dimanche 11 avril 2021

Un matin de mars (Anthologie)

 



J'écrivais une poétique des confins. Nous étions en mars, et me parvint un appel à texte, dont la publication viendrait à aider, si mes souvenirs sont exacts, population d'un EPAHD, dont on sait quel fut leur triste sort qui n'intéressait pas grand monde, du moins du côté du pouvoir.

Alors je venais d'écrire au matin du vingtième jour de notre enfermement. Nous ne mesurions pas bien vers où nous mènerait cette dictature sanitaire. Nous ne le voyons pas mieux aujourd'hui sinon que nos libertés les plus "essentielles" sont largement compromises au nom de la rentabilité des actions d'une poignée d'individus dépourvus de toute humanité.

J'écrivais, j'envoyais et puis, j'ai oublié, même lorsque je reçus par mail l'avis de publication et la possibilité d'en acheter un exemplaire. Il en est ainsi que je porte très peu d'attention au chemin que prennent mes écrits. 

Mais là, c'était pour une bonne cause, alors, il est toujours possible de racheter mon erreur en vous invitant à commander ce bel ouvrage ici : Editions L'Harmattan/Un matin de mars 2020

C'était en septembre 2020, ce n'est pas si loin sur l'échelle du temps...

Xavier Lainé

11 avril 2021

Rouge misère 13 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Je cultive la mémoire de ce qui fut, pour ne pas oublier.

Pour ne pas oublier qu’un jour vous fûtes debout sous la mitraille.

Debout sous la mitraille à défendre l’absolue nécessité de justice sociale.

Justice sociale dont la seule évocation donne des boutons aux bourgeois.

Boutonneux de vérole, ils ne peuvent tolérer que peuple pense.

Que peuple pense depuis sa place, sans en revendiquer une autre.

Une autre qui serait usurpation du pouvoir autocratique des élites.

Elites auto-proclamées qui ne connaissent que l’ivresse du pouvoir.

Du pouvoir et de l’argent gagné sur le dos de ceux qui vont debout.

Debout sous la mitraille, hommes et femmes et leurs enfants dépenaillés.

Dépenaillés et le ventre vide, les voici qui prennent parole et rendez-vous.

Rendez-vous avec l’histoire, pas celle avec un grand H.

Histoire avec un grand H qu’on fabrique sous les dorures.

Sous les dorures où siègent les bien-pensants émules du compromis.

Compromis toujours accompli sur les échines courbées.

Courbées : « oui not’ bon maître, oui not’ monsieur ».

Oui not’ bon maître, oui not’ monsieur comme dans la chanson.

Chanson qui court comme furet dans les têtes qui explosent.

Qui explosent de faim, de soif, de misère et de tragédie.

De tragédie : j’y entre de plein pied, en lisant et écrivant.

En écrivant d’une écriture qui demeure dans l’ombre.

Dans l’ombre où demeurent les actes sans compromis.

Sans compromis ni drapeaux, juste pour la beauté d’écrire.

Beauté d’écrire et d’usurper une parole trop longtemps contrainte.

Je suis de ce côté des barricades que bouches en cul de poule fustigent.

Bouches en cul de poule fustigent pour une violence non souhaitée.

Violence non souhaitée mais imposée par un système aveuglé.

Système aveuglé de puissance et de gloire qui ne tolère parole contraire.

Parole contraire qui pourtant serait d’un ordre démocratique.

D’un ordre démocratique qui ne va qu’au pas imposé.


Xavier Lainé


14 mars 2021


samedi 10 avril 2021

Rouge misère 12 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Tu sais, je te vois en égérie de 48, le sein nu sur les barricades, portant à bout de bras non le drapeau tricolore  de nos compromis, mais celui, rouge et noir, de nos révoltes millénaires.

Je te vois là, debout à la proue d’un nouveau monde que nos esprits fébriles cherchent à créer sur la terre brûlée laissée derrière eux par les profiteurs.

Nous sommes si nombreux avec toi, ma beauté fatale.


Tu es le pur symbole de notre amour pour l’humain et son devenir radieux.

