mercredi 4 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 6





1933 ?

Ne pas faire de raccourcis.

Juste constater combien parfois, l’histoire semble bégayer.

Puis, avouer la fatigue de vivre temps glauques et retourner à mes lectures.

Tu m’ignores, je t’ignore, vous vous ignorez.

Ainsi vont les « relations humaines » ou prétendues.

Couples à l’agonie, partageant même toit pour la forme et la façade bourgeoise convenue.

Amitiés sacrifiées sur l’autel d’une vie qui n’a plus de sens.

Ils y ont mis le temps, mais voilà en quel gouffre nous sombrons.

Pour l’instant, ils nous maintiennent juste au bord.

Ils nous chuchotent de faire le pas en avant et de chanter en choeur les louanges de nos oppresseurs.

Chacun chez vous !

Qu’ils disent, chacun chez vous !

Pas de rencontre, pas d’amour, pas de baisers, pas d’embrassades, pas de familiarité.

Si vous n’êtes pas malade, vous pouvez l’être alors soyez prudents.

À quand le décret ordonnant la mise à mort des vivants pour ne pas mourir d’une attaque virale ?

L’absurde frappe et chacun se tait, se terre, obtempère et, pour certains, même, en redemandent.

1933 ?

Insupportables visages masqués et yeux au-dessus, regards apeurés ou suspicieux.

Insupportables rues vides, commerces fermés, lieux de convivialité désertés.

Il nous reste quoi une fois la vie interdite ?

Il nous reste quoi ?

Sinon le mièvre et l’indigence de la pensée servis en plat de soumission.


A suivre...


Xavier Lainé


4 novembre 2020


mardi 3 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 5







L’inhumanité d’une mesure à l’encontre de nos enfants est déjà présente dans notre propre inhumanité, parfois induite, certes, par un mode de vie rendu détestable, mais qui nous éloigne, nous amène à ne plus nous causer, sauf à faire des amalgames sans intérêt.

À regarder l’autre sans aménité, nous voici mûrs pour ramper devant le premier pouvoir venu, mûrs pour confier ce pouvoir à une barbarie qui ne montre jamais son vrai visage, faisant usage de l’autre rendu fou pour exprimer ses véritables fondements.

Car c’est fondement de cette société que de dominer, contraindre, distiller la violence en règle.

A quoi servirait l’histoire si elle ne nous permettait pas de comprendre de quelle barbarie la « modernité » finit par se nourrir ?

Au point de départ du premier confinement, nous étions là, rêveurs d’un monde de demain qui saurait trouver la réconciliation.

Nous rêvions, bien évidemment d’inventer d’autres chemins.

Il faut bien constater que nous n’avons pas pris nos affaires en main.

Par couardise, peut-être, nous n’avons pas profité du bref instant de liberté pour contester et éjecter les fauteurs de troubles qui prétendent décider pour nous de chaque instant de nos vies.

Nous avons repris le cours anormal des choses.

« Lorsqu’on vit des situations exceptionnelles, la première peur concerne le maintien de la vie. Le réel de la mort du coronavirus existe mais il est faible, et semble submersible. Je n’ose imaginer la sidération et la violence, le grand retour des archaïsmes, si la létalité avait été plus forte et disséminée. » (Cynthia Fleury dans « Répétition générale »)

Or, n’agissant pas, attendant je ne sais quel changement qui ne solliciterait pas nos intelligences, nous voici devant le grand retour des archaïsmes, la sidération, la violence brute.

Nous n’avons rien appris. Nous n’avons fait qu’attendre et retourner à un mode de vie qui se précipite vers le gouffre ouvert par les barbares de la finance, dont nos dirigeants sont les émissaires.


A suivre...


Xavier Lainé


3 novembre 2020


lundi 2 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 4






Une fois démolis les outils de lutte contre l'obscurantisme dans l’éducation et la culture, en maintenant les lieux d’asservissement que sont les temples du commerce sans partage demeurés ouverts, nous voici au bord du gouffre. Rien ne nous interdit de ne pas y sombrer, plus rien ne nous retient d’y plonger dans l’inconscience morbide d’un consumérisme fou.

Le virus se cacherait-il en tire les pages ? 


Jeudi, contraint et forcé de faire un aller/retour vers Aix-en-Provence. Une vraie folie, des véhicules partout dans une sorte d’affolement général. Où il fallait une heure, nous en mime deux. Mais voilà que de retour la foule s’agglutinait aux portes du Mac Do local.

Allo ? Y aurait-il encore un cerveau sous les crânes rasés et les visages masqués ?


