lundi 11 août 2025

Que sont poètes devenus 26

 





377 000

Trois cent soixante dix sept mille

Disparus

Ils étaient deux millions

377 000

Ont disparu

Comment nommer ça

Comment dormir serein avec ça

Comment concevoir même

Qu’un humain digne de ce nom

Puisse tirer sur un autre

Affamé qui tend la main

Pour ne pas mourir

Mais qui meurt quand même

Un peu plus vite que de faim

Comment dormir

Préparer ses vacances

Vaquer à ses petits plaisirs

Sans un soupçon de remord

Sans se sentir coupable

Ou souillé devant le crime

Infiniment répété

377 000

Trois cent soixante dix sept mille

Disparus

Ce soir les terrasses étaient pleines

De rires et d’insouciance

Je ne sais si je dois

Vous admirer ou vous haïr

De pouvoir ainsi faire comme si

377 000 disparus

Ça n’était que broutille

Qui ne vous coupe pas l’appétit



Xavier Lainé

26 juin 2025


dimanche 10 août 2025

À propos de Gaza, Lettre ouverte à Monsieur le maire de Manosque et Mesdames & Messieurs le Conseillers municipaux



Gaza dévastée, photo prise d'un avion jordanien, récupérée sur internet




Manosque, 5 août 2025

 

Monsieur le Maire,

Mesdames et messieurs les conseillers municipaux,

 

À Gaza on ne meurt plus seulement sous les bombes, on y meurt aussi de faim.

À Gaza il ne fait pas bon être journaliste et en quelques mois le nombre de ceux-ci sciemment visés et tués est supérieur au nombre de journalistes morts pendant la seconde de guerre mondiale. De nombreuses sources convergent en ce sens : entre 1939-1945, 67 journalistes ont été tués dont un mort post-guerre en raison des séquelles du conflit selon le Watson Institute for International & Public Affairs[1]. Cette même source en compte entre 147 et 232 depuis octobre 2023 à Gaza. D’autres sources convergent en ce sens : selon le Committee to Protect Journalists (CPJ) ils seraient 186[2] ; selon Reporters Sans Frontières RSF ils seraient plus de 200[3].

À Gaza les hôpitaux ne représentent plus un havre de sécurité qui permette de soigner les blessés, toutes les infrastructures ont été méthodiquement démolies.

À Gaza, les enfants meurent sous les bombes, les décombres ou de faim. Même les bébés ne sont pas épargnés que les mères ne peuvent plus nourrir faute d’être elles-mêmes alimentées, et faute de lait infantile bloqué systématiquement aux frontières de l’enclave.

 

Israël à Gaza commet le pire, insultant la mémoire des croyants juifs rescapés de la Shoah.

Ceux-ci de plus en plus nombreux s’élèvent contre les crimes de guerre proches du génocide si nous ne faisons rien.

Ils ne sont pas les seuls, de partout monte la condamnation des crimes commis.

L’Organisation des Nations Unies (ONU) elle-même ainsi que la Cour Pénale Internationale (CPI) condamnent les faits largement établis (Ces informations sont présentées dans le communiqué de presse de la CPI du 21 novembre 2024 que vous pourrez consulter ici : https://www.icc-cpi.int/fr/news/situation-dans-letat-de-palestine-la-chambre-preliminaire-i-de-la-cpi-rejette-les-exceptions)

 

Nul ne peut dire qu’il ne savait pas.

Si la Shoah fut possible à l’insu de l’immense majorité, aujourd’hui ce qui se produit à Gaza et en Cisjordanie est là, sous nos yeux et nos écrans, relayé par des organisations non-gouvernementales reconnues par leur sérieux : Amnesty International, RSF, Médecin Sans Frontière etc. ; Ainsi que par de grandes institutions internationales : CPI, ONU. 

Les déclarations de certains responsables du gouvernement israélien sont sans ambiguïté : ils visent à éradiquer toute présence palestinienne sur le territoire qu’ils estiment leur revenir.

Nous voici revenu aux tristes temps d’un esprit colonial qui juge l’autre, l’étranger, celui qui a une culture différente, inopportun.

Voici que se reproduisent sous nos yeux les génocides qu’on aurait voulu voir disparaître à tout jamais.

 

Ce qui se passe là, n’est pas seulement un évènement hors-sol, un spectacle affligeant.

Ce qui se joue, c’est la dignité de notre humanité.

Nous n’avons que deux options : nous taire et cautionner par notre silence la barbarie (mais prenons conscience que celle-ci ne se limitera pas à la Palestine), ou à minima montrer notre solidarité avec les femmes, les enfants les vieillards et les innocents qui meurent chaque jour sous nos yeux.

 

Il faut un temps où votre conseil municipal s’était engagé aux côtés des ukrainiens envahis par la Russie.

Je ne tiens pas ici à comparer les crimes, ni à en estimer la hauteur d’injure à notre humanité commune.

