dimanche 4 octobre 2020

Résistance poétique Acte 4

Une frêle couverture de poésie déposée sur la ville. 

Petit cailloux de mots lâchés au fil des murs, des poteaux.

Simple entretien d'une flamme qui ne doit pas s'éteindre sous la contrainte des muselières et des interdits en tous genres.

Recoller ici ou là, les semaisons précédentes, et revenir dans la petit matin, à pas feutré sans que nul ne puisse savoir.

Douce clandestinité du dimanche.

Pas si clandestine que ça car surpris pot de colle à la main.

Car au fond pourquoi se cacher quand il s'agit de ne pas lâcher le fil d'une culture dont la lumière vacille sous les coups.


Xavier Lainé

4 octobre 2020













dimanche 20 septembre 2020

Résistance poétique Acte 3 (amplifié des deux premiers)

 

Il fallait bien dès l'aube et sans correspondance aucune, semer vingt huit graines de poèmes dans la ville pour qu'elles germent à temps.

Fi des vains discours, place aux justes voix de tous temps et tous lieux qui n'eurent d'autre chose à dire que chant.

La beauté dès l'aube se collait aux poteaux sans condamnation et l'espoir prenait couleurs d'aurore, dans la juste semaison des mots.

Xavier Lainé

20 septembre 2020






























vendredi 18 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 32

 




Ha ! Si tu avais un nom qui sonne bien, un bras plus long, les dents qui rayent le plancher.

Si tu étais de connivence avec les bien-en-cours, fils ou petit-fils de.

Peut-être viendrait-on te lire.

Tes écritures seraient à la vitrine des libraires pour une rentrée littéraire avec tambours et trompettes.


Mais tu n’es rien, et rien tu demeures.

Tu termines ce mois de soleil harassant, tu ronges tes colères de demeurer à l’ombre.

Tu t’y plais, de toutes les façons, à l’ombre.

Tu la préfères aux lumières tapageuses des gens bien comme il faut qui ont tant de choses à dire sur le sort du monde, sans jamais le remettre en cause, fondamentalement.


À force de gérer le désastre, on finira bien par l’atteindre.

Les bons bourgeois s’en sortiront d’une pirouette.

Ils trouveront le moyen de se protéger entre eux, sans un regard de compassion pour les naufragés.

Marseille a ouvert son port à ceux-là.

C’est la seule bonne nouvelle d’un temps sans envergure.

Bernard Stiegler a abrégé ses souffrances. On peut le comprendre.

Quelle chance nous laisse l’absurdité de ce siècle ?


Vaniteux comme tous les bons bourgeois que tu critiques, tu as tenté ton coup de colère quotidien, juste pour essayer de réveiller un peu deux ou trois consciences.

Elles ne seront pas plus à t’emboiter le pas.

« Ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre », c’est la devise des suicidaires. Le processus est « en marche », sans ironie aucune.


Xavier Lainé

31 août 2020


jeudi 17 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 31

 



Je parlais de lucidité, et j’ajoutais le mot « vaine ».

Car au fond on peut toujours ouvrir les yeux et voir.

On peut toujours et ça ne change rien.

D’où la vanité de vouloir les ouvrir et la fuite devant un aperçu du réel qui nous donne la nausée.

Alors tu avances les yeux fermés, les oreilles bouchées pour ne pas voir ni entendre.

Le monde lui, continue sa course vers les mirages d’une anthropocène qui place l’homme au centre, tandis qu’autour de lui tout s’écroule.

Triomphe de la galerie de l’évolution : l’homme, devant, qui ne se retourne jamais sur les ruines qu’il a semé derrière lui.

Apothéose de l’ère néolithique qui vit l’homme debout assister à la lente érosion de sa propre diversité, devenu maître absolu d’une nature dont il n’est que locataire.

Comme le dit Alain Badiou, il a fallu des millions d’années pour que se produise la révolution néolithique, la seule qui ait vraiment abouti sur cette terre.

Comme toute révolution, sur le plan physique, est un éternel recommencement, irons-nous jusqu’à rendre la terre, en cette fière anthropocène, inhabitable à notre propre espèce ?

Ce serait en effet la logique absolue d’une révolution dont nous risquons de ne sortir que les pieds devant.


Je parlais de lucidité, et ce n’était que vanité encore.

Nul ne sait ni peut y voir clair, ni prédire de quoi demain nous serions capables.

L’expérience me dit que ce pourrait être le pire comme le meilleur, et que parfois, c’est dans l’expérience du pire que le meilleur fait briller ses lumières.

Il nous faut la nuit pour apprécier le jour, l’ombre pour aimer la lumière.

Tout n’est pas qu’affaire de volonté.


Xavier Lainé

30 août 2020



mardi 15 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 30

 



Ouvrez donc les yeux !

Regardez bien ces oligarques autoproclamés maîtres du monde.

Qui ne copulent qu’entre eux sur des matelas d’arrogance et de dollars.

Vous ne les croiserez nulle part.

Ils sont la preuve formelle des mondes parallèles.

Le leur ne rencontre jamais le nôtre.

Ils vivent à des altitudes d’opulence qu’aucun ne pourrait imaginer.


Ouvrez donc les yeux et voyez !