À ton sein nous buvons le lait de nos libertés conquises, toujours remises en question par une histoire qui tourne trop souvent court et nous laisse sanglants au pied d’un mur.

D’ici, de cette époque sans figure d’où je te contemple, j’en connais qui voudraient te célébrer, te commémorer.

Je sais depuis si longtemps qu’il n’est de véritable commémoration qu’en cultivant le jardin fertile de nos utopies.


Je te suis depuis si longtemps, toi qui sait te dresser au devant des petites comme des grandes luttes.

Je suis à tes côtés, traversant l’histoire, un peu étourdi de ce que chaque lutte apporte au genre humain.

Et c’est d’abord cette fraternité sans fard, qui brille dans la nuit des soumissions absurdes.

C’est ensuite un parfum d’égalité qui fait se hérisser le poil des dominants.

C’est enfin cette liberté radieuse qui jaillit d’un baiser, d’un pavé, d’un amour qui s’écroule sous les balles des tyrans.

C’est une nuit de pleine lune qui accueille nos amours triomphants.

C’est un crépuscule brillant sur le front des jours sanglants

C’est une aube délicate où nos rêves se blottissent dans le silence d’ardents baisers.


Xavier Lainé


13 mars 2021


vendredi 9 avril 2021

Rouge misère 11 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Même pas crédible, cette amnésie qui frappe les esprits les plus pauvres.

Donc les victimes de ces temps de disette.

Que pouvoir fronce les sourcils et lève un doigt accusateur, voilà que tout le monde rentre dans le rang.

Que chacun retourne à ses occupations, à ses ivresses, à ses souffrances.

Il en fut ainsi après 89, 48, 71, 36, 47, 68…

Que pouvoir frappe et les échines plient sous la charge policière.

L’espoir ravalé, tu plonges dans la désillusion.

Hier certains te faisaient miroiter la lune.

Le pire est de les avoir cru.

Lentement, ils t’ont guidé vers la sortie.

Cent cinquante ans plus tard, tu es pauvre et tu le restes, tu ne crois plus en rien.

La bourgeoisie sait avec adresse se faire fossoyeuse des plus simples espérances.

L’aristocratie avait la faiblesse de se croire hors du lot.

Les bourgeois qui lui succèdent savent avec adresse user de leur perversité.

Et toujours les mêmes qui font cohortes au pointage des vies mortes.

Mortes sans indemnités.

Car vivre suspendu aux caprices des dominants, ce n’est pas vivre.

C’est bien pourquoi, j’ai été de toutes les jacqueries, de tous les instants révolutionnaires, de toutes les manifestations pour ou contre.

Je vis avec en sourdine le chant des canuts, celui des communards, des partisans.

Je vis avec ce rêve d’un monde ou le rouge ne ferait plus ce petit tiers d’un emblème national, mais serait le symbole d’un peuple enfin capable de s’inventer son monde.

Autrement, je ne vis pas, je me contente de traverser l’espace, de me réjouir des floraisons printanières sans lendemain qui chante.


Xavier Lainé


12 mars 2021


jeudi 8 avril 2021

Rouge misère 10 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Juste avant que ce sang ne soit plus qu’un tiers de l’emblème national.

C’est pourtant lui, le sang des révoltés, qui se répand sur les pavés de l’injustice établie en mode de bonne gouvernance.

Pour finir en tiers d’un drapeau dont le symbole est toujours privatisé.

Les deux tiers d’un état qui oublie les modes de calcul les plus élémentaires : deux-tiers d’un peuple qui se ruine à vendre sa force de travail, et un tiers qui exploite, profite, dirige, réprime.

Mais le drapeau donne portion congrue à la majorité du nombre.


Car au fond c’est l’éternel problème : nos révoltes qui s’épuisent, puis s’effondrent dans le sang versé, puis s’enfoncent dans l’oubli.

Un oubli tout relatif.

Un oubli qui laisse vagues traces dans quelques mémoires dispersées.

Parfois une nostalgie de ces instants de vertige et de joie qui te poussent à danser entre deux barricades, à embrasser les lèvres d’infinies amoureuses dont le sourire, l’instant d’après, se fige sous les mauvais coups des forces d’un ordre qui n’est pas le tien.


