vendredi 19 mars 2021

Prendre soin 19 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




S’ils ne jouent pas le jeu d'une productivité mortifère.

S’ils ne jouent pas le jeu de la bêtise et de la moyenne sans âme.

S’ ils persistent en leur contestation de toute forme de pouvoir abusif.

De toute forme de pouvoir même non abusif.

De toute idée préconçue et mal digérée.

De toute acte contraire à une éthique du soin.


S’ils n’entrent pas dans les clous d’une simplification outrancière.

Dans l’étrange perdition d’une science réduite à ce qu’elle ne saurait être.


Il ne te faut pas penser, pas contester, par sentir, pas pleurer.

Pas pleurer de constater en quelle maltraitance un roitelet mène ses sujets.

Pas faire de lien entre ce monde d’une cruauté et violence inouïes, et la nature des symptôme exprimés.

Pas inviter à contester un ordre qui nourrit ton chiffre en sacrifiant ton âme.


Pour ne pas être purement et simplement sacrifié, le mérite revenant aux productivistes qui multiplient les actes techniques sans âme, sans un regard pour les personnes que le système broie.

C’est chose étrange que cette « science » ne se penche jamais sur l’origine des symptômes.

Comme si nous avions peur de découvrir le pot aux roses qui remettrait en question notre impuissance d’agir pour un monde meilleur.


Alors je la pose, la question.

Je ne cesse de la poser depuis quarante années d’un exercice en proie au doute de sa propre validité.

Dois-je soigner seulement les blessures visibles où tenter de condamner et empêcher de nuire ceux qui les causent ?


Xavier Lainé


18 février 2021


jeudi 18 mars 2021

Prendre soin 18 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




On a l’attention sélective et l’oeil rivé toujours sur les mêmes objectifs.

C’est la force des idéologies qui guide le regard.

Vous êtes de droite ?

Alors vous défendez les professions libérales et les cliniques privées et décriez l’hôpital (sauf si vous en avez besoin !).

Vous êtes de gôche ?

Alors vous prenez le pouls avec une infinie inquiétude du système public hospitalier, tout allant faire la queue dans la salle d’attente de votre médecin libéral, en fulminant pour l’attente chez votre kinésithérapeute libéral.


On a l’attention directionnelle selon son penchant idéologique.

Qu’un gouvernement de droite libérale vienne au pouvoir, voici que les libéraux sont chouchoutés par les administrations de santé.

Qu’à l’inverse vienne un gouvernement de gôche (convaincue elle aussi au libéralisme mais avec un gant de velours) : exit le poison du privé et place au public, sans pour autant lui permettre d’assumer toute sa place (on est de gôche convaincue au libéralisme ou pas, hein !)


Mais que vienne le vent mauvais d’une pandémie programmée, prévisible puisque nous dominons notre pauvre planète qui n’en peut plus des exactions menées contre elle par les activistes, justement, dogmatiques, de l’économie libérale, voici les uns tapant sur les autres, chacun revendiquant sa place au soleil, les patients étant, d’un côté comme de l’autre, des numéros cloués sur des lits à rentabiliser, dans des salles d’attente bondées où ils ne sont plus que ligne dans un chiffre d’affaire.

L’oeil, pour la gôche dogmatique reste rivé sur la crise des hôpitaux.

C'est juste raison, mais...

Mais on oublie toujours quelqu’un.

Ce sont les patients qui paient l’addition tandis que les praticiens, isolés sont soumis à double ou triple peine.


Xavier Lainé


17 février 2021


mercredi 17 mars 2021

Prendre soin 17 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Incroyable déviation de l'éthique et du sens.

Toute personne saine devient suspecte.

Suspecte d'être porteuse d'agonie et de mort.

Comme si la vie n'était pas cette maladie mortelle sexuellement transmissible.

Comme si prendre le risque de vivre n'était pas aussi prendre celui de mourir.

Comme si vivre ne revenait qu'à évacuer tous les risques.

Or, à vivre dans la prétention d'une sécurité absolue, nous voici étouffant derrière les masques imposés comme ultime rempart à nos timides sourires.


Le soin réduit à sa technique ne nourrit personne et ne contribue qu'à l'affaissement de nos vies.

