jeudi 25 février 2021

Sourde colère 36 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Mais peut-être au fond, même de gauche traditionnelle, préférez-vous un bon petit père des peuples qui décide pour vous que vous mobiliser pour inventer le monde de demain.

Vous restez donc sur vos gardes, regardant d’un oeil suspect toute jeunesse impétueuse qui s’invite en vos grand messes.

Peut-être au fond, pour vous autres qui dormez sur vos deux oreilles, convaincus d’être dans le droit chemin d’une pensée qui ne se remet jamais en question, le statu quo d’un monde capitaliste, en mode libéral ou en mode pays de l’Est n’est pas pour vous déranger.

Vous tirerez toujours un « bilan globalement positif » de chaque étape de la vie humaine, du moment qu’elle ne vient pas frapper à votre porte et vous demande de bouger.

Alors, vous signez des pétitions à tour de bras, sur internet et ailleurs, vous faites de joyeuses révolutions sur des réseaux prétendus « sociaux », puis vous éteignez cet écran là pour, depuis votre fauteuil « Voltaire » suivre les informations télévisées.


Même pas voir.

Même pas voir le précipice ouvert devant nos pieds.

Précipice où vont tomber, sans protestation, l’immense majorité des laissés pour compte d’un monde que vous avez quitté en 1917.

Qu’importent les discours coulés dans le moule d’un marxisme bien digéré ?

Marxisme et narcissisme finissent par se rejoindre pour vider le premier de toute substance philosophique.

Le discours parle du commun, mais à la condition qu’il se plie aux fantaisies de Narcisse.

Une fois vidé de toute philosophie, il reste aux pauvres la glu d’un temps sans perspective dont seule une organisation sans structure psycho-rigide peut nous dégager.


Xavier Lainé


28 janvier 2021 (2)


mercredi 24 février 2021

Sourde colère 35 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Bien difficile d'y voir clair dans un monde volontairement enfumé : c'est un acte de résistance que de refuser de penser au pas cadencé d'informations manipulées.

Les mots succèdent aux mots.

Les maux s’estompent derrière tension générale.


Que dire encore sinon cette souffrance ajoutée à la souffrance.

Que dire de cette absence.


On ne s’embrasse plus, on ne s’étreind plus.

Que reste-t-il d’humain désormais ?


J’attends dans cette nuit qui s’attarde.

J’attends un signe de révolte.

Il est encore asymptomatique.


Chacun derrière son masque se cache.

Insupportable temps générés par des fous.


J’attends dans cette nuit.

Je cuve ma sourde colère.

Combien de temps encore ?


Le boisseau posé sur le moindre souffle, 

La liberté noyée,

La vie elle-même isolée et violée,

Quel rêve formuler qui sache panser de telles plaies ?


J’attends dans cette nuit qui s’étend.

J’attends un signe de révolte qui tarde à venir.


Xavier Lainé


28 janvier 2021 (1)


mardi 23 février 2021

Sourde colère 34 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Il en faut si peu, pour renouer avec nos humanités : une porte ouverte, un thé ou café partagé, une matinée à se causer, de tout et de rien, de ce qui paraîtrait non essentiel ou temps perdu pour les aveuglés et les têtes en ogives, les cerveaux connectés aux algorithmes mais déconnectés de la vie. Il en faut si peu pour que jour retrouve le chemin du soleil !


Et il y en avait du soleil, cette fois-ci.

Nos pensées glissaient sur les ailes du matin.

Oubliant l’heure et le jour, nous cheminions vers d’autres horizons.

Les fâcheux avaient rendu les armes.

Nous nous retrouvions radieux en mêmes lieux mais dans un autre temps.

La jeunesse avait pris son envol, décidant pour elle-même du monde à sa mesure.

Nous étions là, certes, mais à simple titre de témoins d’un temps qui précédait leur naissance, et pour éclairer le chemin parcouru.