Le pire à supporter, à qui vit habituellement reclus, c’est cette soumission sans faille, cette manière de considérer qu’il n’y a rien à faire, sans voir qu’en ce défaitisme couve le triomphe du pire.

Les bonjours se font distants, on se regarde et dans les yeux ne brille plus de lumière, juste la crainte et l’abattement.

Voici leur monde, celui d’où toute humanité s’est enfuie, enfouie sous les déchets.


Et moi ?

Je voudrais parler d’un monde palpable, un monde où il nous arrivait, avant qu’un pitoyable gouvernement nous l’interdise, de nous rencontrer et de parler, comme ça, sur la bord d’un trottoir.

Un monde où on n’interdisait pas encore aux couples de dormir dans le même lit, où il était possible de s’étreindre, de s’enlacer, de s’embrasser.


Voyez : c’est un paradoxe que de s’interdire de vivre pour ne pas mourir.

Nous finirons par mourir de n’avoir pas vécu.

En l’acte suicidaire d’un univers qui ne sait rien d’autre que lignes comptables, nous aurons tout perdu, jusqu’à notre capacité de réflexion et d’esprit critique.


A suivre...


Xavier Lainé


2 novembre 2020


dimanche 1 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 3





Lire, que faire d'autre ?

Lire et écrire, lire ou écrire, mais toujours vivre ce doux enfermement, ce tendre confinement qui n'obéït à aucun ordre, aucune injonction.


Je vous écris mes fragments de lettre de ce lieu qui donne sur les ors de l'automne. Mon avenue a retrouvé le calme du printemps. Les couleurs ont changé, la nature de la contrainte aussi.


Ils sont tellement nuls qu'ils veulent reproduire le même schéma sans mesurer que les êtres ont changé, que désormais nous nous attendons au pire venant d'un pouvoir hors-sol.


Je n'userai pas des mots convenus, mais il est palpable que nous n'abordons plus leur dictature avec le même regard.

Les petits actes d'insoumission pullullent. Ils viennent même, divine surprise, d'élus municipaux qui formulent décrets contraires, invitant à ne pas fermer ce qui tisse la vie de leur contrée.

Ce n'est pas visible, mais sensible : nous n'en sommes plus à la soumission de tous, et lentement s'installe la résistance, certe d'une minorité, mais la vie elle-même est faite de ces petits actes, de ces pas de côté qui lui donnent son piment.


Ce n'est pas vraiment un paradoxe, qu’à nouveau les libraires, les bibliothèques soient closes : c'est dans ces creusets que se forgent les esprits critiques ! 

Ils auraient pu autoriser la réouverture des librairies, mais non, au sommet de leur démarche absurde, ils interdisent la vente des livres partout, sauf chez le géant américain qui ne paie jamais d'impôt chez nous.

CQFD : vous vouliez savoir si nous serions aussi forts que les anglais (dont le gouvernement a interdit de causer de Marx dans les écoles au nom de la lutte contre le terrorisme) ? Vous voilà renseignés. Les photographies se répandent dans la monde entier de ces rayons de livre barricadés un peu partout, preuve visible d'un pays tombé, déchu, gangrené.


Ô mon pays qui brillait par sa culture, te voilà la proie des pires.


A suivre...

Xavier Lainé


1er novembre 2020


samedi 31 octobre 2020

Lettre du bord du gouffre 2







Je vous écris donc une lettre à épisode, une lettre tronquée.

Lire sur écran est très désagréable, il me faut donc faire court.

Bien évidemment, il serait plus simple de publier des livres (il en est ici plusieurs en projet qui dorment en attendant qu’un éditeur charmant s’aventure à les porter).

Mais vous savez ce qu’il en est de cet objet dangereux qu’est le livre.

Si dangereux qu’on en ferme les librairies et les bibliothèques, et qu’on pousse le bouchon jusqu’à en interdire la vente, désormais, aux géants qui ruinent habituellement la petite librairie indépendante.

Mais pas à tous les géants, n’est-ce pas ? Non, non, vous pourrez toujours vous fournir sur Amazone. Vous y trouverez, à ma grande honte, mes propres livres. Mais Amazone est bien vu des incultes qui gouvernent. 

Incultes ? Pas tant que ça : ils ont au moins une culture, celle du chiffre !

Que croyez-vous qu’il advint des profits lors de l’épisode précédent ?

Qui sont ceux qui ont déjà mordu la poussière et ceux qui ont vu leurs dividendes gonflés ?

Qui sont ceux qui cette fois-ci vont plonger et ceux qui tireront comme d’habitude leur épingle du jeu ?

À partir de combien de suicides peut-on considérer qu’un système, porté par un Etat, gouverné par des gens, est criminel ?

