mercredi 5 mai 2021
mardi 4 mai 2021
Je n'sais pas faire
Vous me voyez ?
Vous ne me voyez pas !
Je suis toujours dans l'ombre d'un livre,
coincé entre deux pages de rêves,
dilué dans une prose infinie
envolé sur des vers merveilleux.
Vous ne me voyez pas.
Je navigue entre deux eaux,
dans des petits matins brumeux.
Je me fonds entre les racines d'un arbre,
j'en étreins troncs et ramures,
oubliant dans la tendresse
l'âpre survie et l'envie d'apparaître.
Je ne suis que mon ombre
qui ne sait pas se montrer
qui ne sait pas briller
aux yeux d'un monde sans...
Sans quoi ? Ne saurais dire,
sinon que je n'y trouve pas
havre de paix où me déposer, me reposer
tant vertige m'étreint d'en voir tant
qui posent leur nom et leur portrait
sur des mots infiniment plus brillants
que tous ceux qui me traversent
dards brûlants sous ma peau désoeuvrée.
Xavier Lainé
4 mai 2021
lundi 3 mai 2021
A quoi bon ?
Je voudrais savoir rallumer les lumières.
Je voudrais savoir éliminer les doutes qui me montent à la gorge.
Je voudrais savoir vivre encore et non survivre.
Je voudrais savoir renouer avec une joie de vivre perdue depuis longtemps.
Mais...
Alors je reste, dans le silence et la compagnie de mes livres.
J'écris sur des pages illisibles des histoires posthumes.
Dans l'attente d'un printemps qui refleurirait notre humanité
Xavier Lainé
3 mai 2021
samedi 1 mai 2021
Rouge misère 33 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)
Il a un nom qu’il ne faut pas dire, sinon sous le manteau.
Un imprononçable car le dire c’est déjà lui retirer son masque.
C’est sacrilège de retirer le masque de celui dont il ne faut pas dire le nom.
Dont il ne faut pas dénoncer les exactions.
Dont il faudrait attendre qu’il s’adapte à toutes les conséquences de ses propres crimes.
Alors tu attends comme tout le monde.
C’est un jour sombre où des gens meurent.
Pas si nombreux que ça, ceux qui meurent.
Mais ils meurent faute de soin.
Essentiellement faute de soin.
Hier on te mitraillait sur une barricade.
Désormais on te laisse crever, de faim ici, de noyade là, de froid ailleurs.
Plus besoin de mitraille, il suffit de supprimer des lits d’hôpitaux, de ne plus payer les soignants sinon avec lance-pierre.
Ha ! Si seulement ils pouvaient rétablir l’esclavage mais à moindre frais !
C’est à dire que tu sois salarié, corvéable à merci dans ton chez toi, devant ton écran, disponible à toutes heures, mais sans salaire.
Car c’est encore trop de payer des gens, et puis pour le bien-être de la planète, ce serait bien de l’alléger de quelques millions de personnes.
Les pauvres, on le sait se reproduisent plus que les riches, alors multiplions les pauvres : ils feront la chair à canon de leur productivité.
Concentrés comme poulets en batterie dans des logements de promiscuité, ils seront faciles à contaminer.
Il resteront devant leur écran plat, dans leur vie plate, pensées à l’unisson.
Que tu puisses espérer une amende honorable de leur part, c’est te mettre le doigt dans l’oeil avec interdiction d’exprimer ta douleur.
Sans renversement du capital et de sa domination, il n’est aucune commémoration possible.
Réveille-toi, c’est l’heure !
Xavier Lainé
31 mars 2021 (4)
vendredi 30 avril 2021
Rouge misère 32 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)
Tu ne sais pas comment mais eux ils savent, mieux que toi.
Alors, docile, tu vas te calmer avec un paquet de chips indestructible devant ton écran plat, avec ton cerveau rendu de même pour écouter Jupiter te dire ses décisions.
Quel bel homme, si jeune, qui sait te protéger du pire.
Le pire est derrière le masque mais tu rêveras quand même de baiser avec, ou de te faire baiser, mais c’est une autre histoire.
La journée n’est pas finie.
L’aube pointe son triste nez.
Tu occupes l’espace de piles de livres lus et non lus.
Tu navigues des uns aux autres sans trop savoir que faire de tes connaissances.
Tu te tais pour ne pas avoir l’air de créer des « polémiques ».
Tu te tais car, une fois le monde rendu aussi plat que l’écran sur lequel tu écris, tu ne vois pas vraiment de quels mots allumer la mèche.
Tu sais, seulement qu’il faudrait bien qu’enfin ça explose, non pour accomplir une « révolution », mais pour vraiment passer à autre chose.
