lundi 16 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 18





 

Vous n’avez sans doute pas compris : mais tout voir, tout lire, tout entendre, ce n’est pas forcément être d’accord avec tout et son contraire ! C’est juste considérer qu’il est de mon devoir de me faire ma propre opinion, de prendre le recul nécessaire à mon discernement.

Là, je ne résiste pas au plaisir de vous recopier la définition donnée de ce mot dans le fameux « Dictionnaire historique de la langue française » du regretté Alain Rey : « Discernement n.m. (1532) s’est détourné de son sens premier, « action de séparer, de mettre à part », pour désigner l’opération par laquelle on distingue intellectuellement deux ou plusieurs objets de pensée (1611, discernement du vrai et du faux), et la disposition à juger clairement et sainement les choses, sens demeuré courant. »


Ici, désormais, il ne s’agit plus de faire oeuvre de distance et de hauteur de vue, mais de s’enflammer illico pour ou contre, sans prendre le temps de connaître, savoir, comprendre. Ce qui compte c’est de décliner à l’infini qui est pour ou contre ceci ou cela, le masque, le confinement, le vaccin et qui sait quelle litanie répétée sans y croire par médias aux ordres des puissants.

Il ne s’agit pas de réfléchir librement à ce dont nous avons besoin pour nous protéger collectivement du virus pire que Covid qui est celui de l’individualisme et du consumérisme.

Ce virus là, inoculé au plus profond du peuple depuis les années 70, nul ne l’a vu venir et c’est tout l’art de la « gouvernance » prônée par l’OCDE et l’OMC que de faire prendre la liberté de consommer pour une vraie liberté.

Autrement dit de faire prendre des vessies pour des lanternes.

Avec en toile de fond l’asservissement involontaire des esprits au dogme économique de l’école de Chicago.

Pour arriver à ce stade, il faut un bon stock d’imbéciles se marchant dessus le jour du « black Friday » ou des soldes.

Il faut assez de culte au dogme de l’impuissance pour que plus personne ne bouge, ou de façon si marginale qu’il devient facile d’user des forces du désordre pour imprimer un peu plus la peur.


A suivre...


Xavier Lainé


14 novembre 2020 

dimanche 15 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 17

 




Ce qui est important, c’est que ce monde cherche à protéger sa police.

Pas que nous réfléchissions à ce que virus veut nous dire, ce qu’il faut changer pour mieux vivre tous.


Ce qui est important, c’est qu’un président ignare (sauf pour les finances et les financiers — qui ne sont pas seulement une pâtisserie) fasse une faute d’orthographe sur l’hommage rendu au rédacteur en chef d’une constitution qui lui permet aujourd’hui de gouverner seul.

Pas d’envisager de changer la constitution et d’en créer une qui dynamise le mot démocratie.


Ce qui est important c’est le discours d’un cache-sexe ridicule, capable de nous proposer toujours moins de vie pour ne pas mourir.

Pas de réorganiser nos vies en tenant compte des dangers climatiques et viraux à venir.


Ce qui est important, c’est de psalmodier les langages de la peur jusqu’au délire final.

Pas de redresser nos têtes pour qu’elles soient libres de penser au grand air.


Ainsi allons-nous tournant en rond autour de discours qui ne nous appartiennent pas.

Tournant en rond comme ils aiment nous voir tourner, nous sommes proie d’un vertige qui projette nos pensées contre les parties étroites de nos crânes fatigués.

Fatigués d’exister sous cette contrainte stupide, impossible de lever la tête, les yeux, l’esprit.

Nous marchons à côté de nos pompes.

Serait temps de vivre debout et de marcher à notre guise.


A suivre...


Xavier Lainé


12 novembre 2020

samedi 14 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 16

 



« Tout artiste prend ses désirs et donc ses rêves pour des réalités, comme tout savant, comme tout citoyen, comme tout amoureux, comme tout désirant, comme tout être non-inhumain. » (Bernard Stiegler, Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016)


Peut-être est-ce là ce que certains voudraient briser.

Sans désir, sans rêves, sans illusions à tenter de réaliser, nous voici glissant vers l’inhumanité.

Une fois livrés sans utopies aux « règles du marché », nous serons robotisés.

