vendredi 20 septembre 2024

Résistance(s) 24

 





Qu’importe au fond

De quels attributs seront affublés tes mots

Tu résistes

Convaincu qu’à temps désastreux

Où le mufle hideux bave en coulisse

Tandis que jeune imbécile

Lui fait la courte échelle

Sans que l’immense majorité

Ne trouve à y redire

Comme si l’histoire fut affaire oubliée


Tu résistes encore 

Comme toujours

Tu cherches les mots qui sachent percuter

Les esprits ayant trop tendance à s’endormir

C’est si facile de dormir

Le ventre repus 

Ironisant sur ces gueux dont la misère grandit

Comme grandit l’indifférence


Tu ne peux que résister

Poser des mots en colonnes

Comme si ce pouvait être de la poésie

Mais de pure forme

Tant ta colère est immense

À constater combien ta génération

Fut incapable d’enrayer la montée de l’ignoble

Qui cache à peine le sang et les morts répandus

Dans son sillage maritime et frontalier

Tes mots sont faibles à dénoncer la rhétorique fasciste savamment distillée



Xavier Lainé

24 août 2024


jeudi 19 septembre 2024

Résistance(s) 23

 





Tu t’isoles

Tu sais qu’il ne faudrait pas

Mais tu te sens tellement « hors »

Que le contact même avec le monde 

S’assimile à une agression

Alors tu t’isoles

Tu vas de livre en livre

À la poursuite de tes rêves

Tu fuis en des lieux de solitude

Le plus haut possible

Sur des sentiers improbables

Pour prendre de la hauteur

Pas seulement en esprit la hauteur

Mais aussi dans ton corps

Tu t’isoles

Tu vas matutinalement

Nager dans des lacs solitaires

Puis quand la foule arrive

Tu t’enfuis tu t’isoles

Pour ne pas 

Tu ne sais pas pour ne pas quoi

Mais le jeu du monde

Te paraît si factice

Tellement fausses joies

Qui défilent en des fêtes d’oubli

Façons de fuir aussi sans doute

Tu n’es pas seul en cette démission

Depuis trop longtemps tu erres entre les écueils de déception

Que c’est ta façon de résister

Tu te protèges



Xavier Lainé

23 août 2024


mercredi 18 septembre 2024

Résistance(s) 22

 





Ce n’est bien sûr pas la voie du confort

Que de décider de vivre selon ta philosophie

Non parce qu’elle serait la seule vraie

Mais parce qu’elle t’aide à ne pas suivre le courant


Ce n’est bien sûr pas la voie du confort

Que de choisir ne pas détenir la vérité

De n’en avoir que le sentiment du vrai

Celui qui te donne l’impression d’une vie

Quoi vaille le coup d’être vécue


Ce n’est pas la voie du confort

De ne pas emboiter le pas du commerce

De l’accumulation sans fin d’objets inutiles

Ne pas céder aux achats compulsifs

Savamment orchestrés


Ce n’est pas la voie du confort

Mais au moins te voilà libre d’être qui tu es

Qu’importe que tu plaises ou déplaises

L’important est qu’on sache pourquoi


Ce n’est pas la voie du confort

Car ce monde tolère mal ceux qui résistent

Il ne faut donc pas t’attendre à recevoir son aide

Au contraire


Ce n’est pas la voie du confort

C’est simplement chercher un chemin dans le brouillard

Puis de le suivre sans céder aux chants des sirènes



Xavier Lainé

22 août 2024


mardi 17 septembre 2024

Résistance(s) 21

 





Qu’attends-tu ami(e)

Pour faire de ta vie une oeuvre

Une oeuvre de résistance

À tout ce qui vient la corseter


Qu’attends-tu donc ami(e)

Pour ne choisir

Que les voies détournées

Où ton pas peut errer

Dans la liberté et la joie


Qu’attends-tu ami(e)

Qu’attends-tu donc

Pour faire d’une existence

Une parfaite oeuvre d’art

Hors des sentiers battus

Où vont les conformistes


Qu’attends-tu ami(e)

Pour suivre les chemins creux

Où l’amour se repose

À l’abri des regards

À l’ombre des futaies


Qu’attends-tu mon ami(e)

Pour tourner résolument le dos

Aux voies toutes tracées

Aux autoroutes de la consommation

À cette vie de contrainte

Où tu étouffes et te lamente



Xavier Lainé

21 août 2024


lundi 16 septembre 2024

Résistance(s) 20

 





Résister dans une société du contrôle continu n’est pas évident

On tombe sur des murs des cloisons étanches des portes verrouillées

C’est un peu comme si vivre devant passer par le canal d’écrans sans âme

L’oeil de Big Brother toujours aux aguets derrière nos faits et gestes

Il fallait lui échapper


Résister dans une société verrouillée en haut lieu est une épreuve

Tu dois toujours te méfier ne rien laisser à l’improviste

Ton devoir est d’observer comment ils fonctionnent

Ils sont tellement prévisibles qu’un oeil averti voit venir leurs pièges

Pour ne pas y tomber


Résister maintenir coûte que coûte une relation humaine

Aux gens dont les souffrances sont exacerbées par les obstacles

Vies mises entre parenthèse l’oeil rivé sur des logiciels

Qui prétendent commander à leurs goûts et choix

Faisant d’eux dépossédés


Résister au rythme effréné imposé par les critères de rentabilité

Productivité stupide qui jette au placard l’idée d’oeuvre bien faite

Relègue aux oubliettes le plaisir du travail bien fait

Qui interdit le sourire de complicité entre le soigné et le soignant

Qui du même coup déprime


Résister aux sirènes de l’artifice établi comme horizon ultime

Intelligences corsetées sous le joug des algorithmes

Imaginations échouées aux bas-fonds des sombres calculs

Vies limitées qui ne laissent aucun loisir au rêve et à l’utopie

Faisant de nous humains en peine d’humanité

Malades évidemment



Xavier Lainé

20 août 2024


Filigranes 115

 





Pour éviter les caprices de la Poste, le mieux était de me rendre sur place, de participer enfin à un séminaire de la revue et de revenir avec mon numéro 115 dans le sac.

Doux moment que ces séminaires de la revue : on s'y retrouve pour réfléchir ensemble, écrire chacun, lire le flot délaissé par la plume sur nos brouillons, causer en toute liberté sans crainte de jugement.

Il en existe si peu, de ces endroits où écrire n'est pas un supplément d'âme, un "truc" en plus, qui fait qu'on vous regarde d'un drôle d'oeil.

Il y a dans ce monde de l'écriture, le très médiatique milieu où chacun gonfle sa plume en jouant de la "célébrité" et puis cette écriture du commun, mise en commun, partagée pour le seul grand plaisir de partager.

Depuis si longtemps j'y trouve ma petite place, de numéro en numéro, comme si mes textes y réservaient la leur...

Un petit extrait pour vous mettre en appétit :

Tu as les mots qui cognent aux parois

Tu as le crâne qui résiste


Tu as les mots qui résistent

Qui ne savent pas comment sortir

Comment écrire sans faire le grand écart


Ça cogne dur jusqu’à faire mal

Alors tu rêves d’une suspension 

Avec trois petits points

À la clef de l’avenir...


Et, si vous voulez y participer ou vous abonner (ce qui serait une excellente idée et un beau cadeau à faire), c'est ici : Filigranes la revue


Cette année, le collectif Filigranes est invité à présenter son travail sous forme de deux ateliers d'écriture, le 28 septembre, dans le contexte du festival des Correspondances de Manosque (04) : une occasion de vivre ce moment de partage et d'échange en direct et d'entrer dans la danse si le coeur vous en dit...