lundi 24 mars 2025

Ivresse et solitude 9

 





Seul sur la rive

Une manifestation de canards

Traverse la grève

Coup de fusil au loin

Preuve irréfutable


En faudrait-ill encore de ces preuves

Que de désolation mon coeur saigne

Il est si doux le matin d’après pluie

Bercé de pépiements allègres


Les oiseaux sont déjà au printemps

Il faut que je sois homme pour savoir que non

Qu’hiver aura encore son mot à dire

L’oiseau s’en moque qui vit au rythme

De ce qu’humain j’ignore


Un écureuil en plein hiver

Plonge dans les poubelles humaines

À la recherche de vaine nourriture

Un lièvre court dans le sous-bois

Réveillé de sa torpeur par fausse douceur


Quelque chose se dérègle dont je porte responsabilité

Partielle certes mais j’y participe malgré moi

Par mon ignorance crasse des pulsations de la terre

Quelque chose ne va plus dont je ne sais 

Si remède sera possible 

Mais à ne rien tenter

Serai toujours perdant

Et avec moi la beauté de ce qui reste

Tandis que sous mes fenêtres vont

Tonitruants les fanatiques de la consommation



Xavier Lainé

9 février 2025


dimanche 23 mars 2025

Ivresse et solitude 8

 





Sortir des brumes tenaces

Chercher issue

Celle qui est ignorée

Celle que tout le monde possède

Pourtant

Celle qui n’attend rien 

Sinon un peu d’imagination

Celle qui n’a pas de plan prédéterminé

Qu’il faut improviser chaque jour

Pour créer mondes avenants

Mondes accueillants 

À qui voudrait se prêter au jeu

De ne plus se soumettre


Sortir des brumes tenaces

Où chaque groupuscule tient à sa vérité

Méprisant les autres de cette hauteur factice

Qui ne sait que diviser pour mieux régner

Ils s’en frottent les mains

De ces subtiles divisions

Ils s’en moquent

Elles leur rapportent fric et pouvoir


Sortir des brumes tenaces

Créer les itinéraires bis

Les voies détournées

Corrompre la corruption

Jusqu’à en voir tomber les débris par lambeaux

Dans le fleuve de nos pensées sauves


Il est temps d’émerger 

De sortir des brumes tenaces

Du temps gris jusqu’au fond des âmes



Xavier Lainé

8 février 2025


samedi 22 mars 2025

Ivresse et solitude 7

 






Oui, je sais, toujours la larme à l’oeil

Toujours la colère dans ma besace

Toujours ma soif d’autre chose que ce qui est

Que ce qui n’est en rien satisfaisant

Car je ne sais vivre serein si devant ma porte on crève


Oui, je sais, toujours à regarder 

Le côté sombre de ce monde qui tue

Alors qu’ici même chaque jour

J’ouvre ma porte aux souffrances 

Pour tendre une main compatissante

Ouvrir mes bras et pensées 


Oui, je sais, ou je ne sais pas en fait

Je tente de vivre sans me laisser happer

Par les désastres en cours et par les larmes

Vivre je crois savoir que ce n’est pas ça

Pas cette lutte constante pour ne pas sombrer

Lutter certes mais pour aller vers du mieux

Non pour conduire au pire


Oui, je sais, je me répète un peu

C’est l’âge diront les bien pensants

C’est l’âge non le constat d’une vie :

Sous l’empire algorithmique et les calculs financiers

La vie n’a fait que devenir plus dure

Plus ingrate, les rêves emportés 

Dans la tempête d’un monde global

Qui ne sait plus rien des particularités

Plus rien des singularités ni des diversités

Tous habillés et coiffés à l’identique

Entrant et sortant des mêmes enseignes

Soumis aux mêmes règles de la consommation sans fin



Xavier Lainé

7 février 2025


vendredi 21 mars 2025

Ivresse et solitude 6

 





Me calmer

Ne pas envenimer la colère sourde

Qui monte comme moutarde au nez

Devant le pitoyable spectacle 

Des défaitismes en cours


Les uns se gobergent des dissensions des autres

Les autres enfoncent le coin entre eux

Ouvrant les vannes aux insultes et invectives

Sous le regard ébahi des liquidateurs

Qui n’en demandent pas tant


Me calmer

Ne pas envenimer la colère sourde

Qui monte comme moutarde au nez

Devant le triste spectacle

De nos rêves enterrés toujours plus profond


Pas faute d’avoir lutté

Mais les armes sont désormais trop inégales

Les uns l’oeil prostré sur leurs écrans

Le cerveau aussi plat que l’objet qu’ils contemplent

Les autres aux manettes oeuvrant 

Au nettoyage total de tout risque d’insoumission


Me calmer

Ne pas envenimer la colère sourde

Qui monte comme moutarde au nez

Devant les murs dressés

À toute espérance d’avenir


Les fossoyeurs sont à l’oeuvre

Il faudra donc apprendre à nous passer d’eux



Xavier Lainé

6 février 2025


jeudi 20 mars 2025

Ivresse et solitude 5

 





Ils font du passé table rase

Non pour construire avenir radieux

Mais pour faire « propre »

Leur monde est aseptisé

Indemne de toute créativité

Ils démolissent et reconstruisent

Mais sans prendre l’avis de personne

Ils pensent avoir la raison absolue

Avoir raison contre tous


Ils font du passé table rase

Mais sans tirer aucune leçon

Que mur se dresse au-devant de leur course

Ils en nient l’existence et le risque

De s’y briser le nez alors ils feintent

Ils font en sorte de n’être pas les premiers

Mais d’y précipiter ceux qui n’ont rien demandé


Ils font du passé table rase

Ils avancent au milieu des places désertées

En costume trois pièces cravates et chaussures pointues

Très fiers d’eux-mêmes et de leurs basses oeuvres

Dont quelques-uns de leurs affidés

Tirent marrons du feu

Tandis que l’immense majorité

Tire diable par la queue


Ils font du passé table rase

Reconfigurent leur ville à la mesure 

De leur misérable imaginaire de propreté

Ils oublient que la vie n’est pas ainsi

Qui parfois souille pour mieux rejaillir

Où nul ne l’attend



Xavier Lainé

5 février 2025