jeudi 26 septembre 2024

Résistance(s) 30

 





Créer

Toujours créer

Juste pour respirer

Même quand le couvercle tombe

Sur ta tête étoilée

Pour en murer la lumière


Créer

Toujours créer

Comme acte posé

Contre les parois trop étroites

Des geôles d’un temps violent


Créer

Toujours créer

Laisser errer les mots

Les doigts sur la peau du jour

Faire tomber les bizarres frayeurs

Où chacun se sent trop seul


Créer

Toujours créer

Regarder le ciel écouter la vie

Malgré le rempart sonore

Dressé par la folle course

Après un temps qui toujours s’enfuit


Créer

Toujours créer

Repeindre les barbelés des frontières

En couleurs arc-en-ciel

Pour y glisser une corruption de la corruption

En renverser les symptômes

Ne pas accepter


Créer

Toujours créer

Ne pas accepter

Ne pas te soumettre

Glisser dans l’urne du matin

Ton enveloppe de mots pavés

Ta vague de rêves vigoureux


Créer

Toujours créer

Pour ne jamais plier

Sous la férule des dominants

Des faux semblants

Qui font semblant d’aimer

En glissant sous le pas hésitant de l’amour

Les pièges convenus du commerce de soi


Créer

Toujours créer

Renverser la table

Où se négocient nos soumissions

Et puis hurler avec les loups

L’hallali d’un temps d’aveuglement

Qui ne cesse d’inviter à l’indifférence

Où la révolte devrait s’élever


Créer

Toujours créer

Pour vivre et non survivre



Xavier Lainé

30 août 2024


mercredi 25 septembre 2024

Résistance(s) 29

 





Rien n’est du à qui croit savoir

À qui ne cesse de revendiquer d’être reconnu

Sans jamais se reconnaître lui-même

Et chercher sa juste place


Dans ce monde qui pousse à la gloire facile

Où chacun y va de son ego en réclamant son dû

La désillusion s’en vient à celui ou celle qui se croit arrivé


Elle est facile à passer la pommade 

Celle qui fait plaisir et te fait croire être arrivé quelque part

Celle qui gonfle ton ego jusqu’à la bouffissure

Sans te préparer à la chute qui s’ensuit


Nous en sommes là

Chacun cherche sa petite gloire

Dans un monde qui ne soigne que les apparences

Chacun revendique sa médaille

Persuadé d’avoir raison contre tous


Résister c’est refuser d’entrer dans ce jeu

Se contenter d’être à sa juste place

Ni plus ni moins que quiconque

Refusant les podiums de vaines victoires


C’est dur de résister

C’est toujours rassurant d’être adulé

Ça l’est moins lorsque l’admiration retombe

Et te laisse à ta solitude d’être humain

Si peu différent de tous les autres



Xavier Lainé

29 août 2024


mardi 24 septembre 2024

Résistance(s) 28

 






C’est chose tellement étonnante que la soumission

Un homme s’arroge le droit des pleins pouvoirs

Seuls les encartés semblent prompt à réagir

L’immense majorité s’en foutre


Chose étrange

Que les encartés fixent date de la révolte

Sagement annoncée 

Sans qu’aucune réaction spontanée de tout un peuple ne surgisse


C’est dire à quel niveau de soumission nous sommes tombés

Saurions-nous nous relever d’une telle désertion ?

N’y aurait-il que poète de bas étage pour s’en énerver

Pour agiter ses mots comme grelots inaudibles

Dans le chaos semé de mains de maître ?


Chose étrange que cette léthargie suicidaire

Notre monde court à sa perte sous la houlette des élites auto-proclamées

Et nous restons sur le bord de la route

Étranges spectateurs devant l’agonie des plus faibles

Présage à d’autres qui nous toucheront sans doute inexorablement


On attend sagement la date annoncée

On se retrouvera entre gens convaincus sur les places réservées

Puis on rentrera gentiment à la maison 

Pour ceux qui en ont encore une

Leur monde poursuivra sa course folle aux inutiles profits

Laissant dans son sillage les épaves de notre humanité


Nous nous serons fait le plaisir d’une gentille protestation



Xavier Lainé

28 août 2024


lundi 23 septembre 2024

Résistance(s) 27

 





Sidérante naïveté de ceux qui fonctionnent comme on le leur demande, 

Puis s’en vont voter en croyant encore que « démocratie » aurait du sens,

Et s’en reviennent déçus que le système leur flanque une gifle magistrale.


Qui pourrait imaginer, compte tenu des cadenas posés sur les portes de la citadelle où se sont réfugiés les déjà sortis de notre humanité commune,

Qui pourrait donc imaginer, compte tenu de l’opulence des fortunes amassées,

Que ceux-là qui depuis tant d’années avancent leurs pions sur l’échiquier en faisant croire aux naïfs que « démocratie » serait sauve

Rendent les clefs du système qui les nourrit grassement et sagement acceptent que leur toute puissance soit remise en question ?

Qui pourrait imaginer une seconde une si enfantine configuration ?

Qui ?


On vote

On rentre chez soi

Dans l’entre soi des gens ordinaires

On consomme

On achète ce qu’on nous dit d’acheter

On se soumet aux règles édictées même les plus grossières et obsolètes

On applique à la lettre les règles imposées par d’obscurs administratifs aux ordres

Qui, comme d’autres, en d’autres temps, triaient juifs, tziganes, opposants, dans les gares de triages de l’horreur absolue

On se soumet

On accepte même l’inacceptable

Et puis on vote

Juste pour faire barrage au pire

Sans voir que le pire, comme l’humidité, s’est déjà infiltré dans nos vies

Et que sans résistance au jour le jour rien ne sera jamais possible

Ils iront jusqu’au bout de leur folie

Ils accumuleront toujours plus

Les Diogène du capital

Condamnant les naïfs au syndrome du même nom

Jusqu’à crever au mitan de ce capharnaüm

Au mitan d’un dérèglement du climat jusqu’à l’étouffement final


Quels naïfs nous sommes !

À ouvrir les yeux un jour pour les refermer le lendemain

Sans rien voir des catastrophes potentielles

Qui demain sous le joug des coffre-forts

Nous laisseront comme pitoyables héritiers d’une humanité refusant de prendre son sort en main

Sans se plier aux folies des plus dominants


Quels naïfs nous sommes à pousser nos cris d’orfraie

Tandis que les pires sèment sang et misère en tous points de notre si belle planète


Bon, tu me diras, lecteur, qu’une fois encore j’exagère

C’est possible

Mais comment me taire au pitoyable spectacle qui nous mène droit au précipice !


Il me reste les mots

Ceux que mes yeux lisent matutinalement

Parfois même noctambulement

Jusqu’à l’ivresse pour ne pas marcher vers les gouffres amers

Ne pas

« I prefer not to »

« I PREFER NOT TO »

Entendez-vous ?

C’est l’ultime résistance : ne pas plier



Xavier Lainé

27 août 2024