Tu en as étreint, des corps tendres, en haut de ces promontoires éphémères, hérissés de portes, barres de métal, charrettes et pavés retirés à la chaussée, au hasard de nos errances.

Que sont sublimes ces étreintes portées par l’espoir caressé, autant que les corps sublimes, d’une utopie tout à coup à portée de main et de rêve !

On s’aime fort dans ces instants qui prennent forme de révolution, où le doute d’un coup s’évanouit.

On s’imagine un monde tissé d’amour et de tendresse, débarrassé de la pression des richesses et des possessions.

On rêve, entre deux baisers, construire un univers radieux où hommes et femmes seraient libres d’aimer, de se mettre à l’oeuvre, de créer un monde sans prédétermination.


Xavier Lainé


11 mars 2021


mercredi 7 avril 2021

Rouge misère 9 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Un jour.

Un jour je me suis tu.

C’était comme si, assez brutalement, le couvercle du monde était tombé sur mes pensées.

Je ne savais pas comment faire.

J’étais toujours à côté.

De côté, aussi.


Un jour, je n’ai plus fait qu’observer le mouvement des foules.

Hier elles allaient, bonnets phrygiens et sans culotte, démembrer toutes les bastilles.

Le lendemain elles partaient la fleur au fusil, défendre une patrie tombée aux mains bien peu recommandables des rois de l’économie.

C’était comme un mauvais rêve, alors je suis retourné dans mes livres pour tenter de comprendre.

Comment tant peuvent vivre aussi versatiles ?


Un jour, prêts à en découdre avec tous les rois, les roitelets, les puissants de toutes espèces.

Puis aussitôt partent défendre leurs maîtres, nouveaux ayant remplacé les anciens.

Soumis aux chaines sous les sarcasmes polis des néo-monarques.

Elus, certes, élus, mais d’une élection tellement balisée que république ne résonne plus avec démocratie.


C’était juste après que 1789 eut sonné le triomphe des industriels et des commerçants, bourgeois ventrus croqués par Daumier.

L’un avait quitté la Creuse et l’autre Cracovie.

Gavroche hantait les rues de la capitale dans un de ces soubresauts de l’histoire vite étouffé dans le sang.


Xavier Lainé


10 mars 2021


mardi 6 avril 2021

Rouge misère 8 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Encore faut-il trouver le chemin de penser.

Or, quand la faim ou l’angoisse du lendemain te tenaille.

Quand tes journées se passent à perdre ta vie pour ne plus rien gagner.

C’est le temps qui te manque et l’aisance d’esprit.

Tu navigues alors sur un océan de fatigue.

Même plus capable de colère.

Même plus.

Tenir les yeux ouvert, c’est déjà une épreuve.

Tu travailles.

Il ne te reste rien.

Même l’idée de révolution te fait défaut.

Alors tu suis bêtement la cohorte des révoltés.

Tu t’assois sur le parvis et tend une main fébrile.

Tu vois : il en fallait des famines pour qu’arrive un jour 89.

Il en fallait des humiliations millénaires pour que peuple se mette en route.

Puis se repose à l’ombre d’une révolution très vite dévoyée.

Très vite retombe le couvercle sur tes épaules fourbues.

Le trafic de ta force de travail et la spéculation sur ta nourriture reprennent.

Ce ne sont plus tout à fait les même riches qu’hier qui spéculent sur ton art.

Ceux-là savent te prendre, te faire miroiter la fin de ton esclavage.

Ce n’est qu’illusion.

Mais si peu qui viennent et comprennent.

Il faut bien manger, tenter encore d’offrir toit à ta progéniture.

Comme tout s’achète et se vend, tu dois t’acheter raison de vivre.

Parfois, tu imagines un ailleurs plus clément.

Alors, de Cracovie ou de la Creuse, tu saisis ton baluchon et tu viens à Paris, n’imaginant pas que les lumières puissent être sous boisseau.

Les bourgeois te vendent jusqu’à leur mode de vie.


Xavier Lainé


9 mars 2021