Il est tellement plus simple de pleurer sur les crimes d’une bande de petits malfrats manipulés par de pseudo-religieux !

Ce qui ne retire rien à l’horreur et à la peine des victimes et de leurs familles !

Saurions-nous enfin regarder et voir, écouter et entendre ?

Vous avez marre de mes questions ? Je les pose parce que je n’ai pas de réponses toutes faites. Je les pose en ce lieu sans leur donner écho sur leurs réseaux prétendus sociaux qui ne sont que réseaux de surveillance étroite.

Je les pose ici à défaut de pouvoir en débattre autour d’un bon verre, puisque nous voici, sur ordre, confinés au bord du gouffre amer.


(à suivre...)



Xavier Lainé


31 octobre 2020


vendredi 30 octobre 2020

Lettre du bord du gouffre 1





Chers amis, chers lecteurs, chers vous, humains qui ne savez pas trop quoi faire de ce titre qui n’est ni titre de transport, ni titre dérogatoire de sortie.


Je vous écris du fond de ce gouffre où un individu seul, certes élu mais si mal, nous précipite de main de maître.

Il ne s’agit pas pour moi de nier l’évidence de la présence virale et de sa dangerosité pour les plus faibles d’entre nous.

Il ne s’agit pas non plus de vous inviter à commettre l’irréparable en vous mettant en danger.

Il s’agit pour moi de vous inviter à réfléchir, poétiquement à défaut de philosophie, raisonnablement à défaut de rêves.

Il ne s’agit pas non plus de tomber dans de fumeuses théories complotistes qui voient partout je ne sais quelle main satanique derrière les évènements qui nous accablent.

Il ne s’agit pas d’approuver ou désapprouver, justifier ou absoudre les crimes et délits commis au grand jour gouvernemental ou dans l’ombre d’une terreur, dans une entente tacite, officieuse, entre ceux qui prétendent gouverner et ceux qui tranchent, tuent, franchissant la ligne étroite qui nous tient en équilibre instable entre notre humanité et sa négation.


Réfléchissons donc.


Hier, ne justifiant pas le crime, mais cherchant à en exorciser les racines dans une histoire, un monde, un système aussi criminel que ceux qui passent à l’acte, je me fis insulter.

Venant de certains, l’insulte est presque une gloire, mais venant d’autres, elle se découvre inattendue, blessante non pour ce qu’elle vaut, mais parce qu’elle se montre injure à une confiance dans la trajectoire intellectuelle d’un amis, d’un vrai, pas de ces fantômes qui errent sur de pseudo-réseaux sociaux et qui n’ont de vrai qu’un avatar, une photographie, une ombre.


Je me fixe l’objectif d’une page A4 de lettre par jour pour ne pas vous assommer quand d’autres le font sans vergogne. À suivre donc…


Xavier Lainé


30 octobre 2020


vendredi 16 octobre 2020

Activer les souterrains de la liberté





Puisqu’en tous lieux plane l’ombre imbécile d’une guerre sans visage.

Puisque nous voici contraints d’inventer maquis et résistances pour survivre au virus de la bêtise.

Celui-là plus nocif que toutes les maladies.


Puisqu’il n’est plus en vos villes d’heures propices à la rencontre.

Il existe un peu partout de vastes territoires, où les drones seront visibles de loin, où la maréchaussée devra apprendre à marcher mille et mille lieux.

Nous saurons déjouer les couvercles absurdes.


La lutte n’est plus réservée à un risque de contamination, mais doit se tourner contre ce monstre sans visage qui veut nous imposer sa forfaiture.

Un virus peut être dangereux, mais si nous apprenons à en déjouer les pièges avec intelligence, il le sera moins que cette déshumanisation contrainte.


Puisque ce qui les dérange, c’est notre vie foisonnante et trépidante.

Puisque ce qui les choque, c’est que nous puissions nous aimer, nous embrasser.

Puisqu’au nom de leur incurie ils nous imposent leur couvre-feu.

Il nous faut raviver les braises et attiser le feu qui nous fait vivants.


Les lieux ne manquent pas où il sera aisé de déjouer leurs plans.

Les endroits secrets, les vallons perdus sauront accueillir nos résistances heureuses.

Nul besoin de passer sous les fourches de leur surveillance.

De bouches à oreilles la vague protestataire souterraine prendra le relais.

Fuyons leur regard, désertons leur Etat qui ne sait que brider toujours plus nos libertés, qui ne sait que nous rendre plus pauvres tandis qu’eux comptent leurs dividendes.

Il est temps d’organiser notre désertion de leur monde suicidaire.


Xavier Lainé


15 octobre 2020