vendredi 16 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 30

 





Ceux qui hier commémoraient 

En grands discours vibrants

« La der des der »

Qui ne cessa depuis

De faire des émules

En atrocités toujours 

Un peu partout

En ce monde perdu


Ceux qui hier parlaient de paix

Devant les monuments aux tristes morts

Dans les tranchées du désespoir

Bourreaux et victimes

Non consentants

Présents par obligation

Pour des nations

Aux frontières définies

Selon les intérêts du commerce


Ceux qui hier encore 

Condamnaient à demi-mots

Les exactions

Les crimes contre l’humanité 

En tant d’endroits de la planète


Ceux-là

Ont-ils seulement une fois

Entendu le cri 

De ceux qui vécurent cette terreur

?


« Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur. Ce soir est la fin d'un beau jour de juillet. La plaine sous moi est devenue toute rousse. On va couper les blés. L'air, le ciel, la terre sont immobiles et calmes. Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis lavé de la guerre. L'horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants en portent la marque. » Jean Giono, Refus d’obéissance



Jeunes irresponsables

Prêts à mettre le feu

Pour préserver l’argent

De leurs souteneurs


Les voici qui nous inventent

Un ennemi pour mieux assoir

Leur pouvoir discrétionnaire

Hors de notre volonté commune


Il sont prêts

À une encablure de ta tombe

Jean Giono

À faire s’entrainer jeunesse perdue

Sacrifiée sur l’autel des profits

En leur faisant miroiter

Maigres émoluments

Pour contrepartie au don

De leur vie


Nous disions plus jamais ça

Nous disions 

Quelle connerie la guerre

Nous ne l’inscrivions

Qu’en très peu d’endroits

Comme thérapie à la gangrène

Que les boutefeux répandent

Au nom d’intérêts 

Prétendus supérieurs



Xavier Lainé

30 novembre 2025


jeudi 15 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 29

 





Alors bien sûr les spartiates la veulent

Ils la veulent la guerre

Ils veulent y préparer les plus jeunes

Devenu chair pour les canons du profit


Alors bien évidemment qu’ils la veulent

Et qu’en offrant monnaie

À jeunesse appauvrie

Celle-ci ira encore une fois

La fleur au fusil offrir son sang

Sans mesurer la déchéance morale


Alors ils la veulent

Ils font tout pour

Ils s’inventent des ennemis

Stupéfaits de se trouver tel

Ils lancent appels vibrants

Au déshonneur de notre humanité

Qui toujours prend sa source

Dans l’extension du domaine de la misère


Ils veulent la guerre

Pauvres imbéciles

Qui n’en ont rien connu

Qui n’entendent pas le cri

De leurs grands-parents

Moins amnésiques qu’eux


Ils se souviennent

Leurs grands parents

Du fracas des bombes

Des fusillés au petit matin

Des enfants disparus 

Entre crépuscule et aurore


Ils se souviennent

Ils portent dans leur chair le souvenir sanglant

Ils savent ce que jeunes arrogants ignorent

Qui vont claironnant 

La guerre prétendue inévitable

Invitant au sacrifice les autres

Ceux que misère déjà atterre


Ils s’en viennent 

Les boutefeux

Cravatés se prenant pour notables

Mais dépourvus de tout état d’âme

Pousser au crime suprême

Dont l’histoire nous montre

Qu’il n’a jamais permis le moindre progrès

Une fois pays réduits à la ruine


Ils s’en viennent 

Jeunes élus sans esprits

Ignorants que l’homme n’a qu’un ennemi

Lui-même

Ce sauvage assoupi prêt à mordre

Pour posséder toujours plus

Sur le charnier fumant

De l’histoire oubliée


Ils ignorent 

Que si Sparte fut le pendant d’Athènes

Il ne reste rien du premier

Tandis que l’autre brille encore

Des lumières de l’esprit


Réveillez-vous 

Ils sont devenus fous

Les amnésiques ivres de pouvoir



Xavier Lainé

29 novembre 2025


mercredi 14 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 28

 





Les condamnations sont de pure forme

Puisque le crime se poursuit

Que commerce justifie tout

Y compris la négation de toute humanité

Pour les victimes


Me voici devant ce monde là

Qui ne semble pas 

En empêcher beaucoup de dormir

Mais voilà


Mais voilà qu’à condamner le crime

On se trouve en ce pays

Accusé d’en vouloir au criminel

Paradoxe


Il fut un président 

Dont la langue avait sans doute fourché

Mais les lapsus se font parfois révélateur


Il fut donc un président

Venu pas loin de mon repaire

Clamer puis se reprenant

Qu’il fallait en finir

Avec l’Etat de droit


Le même qui disait faire une distinction

Entre certains qui s’en sortent

Et ceux qui ne sont rien


Je l’ai déjà écrit

Je persiste

Excusez-moi mais le fascisme frappe à ma porte



Xavier Lainé

28 novembre 2025


mardi 13 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 27

 





Tu donnes ta parole

Tu rêves de la tenir

Parole donnée

Parole tenue


Parole donnée

Encore faut-il 

La vêtir de mots clairs

De mots qui ont un sens

À défaut 

C’est parole creuse


Parole tenue

Si tu la donnes

Tu ne peux la retenir

Une fois dite

Ce n’est plus toi

Qui en détient le titre


Celui ou celle

À qui tu la donnes

Pourrait te reprocher

De ne pas la tenir

Mais toi tu ne sais pas

Si tu la tiens encore


Parole donnée

Est parole sous condition

De pouvoir être tenue

À défaut elle s’écroule

Se joint aux ruines du monde

Qui t’enserre et te contraint

Te rend vulnérable

À des aléas imprévisibles

Qui rendent ta parole vaine


Parole donnée

Qu’attends-tu 

Pour lui donner corps

Dans un monde 

Où les mots ne font plus sens

Travestis qu’ils sont

Par âmes malveillantes


Malveillant

Peut-être l’es-tu un peu aussi

Qui ne sait veiller

À ce que ta parole

Soit suivie d’effets


Pour être suivie d’effets

Tu ne dois pas la tenir en laisse

Elle doit pouvoir s’envoler

Vivre sa vie

De parole non vaine


C’est ce que tu voudrais 

Trouver parole non vaine

Dépourvue de vanité

Dépourvue d’a-priori

Parole qui soit corps à corps

En accord avec ta vie

Ta vie en accord avec ta parole


Tu ne la donnes pas

Tu la laisses libre d’aller où elle veut

Qu’elle soit prise par qui y tient

Qu’elle se fasse fil 

Entre un réel qui t’oppresse

Et une vie que tu rêves



Xavier Lainé

27 novembre 2025