dimanche 13 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 45

 




Vous verrez qu’ils vont nous jouer le scénario qui marche : duel entre peste et choléra, le grand retour ! Pris entre marteau et enclume de cette schizophrénie imposée, nous marcherons encore au pas cadencé de leurs immondes sérénades ?

J’abandonne, je m’en vais, marcher dans la colline, fuir la compagnie des hommes qui ont perdu toute humanité.

Pour la première fois depuis fort longtemps j’ai annulé tous mes rendez-vous. Je suis parti sur les sentiers tenter de recharger mes batteries à plat.

Leur crise s’incruste, fait de nous des jouets, chahutés au bon plaisir des sautes d’humeur adolescentes. L’immaturité gagne du terrain, la bêtise aussi.

Sur le sentier, en pleine forêt, combien étiez-vous à marcher avec masque vissé sur vos visages.

Jusqu’où devrons-nous supporter l’ignoble imbécilité ?


Je cherche.

Une petit fenêtre timide de jour, sous les branches du grand cèdre.

Un tout petit clin d'oeil qui déborderait sur ma page.

Mes bras s'ouvrent comme parapet pour que nul ne sombre en ces gouffres ouverts.

Un homme un seul, manipulateur lui-même manipulé, joue avec nos libertés qui ne sont toujours que provisoires si nous ne les défendons pas.

Le mot liberté n'a pas de valeur marchande dans la corbeille sordide qui lui servit de berceau.


Mes bras ouverts comme parapets ne feront jamais revenir personne.

Combien de misères répandues avant que le réveil sonne ?

Combien de sordides calculs pour enfoncer le clou de notre suicide collectif.

Des milliers manifestent qui ne sont encore que goutte d’eau dans l’océan des indifférences.


A suivre...


Xavier Lainé


30 novembre 2020 (3)


samedi 12 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 44

 




"Moins on sait, plus on croit savoir." (Jean-Jacques Rousseau, Note 6 à son "Discours sur les sciences et les arts")


Un couvercle de nuages empêche les clartés d'automne de se réveiller.

Un couvercle contradictoire vient gangrené mots et pensées, sous les ordres d'un capitaine de pédalo.

Rousseau, au secours, reviens, ils sont devenus fous.


Les mots bouillonnent sous la pression d'un temps sans boussole.

Un temps de Nord perdu, d'esprits égarés.

Mes mains parfois s'épuisent à vous tenir hors de l'eau.

Mes mots envoient quelques bulles à la surface de vos silences.


J'aimerais tant voir vos sourires démasqués.

J'aimerais tant que vos yeux soient ardents et non éteints, comme harassés d'exister.


Ce qui couve en dessous de cette chape qu'ils voudraient de plomb a un parfum de révolte longtemps réfléchie.

Peut-être cette colère froide, lentement murie serait la galerie creusée sous les pieds des puissants pour qu'enfin ils s'effondrent ?


Un petit signe de jour obscur pointe son nez à ma fenêtre.

Combien cette nuit auront eu froid ?

Combien auront marché, sous l'oeil des étoiles, vers un accueil qui, le jour venu, et sans un regard des autorités, se révèlera illusoire.

De combien d'inhumanités serons-nous les témoins avant qu'enfin...


Avant qu’enfin nos yeux s’ouvrent, mais pas seulement, notre regard aussi.

Car c’est de lui que pourraient jaillir les étincelles de vie.


A suivre...


Xavier Lainé


30 novembre 2020 (2)


vendredi 11 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 43

 



À Pauline 


Des mots et des gestes.

Une chorégraphie du silence juste ponctuée de rêves.

Demain, quelque part,

nous joindrons ciel et terre,

sous des yeux complices.


Quelque chose né de cet enfermement,

c'est comme un volcan qui couve 

sous les cendres de ce qui fut :

un monde qui n'attendra pas

qui jaillira dans la rue

entre les pavés de l'hiver.


L’hiver qui s’étend

L’hiver nous prend entre ses serres

L’hiver dure depuis si longtemps !


Certes ce serait bien

De semer poèmes au fil des chemins.

