dimanche 6 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 21

 



Revenir au poème pour ce qu’il a de salvateur : une parole libérée de la gangue crasseuse d’un temps sans parole.

Un temps de parole usurpée, privatisée, détournée de tout sens commun.

Un temps qui ne tient plus parole, qui s’étire en vaines promesses, en mascarades absurdes.

Mots vidés de leur espérance, au profit d’un non-dit qui fait tomber les masques.

Pas tous, et c’est peut-être pourquoi on oblige les communs à en porter un sans urgence sanitaire évidente.

Les uns tombent, les autres se figent devant le spectacle atterrant du mensonge intronisé en règle.

Nous voici tous sidérés.


Que peut bien faire le poème en telles circonstances ?

Sinon déposer des mots comme gerbes de fleurs sur la barque échouée de nos espérances.

Puis, discrètement, tisser les couronnes d’un nouveau départ sous le commandement d’autres capitaines.

Car poursuivre sous les ordres des mêmes serait vouer l’humanité à son plus strict naufrage.


Besoin d’air, besoin d’étreindre, d’embrasser, d’aimer.

Besoin de voir vos visages parfois heureux, parfois renfrognés.

Besoin d’un monde qui nous fasse grandir et non de celui-ci qui ne cesse de nous rabaisser.

Besoin de vivre quand il en est encore temps, de tomber amoureux, de rire au grand soleil, de chanter à tue tête et de dire des mots doux dans la caresse du vent.

Besoin d’écrire non pour être lu mais pour prendre parole et la tenir.

Oui, tenir parole, justement, ce que nous ne savons plus faire.


Xavier Lainé


20 août 2020


samedi 5 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 20

 



Il me faut faire état de la lassitude des peurs paniques entretenues.

Il me faut faire état de la lassitude devant les clans institués sur des clivages qui n’ont aucun sens.

Le problème est ailleurs.


Qu’un virus puisse se propager et qu’il puisse être dangereux pour les plus fragiles, qui pourrait le contester.

Qu’il faille, dès lors qu’il apparaît, se donner les outils pour éviter que ces derniers n’en soient victimes tombe sous le sens.

Pas besoin de menaces ni d’amendes pour le savoir, le sentir.

A moins que nous ayons beaucoup perdu de notre humanité.


Mais voilà qu’on gouverne des adultes comme des moutons, en ce pays,  et le berger méprise son troupeau. 

Quand on gouverne avec mépris, la peur est un recours utile.

Et il s’en trouve de média en média pour servir la soupe.


La peur.

La peur ça vous bouffe les tripes, ça vous coupe le sommeil, ça vous laisse hagard dans les petits matins caniculaires. 

La peur, ça vous crée des symptômes inattendus.

Que tu cherches à soigner, sans plus trouver à qui te fier.

Tant de mensonges tuent la confiance.

Tant de mensonges fatiguent ceux qui pourraient te soigner et ne peuvent plus le faire.


Que fait le berger ? 

Tandis que les loups rodent autour du troupeau, il profite de ses vacances.

Il profite et se vautre, petit sourire aux lèvres devant la panique générée qui ne repose sur rien, ou si peu.


Xavier Lainé


19-20 août 2020


vendredi 4 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 19

 



S’accumulent les supercheries, les tricheries, les mensonges.

S’accumulent les nuées qui ne donnent aucune pluie, comme si le temps cherchait lui aussi à nous assoiffer.

Car c’est de soif qu’il s’agit, d’une soif insatiable tant les années passent qui se ressemblent en leur art de descendre toujours plus bas, plus profond.

Tu aimerais que ça s’arrête.

Tu aimerais trouver les outils d’une pause salutaire.

Tu aimerais t’absenter et ne revenir qu’une fois les esprits enfin calmés.

C’est tempête qui toujours souffle sous le regard amusé des mêmes.

Les barbares ne sont pas où vous croyez : ils ont la main ferme sur le gouvernail des naufrages.

Ils pilotent ce Titanic social droit sur les icebergs de nos ignorances.

Que tu dénonces un instant leurs crimes, te voilà rangé du côté des théories du complot.

Mais.


Même pas besoin puisqu’ils détiennent tous les pouvoirs.

Même pas besoin : ils suffit de regarder la courbe ascendante de leurs dividendes et celle, descendante, de ton pouvoir de vivre.

Comme dans le pire des romans policiers, il te suffit d’observer à qui profite le crime.

Mais, chut !


Tu ne dois pas poser les questions qui fâchent.

Tu ne dois pas écrire qu’un jour il leur faudra rendre des comptes.

Tu ne dois pas rêver et écrire que tu souhaites leur condamnation devant un tribunal d’humanité.

Tu ne dois pas.


À trop écrire ce qui est, tu te condamnes au silence des pages impubliables.


Xavier Lainé


18 août 2020


jeudi 3 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 18

 



Faire le tri entre vrai et faux, mais comment ?

Car de mensonges en fausses nouvelles, de négations de faits avérés en informations contradictoires, qui saurait encore s’y retrouver ?

Alors la panique embrase les esprits, réduits à leur plus simple expression par un rouleau compresseur médiatique qui ne cesse de souffler le froid histoire de faire monter la température.

La véritable épidémie est là sous nos yeux : il y a ceux qui perdent tout dans cette bataille dérisoire entre pro et anti et ceux qui n’ont jamais engrangé autant de bénéfices.

Cherchez donc l’erreur.


Qu’attendre d’autre que cette calamiteuse « gestion » de la part de gens qui ont brigué le pouvoir, non comme un service à rendre à la majorité, mais pour leur propre gloire ?