Nous retrouvions notre place, celui de l’expérience vécue qui permet d’éviter les récifs.

Nous avions le rôle des poissons pilotes, connaisseurs des passes fragiles où éviter de se blesser.

Nul besoin de dicter le chemin.

Il suit les méandres d’une vie vibrante.

Nous avions mis de côté les drapeaux de troubles identités.

À trop nous accrocher à leur couleur, aux frontières imposées, aux murs montés sans commune raison, nous perdons le fil de nos échanges.

Nos langues, nos cultures pourraient réapprendre l’échange.

Retrouver le goût de se nourrir, les uns les autres, de nos expériences.

Qu’un ou deux se réunissent et se parlent, vraiment, ce n’est pas refaire le monde, c’est déjà l’ébranler dans ses certitudes vaines.

C’est déjà jeter les bases d’une autre chose dont nous connaîtrons les contours qu’au fil de nos chemins.


Xavier Lainé


27 janvier 2021


lundi 22 février 2021

Sourde colère 33 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Depuis si longtemps réduits à des individus interchangeables, malléables, soumis : une fois le fondement du lien détruit, que reste-t-il de notre humanité ?


Que reste-t-il sinon cette soumission à un ordre établi que n’ont droit de contester que ceux qui ont sésame ?


*


Chaque moment de silence est prémisse à contestation et insoumission.

Prendre le temps de voir, est-ce encore autorisé ?

Prendre le temps de nous parler, sans plier sous le joug des injonctions sans fondement, est-ce encore de l’ordre du possible ?


Que des pensées habituées à la contestation plient sous ce couvercle, nous voici dans un consentement à la dictature.

Dictature patente, évidente, puisque nous voici à attendre comme des veaux que son éminence le roitelet de la finance nous disent à quelle sauce nous devrons être cuisinés.


*


On plie ou on casse. Dans un cas comme dans l'autre ce n'est que douleur d'exister. C'est si récent, au fond, cette manière de vivre debout : peut-être n'avons-nous pas fini d'apprendre.

Nous n’avons certainement pas fini d’apprendre.

À moins de considérer l’affaire clause et de demeurer figés, englués dans des pensées arrêtées.

Que nous apprend le passage viral ? Qu’est-ce qui est mis en lumière sous ce jour étrange d’une pandémie qui n’en a que le nom ?


Xavier Lainé


25-26 janvier 2021 (2)


dimanche 21 février 2021

Sourde colère 32 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Rien n'est perdu à qui sait refuser les discours trop bien ficelé, les certitudes trop bien établies, et se met à penser par lui-même, imaginer le monde qui pourrait être le sien et en partager la substance avec son voisin immédiat, sans attendre d'un sauveur suprême la dérive autoritaire.

Rien n’est perdu mais quelle fatigue il y a à résister !

Quelle fatigue que de douter, de ne pas être certain de sa bonne raison !

Fatigue d’en voir qui arrivent et s’imposent, imposent leur discours, répété à l’envie sans changer la moindre virgule.

Il est temps de rompre.


Il est temps de co-rompre un système lui-même co-rompu.

De s’engouffrer dans la brèche de sa co-rruption et d’inventer notre propre système.

Aucune utopie là-dedans, juste un zeste de rêve et une pincée d’imagination.


*


Je renoue ici avec cette étoile qui scinde les pensées.

Pensées qui vont en archipels de mots et de phrases

Qui ne savent pas d’avance vers quoi elles s’aventurent.

L’important est de leur donner vie dans l’espace d’une page

Dans l’espace des yeux qui s’y déposent  (ou pas)

Mais qu’importe qu’elles soient lues ou pas,

Ce qui compte c’est de laisser voguer l’esprit

Au fill de ses inspirations.


Ne pas réserver l’exercice à ceux qui en font métier.

Garder l’esprit libre de s’imprégner de tout ce qui se pense et s’écrit,

En digérer la substance pour en faire siennes les méandres.