Ce serait bien de danser sur le rythme des mots

Que dans leur sarabande ils nous ouvrent la porte

Vers d’autres rêves, d’autres utopies

D’autres mondes

Bien plus beaux que ce monde fini.


Les arrogants nous assassinent, 

Il sont sans un regard

Vers la frontière où meurent des innocents


A suivre...


Xavier Lainé


30 novembre 2020 (1)


jeudi 10 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 42

 




Parfois, le matin, on rêverait de ne pas ouvrir les yeux pour ne pas voir le cauchemar dans lequel nous sommes précipités.

Tout semble se déstructurer, ce distordre sous le poids de décisions qui ne visent qu’à donner aux plus riches en demandant toujours plus aux plus pauvres.


Dans cette volonté farouche de « réformer », c’est toute une histoire  qui se délite, disparaît.

Notre histoire qu’il détruit avec acharnement.


Ici et là, on laisse entendre que ce stratège atmosphérique (et peut-être même stratosphérique) dominerait par sa bêtise.

Que nenni.

Ouvrons les yeux.

Nous avons affaire à une intelligence hors du commun.

Très mal utilisée certes, mais il a cette intelligence des pervers, l'adaptabilité du caméléon.

Il le dit lui-même mais à demi-mot : c'est une "vocation". Il se voit en "sauveur".


Il n'est que le fossoyeur de nos libertés les plus intimes, le démolisseur en chef d'une équipe dont l'intelligence ne dépasse pas les lignes comptables.

C'est une forme d'intelligence, savez-vous, que de faire perdre le fil à tout un peuple : un jour à droite, le lendemain à gauche, et la nausée pour tous dans les virages d'un esprit qui est conçu pour nous perdre.

Comme tous les pervers, il lui faut dominer, mépriser un jour, pour passer la pommade le lendemain.

Rien de plus que cette perversité que subissent hommes et femmes dans leur couple et qui conduit à des violences que le stratège fait mine de condamner alors qu'il les pratique.


Pour garder le cap et ne plus nous laisser tourmenter par cet esprit dérangé, le mieux est de ne plus rien suivre de sa "politique", et de préparer des lendemains qui sauraient chanter et nous enchanter.


A suivre...


Xavier Lainé


29 novembre 2020


mercredi 9 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 41

 




Le stratège atmosphérique a donc causé, depuis sa stratosphère.

Comme les tomates sans goût de l’agro-business, il est hors-sol.

Sidérant d'en entendre qui presque le remercieraient de sa mansuétude à réouvrir les commerces, à prononcer le mot "culture", autoriser réouverture des cinémas et théâtres tout bientôt, si nous sommes sages, et obéissants.

Mais oui, papa, merci, papa !

Tu t'es bien amusé, pendant que nous obéissions à ton confinement ?

Exit la loi sur la liberté de la presse de 1881, bienvenue en régime policier sans contrôle !

Merci papa d'avoir profité de notre privation de liberté pour écorner un peu plus ce que d'aucuns nommaient "démocratie", sans voir que c'était un leurre depuis 1958 !

Ha ! Quel bonheur que tu aies parlé de culture, papa !


Mais, au fait, tu n'as rien vu, l'autre soir ?

Tu n'as pas vu ce que ta police accomplissait aux pieds de Marianne ?

Tu n'as rien vu ?

C'est vrai, pardon, tu étais tellement occupé à couper nos vies en tranches, à morceler nos espaces de liberté, à mettre au point tes nouvelles contraintes !

Vraiment, c'est pas de pot pour les migrants, les journalistes, les élus qui s'en sont pris plein la gueule, que tu fus tellement occupé !


De ta stratosphère, tu ne peux pas tout voir, n'est-ce pas ?

Seulement voilà, ce qui se passe à notre niveau, tu sais, ce niveau où des "riens" hantent les gares en espérant survivre à tes caprices de sale gosse de riche, c'est du sordide, du tragique : on crève de faim, ici bas, on perd des mains, des yeux, on est piétiné par ta maréchaussée. Et tu ne vois rien, tu vis dans le déni de ta propre culpabilité. Il faudra qu'un jour on te rafraîchisse la mémoire !

