses meilleurs chances à l’espèce, son intelligence, se propage en épidémie.

Les terrifiantes activités de ceux qui sont atteints par ce virus rappellent celles des organismes qui s’entredévorent dans les « écosystèmes », sauf que les déséquilibres qu’ils déclenchent ne se rééquilibrent jamais. Insoupçonnable deux millénaires plus tôt, ce chiendent dévaste les luxuriants jardins mésopotamiens. » Catherine Claude, L’enfance de l’humanité, éditions L’Harmattan, 1997


Rien ne semble justifier la soumission à des dogmes non établis.

Et pourtant je l’entends tous les jours : c’est de l’homme lui-même que jaillirait la haine.


Xavier Lainé


20 mars 2022 (1)


vendredi 25 mars 2022

La guerre, sans fin 21

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Si lointaine sont les rumeurs

Qu’indifférents au sort du monde

Laissent trainer dans leur sillage


Emportés par le vent des cimes

Les masques de la soumission

L’égarement des esprits perdus


Rares plaques de vieille neige

Résistent encore à l’assaut 

D’un climat qui s’échauffe

À rendre la vie délicate

Sur les rives assoiffées

Où vont peuples errants


*


Guerres sans fin qui jamais ne délivrent

Du poids insensé des tourments et tourmentes

J’ai fui

Et je fuirai encore

Pour ne point succomber

Sous le poids gigantesque

Des exploitations honteuses


J’ai sans doute perdu d’avance

Ils le disent eux-mêmes

Dans la guerre des classes

Ils ont l’assurance morbide

De sortir vainqueurs


Xavier Lainé


19 mars 2022