Prendre soin ne peut se réduire à une quelconque "science" réduite à ses probabilités.

Il y faut de l'âme et de l'esprit, de l'improbable et de l'accessoire.

A défaut, l'être n'est plus qu'une ligne dans une comptabilité mortifère.

Parfois, il suffit d'ouvrir les bras sans rien dire pour estomper les effets délétères qu'un état totalitaire développe comme un cancer posé sur nos existences.


Au fond, il est si commode de nous isoler. Et peut-être est-ce le seul objectif. Or…

Savez-vous la jubilation d'agir en commun ?

Cette réjouissance de réfléchir ensemble et d'agir sur nos vies sans attendre qu'un homme providentiel ne s'en occupe, elle est bonne thérapie où notre soumission nous rend malades.

Eteindre les écrans qui sont nos chaines, retrouver le bonheur d'une étreinte ou d'un baiser volés à la dictature des moeurs, seraient un chemin vers les lumières d'un printemps définitif.


Xavier Lainé


16 février 2021 (2)


mardi 16 mars 2021

Prendre soin 16 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




C’est un bien fragile équilibre entre humanités et sciences.

Peut-être avons-nous un peu trop vite oublié l’heureux temps où rien n’était séparé, où il n’y avait point de science possible sans conscience philosophique.

Or, voici qu’au détour d’un siècle, une frontière presque étanche fut dressée qui sous le dogme d’une raison sans boussole créa le schisme entre les deux versants d’humaine condition.

On se mit à privilégier la science qui vint remplacer les dieux déclarés définitivement morts.

Ce fut nouvelle bible écrite qui écartait toute conscience en la réduisant à un concours de connexions neuronales.

L’homme machine réduit à sa mécanique que la technique pourrait réparer indéfiniment jusqu’à nous rendre immortels.

Si la frontière fut bien établie entre humanités et sciences, celles-ci, furent progressivement confondues avec les techniques dont elles peuvent être le ferment.

Bonne logique, puisque l’esprit ne se vend pas facilement quand la technique peut entrer dans la productivité débridée et alimenter le commerce, bénitier de la nouvelle religion consumériste.


S’il en fut ainsi des sciences et de la technologie, c’est à l’industrie que nous le devons, qui n’épargna pas l’art médical pour en faire science et technique sans âme.

La parole médicale établie en parole de la divine science, la vie en ses aléas n’a qu’à bien se tenir.

Ses symptômes sont autant de signes que la technique va pouvoir traiter avec un résultat statistiquement infaillible.

Sauf à se trouver dans la marge des statistiques, parmi les rebelles qui se heurtent aux limites d’un savoir qui ne sait plus aucune interférences entre les phénomènes.


Xavier Lainé


16 février 2021 (1)


lundi 15 mars 2021

Prendre soin 15 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Il règne une étrange confusion sémantique : on te parle de santé, tu entends soin.

On te parle d’un « système de santé » le voilà réduit au réseau de soignants, et encore faut-il réduire dans les préoccupations ce réseau à celui des hôpitaux. Car, bien entendu, les autres, ceux qui triment au quotidien avec l’afflux de « patients » (parfois, pour certains, réduits à des « clients »), ne sont que profiteurs d’un système binaire.

Les bons d’un côté qui seraient du « service public » (dont plus personne ne sait vraiment de quoi il en retourne), les mauvais qui s’enrichissent sans vergogne sur la « santé » des pauvres gens.

Raisonnement binaire hérité de ce monde coupé en deux : capitalisme cuisiné à deux sauces, une sauce « libérale » et une « collectiviste ».

Nous n’avons pas encore dépassé ces modes de penser construits au fil du XXème siècle qui ne visent qu’à diviser.

Division qui profite toujours aux mêmes, ceux qui se situent dans la sphère des rentables et les autres, rejetés dans une prolétarisation dont ils n’ont strictement aucune conscience, étant formatés aux règles de la rentabilité sans toujours en avoir les moyens.

Ainsi, celui qui reçoit avec éthique en prenant le temps nécessaire s’entendra  répéter à l’envie que « s’il ne s’en sort pas, c’est qu’il ne sait pas se débrouiller », sentence assénée par ceux qui s’assoient sur l’éthique et réduisent leurs patients/clients à une ligne dans leur chiffre d’affaire.