Il est bien rare qu'un crime demeure impunis, et le tien est loin d'être parfait ! Alors te remercier d'avoir prononcé le mot "culture" qui t'arrachait la gueule jusqu'à présent, tu vois, moi, ça me donnerait envie de vomir.


A suivre...


Xavier Lainé


28 novembre 2020 (3)


mardi 8 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 40

 




Mais pas un mot, n'est-ce pas ?


Pas un mot pour les migrants expulsés, Place de la République.

Pas un mot alors que gelées s'invitent, pour les trois cent mille qui dorment dans les rues.

Et y meurent sous nos yeux encore au chaud ?


Qu'ai-je fait d'écouter le poste ?

Les zélateurs du prince causaient avant lui.

Ils n'avaient que paroles creuses à débiter en morceaux.


Le stratège atmosphérique n'avait pas encore ouvert la bouche qu’ils avaient déjà son discours en main.

Car il n’est toujours question que de lui, jamais de nous, de toi, de moi, des autres.

Toujours lui, narcisse splendide poussé là par ses semblables en fortune.


J'ai éteint le poste et rêvé d'aller boire un petit coup, dans l'aurore des sentiments hivernaux, au café des amis qui restera fermé.

A moins que nous sachions expédier le stratège jusqu'en la stratosphère.

Et, pourquoi pas, au-delà.

Ce serait sacré soulagement !


Partez donc, indigne !

Embarquez avec vous vos discours creux que vous êtes seul à comprendre !

Pitié pour nos vies : partez donc, retournez à vos petites affaires de banquier sans âme.

Offrez nous des vacances, ou au moins taisez-vous en attendant qu’urnes parlent et vous éjectent en bonne et due forme démocratique.

Votre présence est un poids sur nos épaules que vos prédécesseurs de tous poils avaient déjà largement chargées.

Retournez donc à vos tiroirs caisses et laissez-nous vivre à notre guise.

Il en est tant qui savent désormais la faute qu’ils ont commises : en croyant éviter la dinde ils eurent son bac-similé. Bon voyage, père Ubu !


A suivre...


Xavier Lainé


28 novembre 2020 (2)


lundi 7 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 39

 




Je ne devrais pas écouter les informations.

Je ne devrais pas.

Les voilà qui décortiquent discours du stratège atmosphérique avant même qu’il soit prononcé.

Je ne devrais pas.

C’est comme un avant goût de Corée du Nord, au moment de prendre mon café.

Comme un goût de dictature qui ne dirait pas son nom.

Un goût âcre et rance, un goût de déjà vu en tant et tant d’autres lieux.

Un homme parle, qui a un aspect tout à fait convenable.

Il est issu du sérail, de cette engeance qui a le bon goût de ne pas tremper dans le pire, du moins en apparence.

Un homme parle qui n’est déjà plus un homme, mais, se prenant pour un roi, n’est que sujet d’autres qui tirent ficelles.


L’argent n’a pas d’odeur, qu’ils disent.

Mais si, sentez donc cette odeur âcre, cette odeur rance.

Pendant que l’homme bien mis parle, d’autres sur une place écrasent de leurs bottes des enfants sous des tentes d’infortune, d’autre encore matraques et tirent sans état d’âme, tristes sujets d’un roi sans envergure dont le masque tombe, ne cesse de tomber.


L’homme parle.

On décortique ses paroles avant même qu’elles soient prononcées.

Le texte est écrit d’avance.

Il met des barbelés sur nos consciences.

Il pose des miradors pour surveiller nos libertés.


L’homme bien mis parle, prononce les mots que d’autre ont écrit pour lui.

Ce serait une insulte pour les marionnettes que de lui donner ce nom.

C’est un question d’argent dans un monde bâti autour de ce temple : une corbeille boursière dans laquelle la vie ne compte pas.

Mais pas un mot, n’est-ce pas ?


A suivre...


Xavier Lainé


28 novembre 2020 (1)