Je dis qu’un humain innocent qui meurt sous les bombes, en Ukraine, à Gaza, ou en d’autres points de ce monde, est une plaie de plus au cœur de notre humanité.

 

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous inviter, en votre âme et conscience, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, à faire acte de solidarité avec les innocents sacrifiés.

Au nom de notre humanité, je trouverais noble de votre part d’accepter d’apposer le drapeau palestinien sur la façade de notre Hôtel de Ville. Ce serait l’acte minimal qui nous rétablirait un peu dans notre humanité déstabilisée et blessée.

Ce serait aussi un message fort envoyé au monde, signant le choix qui serait le vôtre de défendre l’humanité contre la barbarie qui nous guette.

 

Bien entendu, je rends ma lettre publique sur mon blog et les réseaux sociaux.

Il en sera de même bien entendu de votre réponse s’il devait y en avoir une. À défaut, je réitèrerais ma requête autant que nécessaire.

Il en va de notre capacité à grandir en humanité. Je ne doute pas que vous irez dans ce sens.

 

« À toi, humanité actuelle des lois maléfiques et de l'injustice sans borne, 

Et à toi, Humanité qui dois être le géant d'or maître de l'avenir de la fraternité, 

À vous deux, moi, poète rebelle et idéaliste des orients et des soleils, 

Je dois vous apporter la flamme de la colère de mon peuple torturé et la protestation furieuse de son œuvre détruite… » écrivait Siamanto, poète arménien victime du génocide.

En tant que citoyen, écrivain dit poète par ceux qui me lisent, je ne peux que souhaiter que vous comprendrez ma démarche et voudrez bien la soutenir.

 

En vous priant, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers municipaux, de bien vouloir m’excuser de cette incursion dans les affaires de notre commune et vous souhaitant un éveil aux choses de la vie qui nous évite un cruel et douloureux réveil.

 

Xavier Lainé

Citoyen Manosquin

Que sont poètes devenus 25

 





Peut-être au lieu d’écrire

Partir

Partir où les besoins sont criants

Sauver les vies qui peuvent l’être

Rompre la chaine du silence

Rompre aussi celle de l’oppression

Et de la famine


Qu’en un seul lieu de cette terre

Génocide soit accompli

Voilà la souillure

Voilà la honte accablante


Tandis que certains ici

Se préparent à des vacances

Au bord du cimetière marin

Me prend l’envie d’aller avec mes mots

Vers ceux qui se noient

Qui meurent sous les bombes


Cesser de clamer l’impuissance

Les criminels doivent être jugés

Avec eux ceux qui se font complices

Ce n’est que question de justice

Question aussi de dignité


Chaque jour dans la glace

Mon visage vieilli trahit les rides

Les signes de fatigue devant pitoyable spectacle

Que ce monde livre sans même un mot

Pour les victimes

Si les mots doivent avoir un sens

C’est celui de la révolte



Xavier Lainé

25 juin 2025


samedi 9 août 2025

Que sont poètes devenus 24

 





Pitoyable spectacle

Poètes assoiffés de reconnaissance

Vendant leur âme sur marché éponyme


Quelle est la valeur des mots

Sinon ce qu’ils peuvent encore dire

De ce que frères humains vivons


On se vend pour apparaître

On marchande son âme sans remords

Pour le bref moment de célébrité


Que disent mots qui font silence

Sur l’état d’un monde qui a soif

Sur marée d’humains qui ont faim


Que dit poésie si elle ne regarde pas

En face les tragédies humaines

La pitoyable comédie des puissants


Certes en monde policé et bourgeois

Il ne fait pas bon dire la tyrannie du silence

L’apocalypse générée par honteux profits


Il vaut mieux ne parler que de soi

Tourner sept fois sa langue autour de son nombril

Et se trouver beau dans le miroir médiatique


Mais me taire devant ce qui est

Je ne peux

Je ne peux

Mes mots brûlent avec les derniers enfants 

Morts sous les décombres de Gaza



Xavier Lainé

24 juin 2025


vendredi 8 août 2025

Que sont poètes devenus 23

 





Ce qui me désespère

Ce qui me choque

Ce qui va à l’encontre

De tout entendement 

De toute raison


On se plaint

Pour ça on sait faire

On ne cesse de se plaindre

Puis on se réjouit très vite

On passe par dessus les plaintes

Pour mieux les oublier en folles réjouissances


On prépare ses vacances

On ira se baigner en cimetière marin

On regardera le spectacle des torpilles

Dans un ciel d’été

On applaudira


On applaudira lorsqu’elles tombent

Sur les fauteurs de guerre

Sur ceux qui répondent aux premiers

Comme on applaudissait hier 

Les soignants éreintés

Pour mieux oublier


Oublier et se plaindre

Du rendez-vous lointain

Au risque de périr avant

Oublier les bombes et les noyés

Mais préparer ses valises

Pour des vacances 

Bien méritées certes bien méritées



Xavier Lainé

23 juin 2025