Savent-ils ce qu’ils doivent à Huxley, Orwell, Kafka ou Jarry ?

Dans cette soupe infâme et sans imagination, nos désirs se heurtent aux limites d’un système fait pour des robots.

Combien y perdront leur âme, leur esprit, leur vie ?


Fascinante ville désertée, vide de ses petits commerces, vide de ses cafés du matin, de ses frémissements d’aube où la vie s’étire.

Je marchais en ville morte.

Ne manquait que les cercueils alignés où pourraient reposer en guerre les dépouilles de nos libertés sacrifiées.


Visiblement la curiosité s'arrête aux murs de Big Brother !

Visiblement il est parfaitement vain d'écrire encore dans une société masquée, craintive, soumise.

Visiblement j'assiste à la mise à mort des rêves, des désirs, des utopies.

Visiblement le désert gagne les coeurs et les esprits.

Visiblement l'oeil est dans la tombe et regarde toujours Caïn.


« Les feuilles vertes et fraîches des arbres de mai s’agitent joyeusement au-dessus des brasiers.

J’avais une lettre à jeter à la poste. J’y ai mis quelque précaution, car tout est suspect à ces braves gardes nationaux. » (Victor Hugo, L’émeute du 12 mai).


A suivre...


Xavier Lainé


12 novembre 2020

vendredi 13 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 15

 




Qu’attendez-vous pour devenir rebelles ?

Qu’attendez-vous pour refuser de suivre ?

Qu’attendez-vous ?

D’être au fond du gouffre ?


Loin des yeux loin du coeur.

Un grand silence glacé s’installe peu à peu.

Chacun chez soi, derrière son masque, contemple les trois singes.

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.

Nouvelle maxime d’une défunte République.


Ici l’adolescence sublime vient avec arrogance m’assurer de son adaptation.

Adaptation qui est désormais désertion.


Humains ?

Sans doute un oubli, une erreur, un « reset », un « bug », puisque français ne suffit plus à dire la moindre pensée.


Me voilà si loin !

Vous ne voyez pas mes larmes ?

Je ne vous reconnaît plus.

Votre existence virtuelle s’efface lentement de mon horizon.

J’écris en pure perte.

Sans doute plus rien à dire devant la bêtise répandue.

Ou plutôt avec.

Je ne cesse de douter tandis que vous affirmez tout et son contraire.

C’est ça qui vous plaît : qu’on dise tout et son contraire.

Surtout qu’on ne vous demande pas de réfléchir et faire preuve de discernement.


A suivre...


Xavier Lainé


12 novembre 2020

jeudi 12 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 14

 




Savons nous, savions nous seulement sur quel plateau de la balance déposer l’espoir ?


Je suis d’un monde qui n’a pas su s’imposer, car nous étions ignorants et le sommes toujours.

C’est une faiblesse que de ne pas savoir s’y prendre, de ne pas affirmer avec aplomb les pires contre-vérités.

C’est une faiblesse que d’avoir conscience que nous n’en détenons aucune.

Que la vie est bien au-delà de ce monde en noir et blanc dont celui-ci est le triste héritier.


Où se trouve la faiblesse, où se trouve la force ?

Voici qu’un virus arrive qui montre la faiblesse des forts et la force des faibles.


Nous sommes les héritiers des milliers de virus qui ont précédé celui-ci.

Notre génome est riche de fragments viraux acquis au fil de notre évolution… 


Voilà qui devrait nous aider à réfléchir avec discernement, sans négliger bien entendu la dangerosité pour les personnes affaiblies, et qui le seront encore plus dans l’isolement affectif et social qui est la marque des décisions prises depuis neuf mois.

En sommes-nous capables ?

Ou devons-nous sans cesse osciller de part et d’autre d’une frontière entre noir et blanc, bon et mauvais, bien et mal, raison et déraison ?


C’est dans ce monde que je suis né…

Où même la musique devait être asservie, quelque soit le côté du mur où elle se produisait.

Pas la même servitude, mais tout de même servitude.


C’est de cette dichotomie qu’il nous faut nous débarrasser enfin.

C’est visiblement difficile : vous avez besoin de directeurs de conscience, de guides suprêmes, d’hommes providentiels.

Virus et pertes de liberté sont les deux versants d’une médaille en chocolat.