Tandis qu’une multitude masquée rêve de se faire baiser par Jupiter, tu t’imagines déboulonnant la statue pour la jeter à l’océan.
Tandis qu’ici et là, de piètres esprits « commémorent » la commune, mais juste elle, hein, faut pas abuser avec 93, 30, 48, et puis 47 et puis 68, et puis…
Et puis plus rien, juste des gilets soulevant un instant le couvercle, laissant échapper un maigre filet d’espoir, juste avant que ne se répande le virus de la soumission absolue devant l’ennemi invisible par déni.
Il a un nom, le virus qui se répand depuis des siècles, et que des communards audacieux ont tenté de renverser, avant de tomber sous les balles versaillaises.
Il a un nom et des pilotes, des capitaines d’industrie et de finance, des présidents et des ministres et domine le monde en le menant à sa destruction sans état d’âme.
Xavier Lainé
31 mars 2021 (3)
jeudi 29 avril 2021
Rouge misère 31 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)
Regardez, regardez bien avec quelle application ils tuent dans nos propres esprits toute référence à un passé qui leur arrachait des miettes.
Qui leur arrachait des miettes faute de savoir comment mettre bas les statues du commandeur.
Faute de trouver les façons d’inventer un autre temps, une autre vie, un autre rapport entre humains et terre qui s’affranchisse de leur esprit de domination.
Les doigts en pointe et la règle qui tape.
Pédagogie de la domination : tu dois te soumettre et dans ta soumission soumettre les autres et ainsi de suite jusqu’à extermination génocidaire de l’esprit même d’humanité.
Au final, on te terrorise avec un virus.
Et là, tu te rappelles : les amérindiens disparus miraculeusement par variole interposée !
Mais oui, mais c’est bien sur, plutôt que d’abattre le commandeur du crime, on te culpabilise.
On te tape sur les doigts et si tu persistes à proclamer qu’il faut en finir avec le système qui par esprit de domination met la planète à feu et à sang depuis les nouveaux Versailles que sont les « paradis fiscaux », on te crève un oeil, on t’arrache une main, on te fais rentrer, au 31 du mois, dans le grand cycle de la misère pandémique.
Merveille du système qui te fait croire en sa capacité à muter (ha ! La mutation, qu’ils disent !).
Et il mute, le bougre ! Et dans sa mutation il s’en fout de déchainer les tempêtes : il spécule sur leur survenue.
Il tire le beurre et l’argent du beurre, mais pour le reste, il te saigne à blanc.
Tu rentres chez toi, au 31 du mois.
Tu ne sais pas comment tu vivras demain.
Tu ne sais plus comment vivre aujourd’hui.
Xavier Lainé
31 mars 2021 (2)
mercredi 28 avril 2021
Rouge misère 30 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)
Au 31 du mois, je rentre chez moi.
J’ai fait trois petits tours avec mon drapeau et puis je suis revenu.
Je suis revenu à mon point de départ.
C’est ce qu’en physique on nomme une « révolution ».
Trois petits tours et puis s’en vont.
Et puis s’en vont les forces vives dans un bain de sang si elles persistent.
Les doigts pointés en l’air et la règle qui tape.
Ce fut, un temps, une forme de pédagogie.
De la soumission, certes, mais une pédagogie.
On ne tape plus sur les doigts, on dirige et on contrôle.
La situation est sous contrôle disent les flics.
Nous contrôlons la situation affirme Thiers depuis Versaille.
Le sang coule sur les berges de la seine où s’évanouissent nos amours.
Le sang coule dans les déserts où l’empreinte de mon enfance s’efface.
Le sang coule devant vos yeux, sur vos écrans plats.
Plats comme nos cerveaux une fois retiré le peu d’humanité que nous avions acquise.
Car c’est une conquête que de vivre en humain, cette chose résolument indéfinissable.
Parfois, il en faut de l’humanité et elle se trouve rarement dans les couloirs du pouvoir.
De ce côté là, sans un regard de compassion, on tape sur les doigts récalcitrants, on sidère les esprits encore éveillés, ou, si trop d’insistance à contester, on décide, de la galerie des glaces, royalement, divinement et avec la bénédiction du goupillon, de tirer dans le tas.
Les foudres de Jupiter (ou de Zeus, mais évoquer la Grèce est mal venu quand celle-ci est mise à genoux).
Regardez, regardez bien à quoi s’attaquent nos capitalistes qui n’aiment pas qu’on les nomme : Irak, berceau de l’écriture, Grèce, berceau de la philosophie et de l’art occidental.
Xavier Lainé
31 mars 2021 (1)