Ici commence la liberté.


Xavier Lainé


25-26 janvier 2021 (1)


samedi 20 février 2021

Sourde colère 31 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




À Eliane & Jean (suite 2)


Je n’ai pas quitté le militantisme, je lui ai donné une autre figure : j’estime aussi important de vivre et faire vivre la bulle d’humanité de mon lieu de travail, où viennent se blottir toutes les peines et toutes les misères, puisque je devrai sans doute y oeuvrer jusqu’à mon dernier souffle, que de faire de vibrants discours. 

Mon écriture est là pour creuser cette expérience de vivre en humanité sans attendre qu’un gouvernement, ou un état nous impose sa « vision ».

Chaque jour que je vis est un acte militant par lui-même qui m’invite à réfléchir, douter, approfondir de lectures en lectures, toutes les dimensions de ce mot qui n’a pour le moment aucune définition valable : humain.


"L’animal fait un avec la nature. L’homme fait deux. Pour passer de l’inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu ce schisme, ce divorce, il a fallu cet arrachement. N’est-ce point la frontière justement ? Animal avant l’arrachement, homme après lui ? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes. »

Voici ce qu’écrivait, j’y reviens sans cesse, Vercors, en 1952, dans « Les animaux dénaturés ». C’est une question qui devrait nous déranger, nous démanger sans cesse, être posée dans toutes les écoles, tous les lieux où des Hommes sont appelés à travailler ensemble à leur devenir. 

Ce n’est pas une question globale, c’est une question tellement locale qu’elle devrait nous inspirer chacun.


Après le gris d’hier, un soleil froid se lève sur les collines : l’heure d’aller humer un peu l’odeur de la terre après la pluie et avant la neige annoncée pour la nuit prochaine. C’est là que notre minuscule place d’humains dans un univers qui nous dépasse m’invite à penser.

Chaque oeil qui vient me lire, partage, valide ou invalide mon discours me permet d’avancer dans ces questionnements infinis.


Xavier Lainé


24 janvier 2021 (3)


vendredi 19 février 2021

Sourde colère 30 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




À Eliane & Jean (suite 1)


À tout globaliser, nous avons donné de l’aliment à une globalisation purement inhumaine.

L’humain, ce n’est pas du discours, ça se construit au jour le jour dans un regard, un sourire, une poignée de main, un café partagé dans l’aube délicate : tout ce que la dictature sanitaire tend à supprimer de notre horizon. Ce qui rend la situation intenable et explosive, car, à moins d’accepter de ne plus exister que comme des post-humains, voire même, demain, si nous n’y prenons garde, comme trans-humains augmentés de je ne sais quelles prothèses numériques qui décideront pour nous de ce que nous devons vivre, finira par provoquer, climat aidant, notre propre extinction.


Il m’a été terriblement douloureux d’observer, hélas, pas seulement hier, cette sclérose de « camarades » qui participent, malgré eux de cette extinction du monde vivant.

Les affrontements qui se sont produits étaient à l’opposé des discours tenus. 

Les jeunes présents l’ont bien senti qui ont renversé les tables et décidé de faire la fête plutôt que se noyer dans les sempiternelles jérémiades.


J’ai pris l’habitude de me placer en observateur discret. 

En écrivant un texte de circonstance et en imposant sa lecture, j’ai eu la naïveté de croire que les militants d’hier avaient changé. Je me suis trompé : Ils sont demeurés égaux à eux-mêmes, militants d’un hier dépassé. Mes mots chez eux n’avaient aucun sens. S’ils en ont eu un, c’est avec les jeunes qui étaient là et m’ont remercié.

S’il y a de jeunes cons, hélas, il y en a aussi des vieux. C’est au moins rassurant, tout en étant conscient de l’être toujours un peu, heureusement, de ne pas être enfermé dans cette espèce qui va à notre destruction.


Xavier Lainé


24 janvier 2021 (2)