Cette infime minorité qui font d’un Etat prétendu démocratique rempart.

Ils usent de toutes les protections, échappent à toutes formes de justice.

Ils n’ont besoin d’aucune corruption pour frayer à l’ombre de leurs banques.

Ils sont la corruption incarnée qu’ils transmettent via leurs gamètes à leur progéniture argentée.


Ouvrez grand vos yeux, vous qui frileusement errez masqués.

Ce que veut cette poignée de parvenus, c’est votre effacement.

Vous étiez le peuple, ils vous veulent couchés.

Vous étiez l’incarnation d’un pays fier d’avoir inventé déclaration des droits de l’Homme, ils usent du pouvoir usurpé pour vous démettre de tout pouvoir.

Vous étiez fiers de vos conquêtes, mais aviez oublié que rien n’est définitif tant que système à leur service se perpétue.


Vous aviez oublié que rien n’est jamais acquis à l’homme de la rue.

Aucun de leurs prédécesseurs n’a jamais ouvert sa bourse avec grâce.

Négocier le poids des chaînes ne libère personne de l’esclavage.


Regardez donc l’évidence, et tirez en conclusions réfléchies.


Xavier Lainé

29 août 2020 (2)



lundi 14 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 29

 



Sous régime de bourgeoisie triomphante, il ne fait pas bon écrire qu’il serait temps d’en accélérer la ruine pour passer à autre chose.

Distinguons cependant au sein même de ce clan triomphal, ceux qui en engrangent les dividendes et ceux qui aident les premiers à faire leurs vendanges.

Les premiers ne se mêlent pas au second et encore moins au peuple des riens.

Ceux-là ne savent d’ailleurs même plus le montant de leurs possessions.

Il faut des riens conscients pour découvrir qu’à eux seuls, ils ont quatre vingt dix pour cent des richesses de la planète.

Viennent ensuite ceux qui leur facilitent la tâche.

Ceux là se chamaillent pour savoir qui est de droite (donc franchement serviteurs des premiers) ou de gôche (ceux qui veulent bien contester mais pas trop, et surtout sans remettre en cause les dogmes du système).

Les uns comme les autres ânonnent quelques citations d’auteur en vogue, comme bréviaire perpétuant le monde tel qu’il est.

Les un pour cent ne lisent que très peu, ne sortent qu’entre eux, ne côtoient que les écrivains ou artistes en majuscule admis à entrer dans leurs cénacles.

Les autres, vous les voyez dans tous les festivals, passant des vacances studieuses et culturellement enrichissantes (pour les un pour cent, financièrement parlant).

De droite comme de gôche, ils méprisent les pauvres riens qui n’ont pas les moyens de s’offrir un livre, ont vécu de rupture en rejet tous les grades de la marginalisation sociale.

Ils vont parfois, comme punaise des bonnes oeuvres, faire la lecture aux enfants « déshérités », histoire de se ménager bonne conscience, qui à la messe du dimanche, les autres, dans les réunions entre gens biens comme il faut qui étudient comment « réformer » le système sans imaginer qu’ils puissent en inventer un autre.


Xavier Lainé

29 août 2020 (1)



dimanche 13 septembre 2020

Pour ne pas rester muet (total soutien aux réfugiés de Moria et aux justes qui leur viennent en aide)

 

Photographie : AFP, 9 septembre 2020


Mes yeux ne peuvent se fermer tant que Moria brûle.

Mes yeux ne peuvent regarder la mer tant que nagent entre deux eaux les cadavres dédaignés.

Mes yeux ne peuvent s’en remettre de contempler les barbares à l’oeuvre.

Mes yeux suivent les justes qui tendent la main et accablent les monstres et leurs matraques d’infamie.

Mes yeux embués de larme, plongent au creux des vagues, cherchent dans cette nuit les corps meurtris de toute humanité.

Mes yeux ne peuvent se fermer et quand ils se ferment, ils voient encore les flammes, les bombes et le sang.

Mes yeux vont de Palmyre à Bagdad au pas des réfugiés en leur éternelle errance.

Mes yeux lisent l’injure des barbares et leur cynique indifférence.

Mes yeux pleurent sur Moria comme ils pleurent sur tous les continents.

Mes yeux suivent la longue cohorte des justes devenus proie sous l’indigne discours justifiant le pire.

Mes yeux ne peuvent se fermer sur la nuit inhumaine répandue de mains sans âme.

Mes yeux cherchent vers où tendre mes mains, ouvrir mes portes, oeuvrer à la grandeur de l’Homme où les barbares au pouvoir ne sèment que la honte.

Mes yeux ne quittent pas Moria, Lesbos et Mythilène : un jour mes ancêtres ont suivi ce même chemin.

Mes yeux les voient pliés sous les bagages, fuyant l’avance des barbares d’un autre temps, qui eurent même visage que ceux d’aujourd’hui.

Mes yeux pleurent, grands ouverts sur le cimetière marin où se noient les espérances.

Mes yeux ne quittent pas les flammes, mes oreilles les cris, étouffés sous le poids des forces du désordre.

Mes yeux ne pleureront jamais assez pour nous laver de cette infamie.


Xavier Lainé

13 septembre 2020