Bien évidemment ce sont les seconds qui auront toujours voix au chapitre, qui auront main sur les « syndicats » libéraux, qui siègeront dans toutes les instances, ne représentant qu’eux mêmes en méprisant la foule des « petits » (ou des « riens » selon une terminologie présidentielle).

Qu’il ne soit bonne médecine que celle qui sache prendre le pouls de la vie, celle qu'on n'attend pas et qui se révolte comme elle peut, en milliers de maux qui sont autant de protestations silencieuses, est une idée classée sans suite.

« C’est dans votre tête », vous dira-t-on comme couperet.


Xavier Lainé


13 février 2021


dimanche 14 mars 2021

Prendre soin 14 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




C’est un vaste débat que celui-ci : bien être !

Depuis fort longtemps j’ai refusé d’y travailler, préférant le mieux vivre, à défaut du bien vivre.

Bien être serait épris de cette culture d’entreprise et de marketing qui invite chacun à une « performance » (un terme que j’ai refusé, au temps de poésie hurlée sur les places).

À avancer l’oeil rivé sur les chiffres de ta réussite, te voilà en concurrence avec tous et chacun.

Une situation que le libéralisme débridé encourage, bien entendu depuis plus de quarante ans.

Ne pas s’étonner de la difficulté à sortir les esprits de cette glu.


J’observe l’effet pathogène de cette culture là.

Les tensions internes rendues nécessaires par une lutte qui ne connaît qu’un soi boursouflé.

Les tensions maladives infligées à ceux qui ne savent pas « s’adapter » à un monde égoïste.

Elles sont là, sous mes mains, chaque jour.

Je ne l’ai pas écrit, je laissais mes pensées errer, mes interrogations monter comme vagues.

Quelle relation notre être entretien avec un monde individualisé à l’extrême ?

Un monde où, si tu ne sais t’adapter, tu es sans cesse humilié.

Alors, désolé pour les apôtres du "bien-être", mais on ne vit pas bien humilié.

On ne vit pas bien rejeté, marginalisé, bafoué dans ses droits élémentaires d'humains.

On ne vit pas bien appauvris et soumis, on ne vit pas bien.

On ne va pas bien, et le seul remède ou vaccin serait de jeter aux orties l'obsession des oppresseurs de nous rabaisser, de nous infantiliser.


Xavier Lainé


12 février 2021


samedi 13 mars 2021

Prendre soin 13 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




« Premièrement, ne pas nuire ».

Les serments n’engagent que ceux qui en mesurent la portée.

Les autres ne font que prononcer formule sans âme.

Du patient au client, le glissement se fait sans sourciller.

Vous voilà ligne comptable et non être en souffrance.


Le propos n’est pas parole en l’air : quand il devient naturel de parler de client, alors que nous n’avons rien d’autre à vendre qu’un maigre savoir, le glissement est pathogène.

Nous voici à faire commerce de la santé d’autrui.

Sommés d’être « rentables » et de mettre nos croix dans les bonnes cases prouvant aux yeux des algorithmes que nous avons respectés les codes de « bonne pratique ».

L’être est absent mais l’honneur est sauf pour le crétin à distance qui ne voit pas qu’une croix sur un QCM ne dit rien de la relation à l’autre engagée, ou dégagée.

Dégagée de toute éthique de l’être, l’art n’est plus que spéculation et porte ouverte à toutes les contaminations.

On multiplie les actes comme petits pains sans goût et sans odeur à l’étal des revendeurs.

Nous voici sommés de vendre notre âme à défaut de faire preuve d’éthique et de doute.

Endormis par les sirènes des « hautes autorités », par les discours lénifiants d’experts hors sol, l’oeil rivé sur nos colonnes de chiffre, nos yeux se ferment d’ennui alors qu’il faudrait veiller, ne pas s'endormir ou se rendormir.


Il faut veiller sur, avoir toujours un oeil ouvert, ne pas perdre de vue, pour ne pas sombrer sous les maux, ajuster les mots, chaque jour, comme toile tissée pour ne pas perdre le fil de l'humain qui sommeille encore.

Réveiller en nous la fibre de l’art d’écouter sans vouloir comprendre.


Xavier Lainé


11 février 2021