Qu’attendre de cette indignité citoyenne qui confie son sort au pire, ayant perdu la boussole de la pensée dans les sables mouvants du consumérisme et de l’endettement ?

Qu’attendre donc ?


L’envie de fuir te prend pour ne plus avoir à temporiser, calmer les angoisses, atténuer les peurs.

Bien d’autres virus ont assailli l’humanité causant bien plus de morts sans que l’on s’inquiète à ce point.

Après tout, mourir fait partie du programme, la vie elle-même étant cette maladie mortelle sexuellement transmissible que les apôtres du trans-humanisme voudraient immortelles.

Quelle prétention !

Alors, juste un peu de poésie, juste une pause dans la fièvre d’un temps sans boussole, s’il vous plaît, juste un répit, une trêve, serait-ce trop demander ?


Xavier Lainé


17 août 2020


mercredi 2 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 17

 





Un jour

n'importe où

là dehors

La danse des mots

Celle des corps en attente de

Pourraient se mêler

S'emmêler

Se fondre et se confondre

Dans la musique du silence

Sous les yeux d'un public inattendu


Un jour

Il suffirait de profiter 

De l'air du temps

Des trottoirs et des places

Des terrasses à l'ombre

Ou du soleil des coeurs


Il suffirait de suivre notre soif et nos faims.

Coincés entre les murs de leurs interdits, nous crevons de la soif de créer.


Il n’est pas d’autre liberté que celle d’aller où bon nous semble sans avoir de compte à rendre.

C’est ce qui désormais nous est interdit.


Le prétexte viral n’est que prétexte et majoritaires sont ceux qui acceptent ce nouveau joug.

Lorsqu’ils se réveilleront, la dictature des médiocres aura pris son envol et sera bien difficile à déraciner.

Ils sont de ces herbes tenaces qui envahissent tous les parterres rongeant lentement les plus accortes floraisons.

Nouveaux Huns, ils ne laissent rien pousser derrière eux.


Xavier Lainé


16 août 2020



mardi 1 septembre 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 16

 



Vanité de toutes prières qui ne sont que fuites devant la réalité sordide.  Coire en des divinités, c’est fuir devant l’évidence. Tu pries, pourtant : « Jésus Marie qui êtes aux cieux, ne nous laissez pas entre ces griffes hideuses. » Pour aussitôt te rétracter : « Mais vous n’avez pas la moindre parcelle d’existence. Vous n’êtes que refuge pour les gogos qui croient encore échapper aux griffes du capitalisme fou en s’agenouillant devant vos images comme ils s’agenouillent devant leur écran, leurs réseaux « sociaux », leurs amis si nombreux qui se moquent éperdument du sort de leur voisin de palier. »


Tandis que certains prient et se retournent à la grand messe historique trafiquée du Puy du fou, la folie justement envahit toute la scène.

Tandis que certains prient et engrangent les bénéfices de leurs dérogations, les artistes lentement mais surement étouffent de ne plus avoir de scène à disposition.

Les artistes, les vrais iront dans les rues exprimer leur désappointement devant la tournure du monde. Ils seront la cheville ouvrière de la seconde révolution, la première ayant eu lieu au néolithique. (Alain Badiou)

Depuis, il n’y eut que vaines tentatives de redonner son unité à la nature humaine bafouée par les dominations.

Si nous restons seul, la cause est perdue.


Tu peux toujours t’avancer avec arrogance.

Regarder de haut qui t’a sauvé du naufrage.

Tu peux vomir sur qui te nourrit, satisfaire ainsi ceux qui t’entraînent vers les gouffres.

Tu peux.

Tu seras ainsi conforme à ce temps qui crache sur tout, détruit tout, ne construit rien sinon d’inesthétiques habitats où tes semblables s’ennuient à mourir.

Et ils meurent parfois de suicide, faute de trouver à vivre.


Xavier Lainé


15 août 2020 (2)



lundi 31 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 15

 




Chaque jour tu dois survivre à la médiocrité et à la vulgarité.

Alors tu ne sors presque plus, juste pour éviter les foules obéissantes et serviles qui courent de magasin en grandes surfaces et surfent sur la vague de leur consumérisme.

Tu tentes en vain d’échapper aux discours ronflants mais infondés, aux injonctions paradoxales qui ne visent qu’à perdre un peu plus les esprits déjà égarés.

L’affaire bat son plein, devant tes yeux effarés : la dictature soft étend son règne, contrôlant tout jusqu’à ton intimité.

Plus question de faire l’amour sans visière, masque et précautions de distances, alors on ne fait plus l’amour, on s’évite soigneusement.

Extension du domaine de la déconstruction.


Les liens déjà vacillant s’effilochent au fil des ondes.

Dans ce désert sans humanité, il te prend de souhaiter être atteint, que le virus t’emporte ou que l’effondrement climatique s’envenime et mette fin à ce cauchemar.

Il ne reste plus rien de tes rêves sinon à l’état de rêve dont ils n’ont jamais pu sortir.

C’est même le pire de tes cauchemars qui ne cesse de se réaliser sans qu’aucune grenouille ébouillantée ne cherche à s’évader de cette gigantesque prison qu’est devenu le monde.


A la violence symbolique s’ajoute désormais la vraie violence : on s’insulte entre pro et anti port du masque obligatoire.

On s’étripe au nom de divinités dont nul ne saurait attester l’existence.

Au nom de l’économie de quelques uns on tue un peu partout pour des questions de rentabilité.

L’horreur touche au sublime raffinement de la déchéance.

On se prendrait presque à rêver qu’une extinction serait la bonne solution.


Xavier Lainé


15 août 2020 (1)