A suivre...


Xavier Lainé


11-12 novembre 2020


mercredi 11 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 13

 



Nous sommes nés dans un monde en noir et blanc.


Il ne faisait pas bon être entre les deux, entre chien et loup, entre deux eaux.

Nous sommes nés dans un monde divisé, le bon d’un côté, le mauvais de l’autre, peu importe de quel côté tombait la pièce.

Pile ou face, nous vivions dans un monde aux frontières étanches.

Un monde qui ne pouvait qu’éclater sous la pression de l’esprit de liberté.


Quel côté fut gagnant et que nous fait qu’un m:onde ait pu gagner tandis que l’autre a sombré ?

Nous sommes nés dans un monde partagé et finissons, au bord du gouffre d’un des deux qui se voit gagnant sans partage.


Nous sommes nés dans un monde qui prétendait à la rationalité.

Il lui fallait se convaincre d’avoir raison.

Mais qu’importent les torts et les raisons ?

Qui peut vivre dans cette dichotomie ?

Elle ne fait qu’entrainer la vie elle-même en son effondrement.


Nous n’avons rien vu venir : c’est difficile de sortir de l’ornière boueuse des dogmes et des certitudes.

Nous n’avons pas plus raison aujourd’hui que le monde est unifié sous la bannière du mépris de toute vie.

Nous sommes au bord, proche de chavirer, passagers de l’incertain.


Il y a ceux qui triomphent avec arrogance.

Il y a ceux qui plongent pour toujours entre les griffes du premier.

Il y a ceux qui « s’adaptent » cherchant à tirer leur épingle du jeu.

Il y a les indécis, les imprécis, ceux qui savent qu’ils ne savent pas, que tout est à reprendre sans trop savoir comment.

Ceux qui ne veulent pas céder aux appels du néant, qui croient encore en la vie, en la poésie, en l’amour déchiré sur la page d’un passé en noir et blanc.

Nous sommes ceux qui sont nés sur cette ligne de démarcation où se construisaient les murs qui nous séparent encore de notre humanité.


Cold War de Pawel Pawlikowski


A suivre...


Xavier Lainé


11 novembre 2020


mardi 10 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 12

 



Il me semble bien tôt pour tirer leçons de ce que nous vivons, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faudrait pas souligner les incohérences et y réfléchir en profondeur.


Tout le charme de ce virus (pardon à ceux qui en ont souffert et en souffrent) est qu’il aura mis en évidence beaucoup de travers liés à l’organisation de la santé, mais peut-être (mais je m’aventure ici en terrain mouvant) aura-t-il pointé une insuffisance fondamentale de la médecine telle que nous avons appris à l’exercer depuis les années 70 du dernier siècle : hyper-spécialisation, technicisation faisant perdre de vue qu’il n’est pas de santé possible sans lien avec un environnement, un mode d’organisation de la société. Nous avons pris l’habitude de découper le patient en tranche sans regarder combien sa vie et donc sa santé sont le résultat d’apprentissages, de conditionnements, plus ou moins forcés par les conditions économiques et sociales.


L’organisation de la médecine, en pratique hospitalière comme en ville, a été pensée sous l’angle exclusif d’un pouvoir absolu de la technique, nous faisant oublier l’essentiel : la vie elle-même qui ne se plie à aucun savoir définitif, à aucune technologie omnisciente.

Mes nombreuses années de pratique n’ont fait que me démontrer comment, au sein même des professions de santé, avoir une réflexion en profondeur sur notre place dans la société, la perception du symptôme comme vitrine d’une relation perturbée au monde et à soi-même, est difficilement acceptée. L’absence d’humanités dans nos formations n’est pas étrangère à ce refus de ne rien accepter hors statistiques érigées en science apportant réponse définitive, difficile de parler d’une santé publique qui ne soit pas réduite au « soin ».


« Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien. » (Cynthia Fleury, Le soin est un humanisme, Tracts Gallimard n°6, mai 2019)

Depuis combien d’années, le virage libéral totalitaire ne prend plus soin des peuples mais seulement des finances d’une minorité assoiffée de fortune ?


Les imaginaires d'une épidémie


A suivre



Xavier Lainé


10 novembre 2020